La justice californienne s’en prend à Uber

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Rien ne va plus entre Uber et la justice californienne. Un juge vient de valider la plainte de plusieurs chauffeurs contre la célèbre plateforme de transport urbain. Certains estiment même que le modèle économique d’Uber est menacé. Que se passe-t-il en Californie ?

Uber décidément continue de déchainer les passions. Dans l’affaire qui nous occupe, c’est un peu David contre Goliath, deux chauffeurs, vous avez bien entendu, donc deux chauffeurs ont attaqué en justice la firme californienne,dont la valorisation est estimée à 50 milliards de dollars à partir de ses levées de fonds. Ces deux chauffeurs intrépides contestent leur statut de travailleurs indépendants, ils estiment qu’ils sont de fait assimilés à des salariés, et donc que la société Uber doit supporter leurs frais, leurs charges, leur couverture sociale et leur donner des congés payés. Ces deux chauffeurs se sont offerts une star du barreau californien, une avocate bien connue pour s’être fait les dents dans un procès du même type, qu’elle avait remportée contre Fedex, spécialiste de la livraison de colis qui fait appel, lui aussi, à des travailleurs indépendants. Ces deux chauffeurs ont gagné le premier round, puisque un juge californien les a donc autorisés à lancer ce qu’on appelle une "class action" aux Etats-Unis, c’est à dire une action judicaire en nom collectif contre la société Uber.

Mais le principe même d’Uber, Vincent, c’est de n’avoir aucun chauffeur salarié

Oui, précisément, Uber est une plateforme qui met en relation, une offre et une demande, les chauffeurs travaillent autant qu’ils le souhaitent, aux heures qui leur conviennent. Comme partout où Uber s’est implanté, ces chauffeurs ont parfois un autre travail salarié, à temps plein ou à temps partiels, ou ce sont des retraités ou le plus souvent des étudiants ou des jeunes sans boulot. Attaquer ce lien, qui unit les chauffeurs à l’entreprise, c’est attaquer le modèle économique de la firme et à travers elle de multiples plates-formes de l’économie numérique. Alors Uber se défend, a fait témoigner 400 chauffeurs qui disent que justement ce qu’ils viennent chercher c’est l’extrême flexibilité du job, qu’ils souhaitent pour des tas de raisons travailler quand ils le souhaitent. Le juge a pour l’instant balisé le terrain, mis des conditions, et seuls 10% des chauffeurs d’Uber en Californie seraient éligibles à cette plainte collective.

Et-ce que ces chauffeurs peuvent gagner ?

Je serais plutôt très sceptique, Uber va faire appel, dès ce premier round, l’affaire va donc durer des années. Mais elle passionne l’Amérique, Jeb Bush, le frère de l’ancien président, candidat à la primaire républicaine, s’est présenté comme un utilisateur fan d’Uber. Tandis que dans le camp démocrate, Hilary Clinton, dans un discours sur les classes moyennes, s’est inquiétée de la précarité des emplois nés de l’économie du partage. Devant les multiples protestations, la candidate a dû assurer qu’elle n’avait rien contre Uber et ses conseillers ont même tenu une réunion avec un dirigeant de la firme pour dissiper tout malentendu. Voilà, en Amérique aussi, Uber a ses partisans et ses détracteurs, pour une raison simple : Uber et toutes les grandes plateformes numériques inventent une nouvelle forme de travail qui déstabilise des positions acquises. Le débat continuera tant que ne sera pas inventé une régulation intelligente de cette innovation majeure.

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