La cartographie des riches dans le monde

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Un grand cabinet de conseil américain, le Boston Consulting Group, publie chaque année l’état de la richesse privée dans le monde. Le rapport montre notamment les inégalités dans le monde.

C’est une photographie, et ce qui est intéressant c’est qu’elle est prise chaque année au même endroit, et qu’elle permet donc de mesurer les évolutions. Sur cette photographie, cette année, on voit la coquette somme de 170 000 milliards de dollars. D’abord de quoi parle-t-on ? il s’agit du patrimoine financier des ménages, hors immobilier, c’est à dire que cela comprend à la fois l’épargne bancaire, les comptes, les livrets, etc, et l’épargne financière, les actions ou les obligations, et enfin l’assurance vie. La première observation, c’est que, prise globalement, cette richesse privée dans le monde continue de croître fortement, à un rythme soutenu, plus de 5% en 2015, mais cette progression ralentit, elle est moins forte qu’en 2014, où elle avait atteint les 7,5 %. Pourquoi est-elle moins forte ? C’est surtout un effet de la bourse, les marchés ont connu des périodes troublées, qui ont limité les progressions.

La deuxième observation, c’est que l’Europe va être déclassée sans doute dès l’an prochain en 2017, elle va perdre sa place de numéro 2, selon les experts du BCG. C’est un mouvement historique : les fortunes privées d’Asie rattrapent à très grande vitesse celles de notre continent, et à ce rythme, elles les dépasseront dans une quinzaine ou une vingtaine de mois seulement. Ce basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie, qu’on annonce depuis longtemps, se voit désormais très clairement, dans cet indicateur des fortunes privées, même si les Etats-Unis resteront, et sans doute encore pour longtemps, le principal foyer des richesses au monde. 

Est-ce que cet indicateur permet aussi de mesurer l’accroissement des inégalités ? 

Oui, et parfois nettement, mais pas partout. On voit sur cette photographie, les endroits où les millionnaires, donc les plus grandes fortunes, concentrent une part très importante des richesses. C’est justement le cas en Asie et c’est aussi le cas, très nettement aux Etats-Unis. La richesse est beaucoup moins concentrée en Europe : les riches ou les très riches sur notre continent concentrent 30% des richesses, contre plus 60% en Amérique du Nord. L’Europe demeure donc une terre beaucoup plus égalitaire que les Etats-Unis. On sait d'ailleurs à  travers la campagne présidentielle des primaires, combien ce thème des inégalités, et de l’ultra concentration des richesses, fait débat aux Etats-Unis.

Est-ce que ces fortunes sont toujours autant attirées par les paradis fiscaux ?

Globalement, oui. En tous cas, les placements off shore, c’est-à-dire faits hors du pays d’origine, continuent à croître. Et là aussi, l’argent ne vient plus tant de l’Europe que de l’Asie, où les gros patrimoines, ceux qui sont supérieurs à 100 millions de dollars, devraient continuer de progresser à une vitesse de 16% par an. Mais le offshore change de nature et de géographie en quelque sorte, les réglementations contre les paradis fiscaux font évoluer la localisation et les pratiques. Les flux venus d’Europe vers les paradis fiscaux commencent à se tarir. Les Etats ne sont donc pas sans moyens, face à l’ascension des fortunes privées, en tous cas quand ils veulent s’en servir et qu’ils parviennent à le faire de manière coordonnée.  Avec ce paradoxe : pour assurer sa croissance et la charge du vieillissement de sa population, l’Europe aura aussi besoin d’attirer cette richesse privée venue d’Asie.

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