François Hollande et Manuel Valls s'affrontent sur l'Assurance chômage

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Lancement Fabienne : François Hollande et Manuel Valls se sont affrontés hier, à distance, et à fleuret moucheté, sur l’Assurance chômage : sur quoi exactement portent leur divergences ?

Manuel Valls plante des petits cailloux. En visite à Berlin, il y a deux semaines, le Premier ministre avait déploré une "fameuse préférence française pour le chômage"  et brocardé un système qui allie indemnités généreuses et faible incitation au retour à l’emploi. Il y a deux jours à Londres, puis hier encore à l’Assemblée nationale, Manuel Valls a poursuivi en déclarant que « l’efficacité et l’équité de l’assurance chômage méritait un "débat légitime ". Et le président de la République, qui lui était à Milan, dans une autre bourgade européenne, a répliqué à son premier ministre qu’il y avait "suffisamment de sujets " sur la table pour bien "s’occuper"  et pour faire "des réformes utiles à l’emploi". Fermez le ban ! Il y a bien sûr de la posture chez Manuel Valls, celle du réformateur briseur de tabou, qui n’hésite pas à prendre date et jouer sa différence dans un contexte si difficile pour le président. Pourtant, on aurait tort de réduire cet échange à distance à un simple jeu de rôle ou d’ambition. Oui, Valls a raison de dire qu’il y a une belle question politique posée par l’assurance chômage à la française.

Notre assurance chômage est si différente des autres systèmes en Europe ?

Oui, et en deux nombreux points. Nous avons les allocations les plus généreuses en Europe et peut-être au monde, à la fois par le niveau et la durée des indemnités versées aux chômeurs. Un choix extrêmement coûteux – l’endettement de l’assurance chômage va frôler les 25 milliards d’euros en 2015 – et pourtant, on le sait ce système laisse sur le côté des milliers, plutôt des centaines de milliers de personnes parmi les plus précaires qui ne parviennent pas à revenir sur le marché de l’emploi. Il faut ajouter que de nombreuses études ont démontré que ce système, mal ficelé, n’incitait pas assez au retour rapide à l’emploi. Et pour être complet, ajoutons que les fonctionnaires et beaucoup de salariés du secteur public ne cotisent pas à ce système qui est pourtant l’un des piliers de la cohésion nationale. Manuel Valls n’a donc pas tort de répéter qu’il y a bien un problème d’efficacité et d’équité dans notre assurance chômage.

Mais le problème, c'est que ce système est géré par les partenaires sociaux...

Oui, c’est ce qu’on appelle le paritarisme, un système géré par le patronat et les syndicats, trop souvent prisonniers de postures idéologiques. Il est difficile sinon impossible d’imposer ici, au nom du pragmatisme, les recettes éprouvées chez nos voisins européens. Les partenaires sociaux vont à tout petits pas, quand l’urgence et la gravité du chômage commanderaient des changements plus radicaux. C’est la même difficulté qu’ont les partenaires sociaux à réformer le système de la formation professionnelle qui ne bénéficie qu’à trop peu de chômeurs. On l’aura compris, ce n’est pas de réforme dont ce système a besoin, mais d’une complète refondation. Mais il n’en sera pas question quand les partenaires sociaux se retrouveront cet après midi pour parler de la modernisation du dialogue social. Au nom de l’intérêt général, le politique est donc fondé à demander des comptes aux partenaires sociaux.