L'Arabie saoudite débranche sa perfusion de pétrole

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L’Arabie saoudite annonce un vaste plan stratégique pour lutter contre la chute des cours du pétrole. Ryad veut rompre son addiction à l’or noir et préparer son avenir.

Qui aurait pu songer qu’un puissant et richissime royaume comme l’Arabie saoudite, première économie du monde arabe et premier exportateur mondial de brut, soit un jour contraint de s’adapter à la conjoncture comme le plus simple et impécunieux des petits Etats européens !

L’Arabie saoudite n’est pas encore la Grèce du golfe Persique mais Ryad a décidé d’employer les grands moyens pour rebondir et surmonter la crise pétrolière.

Impact de la crise pétrolière sur les comptes saoudiens

L’Arabie saoudite dépend aujourd’hui à plus de 70% du pétrole. Or, les cours du brut chutent depuis deux ans. Sur la seule année 2015, le pays a enregistré un niveau record de déficit budgétaire à 90 milliards d’euros. L'équation est simple : Ryad a des revenus estimés à 150 milliards d’euros et en dépense 240 milliards.

L'Arabie saoudite est un de ces Etats providence dont plus de 95% de la population est fonctionnaire. Il faut payer tout ce petit monde et assurer la stabilité sociale.

Que prévoit l’Arabie saoudite pour s’en sortir ?

Le tout puissant vice-prince héritier Mohamed Ben Salmane affiche la couleur : les saoudiens pourront vivre sans pétrole dès 2020 ! Cela peut paraître court, mais la feuille de route présentée lundi 25 avril est à la hauteur des ambitions du jeune prince âgé d’à peine 30 ans. Son plan tourne autour de deux axes : le local et l’international.

Le local : création d’un fonds souverain doté de 1800 milliards d’euros, soit le fonds d’investissement le plus important au monde. Il détrônera le plus grand fonds actuel norvégien qui ne pèse que… 800 milliards d’euros. Le fonds saoudien sera abondé notamment par la vente d’une partie d’Aramco – première compagnie pétrolière mondiale – dont 5% du capital sera mis sur le marché. L’opération sera ouverte aux investisseurs étrangers pour plus de transparence, gage de crédibilité international souhaité par le prince héritier.

Et puis l’Arabie liera désormais ses contrats d’armement au développement d’une industrie militaire locale. C’est-à-dire que tout fournisseur étranger devra être implanté, ou s’implanter, en Arabie s’il veut décrocher les contrats.

Cette délocalisation de la production est de plus en plus la règle. On le voit encore aujourd’hui avec le mega contrat passé entre la DNCS et l'Australie : les 12 sous-marins que nous vendons devront être construits sur place.

Stratégie à l’international

Le fonds saoudien entend contrôler plus de 10% de la capacité d’investissement du Royaume dans le monde. Stratégie : aller chercher des revenus à l’étranger. L’extension dans les économies occidentales va donc se poursuivre.

On touche là à du très sensible. C’est le mélange de la finance et de la géopolitique à l’heure où l’Arabie saoudite est pointée du doigt pour son soutien au terrorisme.

Un dernier chiffre : 20% des réserves de change saoudiennes sont aujourd’hui investies en dette européenne.