L'économie africaine tire son épingle du jeu

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On votait ce dimanche dans quatre pays africains, le Sénégal, le Bénin, le Niger, et le Congo. En toile de fond, l’économie africaine prise entre forte croissance et tensions sociales ou politiques.

C’est toute la difficulté de saisir et de comprendre un continent de 54 pays et de plus d’un milliard d’habitants. Pris globalement, le continent semble tirer son épingle du jeu. Mieux : l’Afrique francophone subsaharienne, hier à la traîne, voit sa situation se transformer, cet ensemble a enregistré les meilleurs taux de croissance du continent, plus de 4,5%. L’an dernier la moitié des dix pays aux plus fortes croissances dans le monde étaient africains. Et la tendance se poursuit en 2016, ce qui signifie que globalement, l’Afrique résiste au ralentissement de l’économie mondiale et notamment à celui de la Chine. Et cela, c’est une très bonne nouvelle. Tout laissait penser que l’effondrement continu des cours des matières premières ces dernières années allait enfoncer dans la récession les pays africains producteurs. Et il n’en a rien été : tout simplement parce que ces cinq dernières années, l’Afrique a changé de moteur de croissance. L’économie de très nombreux pays s’est diversifiée. Elle repose beaucoup moins qu’hier sur les matières premières. Voilà pourquoi l’Afrique est beaucoup plus résiliente aux soubresauts et aux aléas de l’économie mondiale. On peut citer l’exemple du Nigéria, premier producteur d’or noir du Continent : la chute des cours du pétrole n’a pas empêché celle qui est en passe de devenir la première économie africaine, d’afficher une croissance de plus de 4%.

Quels sont ces nouveaux moteurs de croissance ?

C’est d’abord l’émergence des services qui transforme l’Afrique. Et au premier rang, il y a le secteur des télécoms, où sont nées les plus grandes entreprises du continent. Le bâtiment et la construction sont aussi en pleine expansion. Le secteur privé est devenu très dynamique, des réformes structurelles ont commencé, et font émerger un début de classes moyennes qui est déjà l’un des moteurs du développement du continent. Et les entreprises françaises ne s’y trompent pas : hier en retard, ou parfois boudées pour leur arrogance, elles reviennent en force et s'y développent à vive allure : dans le sillage d’Orange, L’Oréal, Danone, Axa, Sanofi, Renault-Nissan et des banques, aussi, comme la Société Générale, investissent très fortement en Afrique et misent aussi sur la vitalité démographique exceptionnelle du continent.

Et pourtant de multiples menaces pèsent aussi sur cette Afrique qui se transforme…

C’est tout le paradoxe africain. Les ONG soulignent que l’environnement démocratique s’est globalement dégradé sur le continent ces deux dernières années, à l’image des élections de ce dimanche au Congo-Brazzaville où le président Sassou-Nguesso tentait encore de se maintenir au pouvoir malgré un interminable règne de 32 ans. La défaite de Lionel Zinsou au Bénin est aussi un très mauvais signal. L’instabilité menace de nombreux pays. On a vu beaucoup d’incidents dans ces campagnes électorales tumultueuses de ces derniers jours. Mais au-delà les inégalités montantes et plus encore la menace djihadiste fragilisent des régions entières. C’est donc tout le paradoxe africain, un potentiel énorme, des transformations puissantes à l'œuvre, et des périls non moins considérables. C'est dire l'énorme responsabilité de ceux qui exercent ou vont exercer le pouvoir dans ces années décisives.

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