Fin du bras de fer entre Renault et l’État ce jeudi

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C’est cet après midi, qu’on connaîtra l’issue du bras de fer entre Renault et l’Etat, lors de l’assemblée générale des actionnaires. Sauf énorme surprise, l’Etat devrait gagner et imposer ses droits de vote double. Alors qui a raison, dans cette affaire, Emmanuel Macron ou Carlos Ghosn ?

Pour tenter de répondre à votre question, on va examiner les arguments respectifs. Rappelons d’abord de quoi il s’agit : l’Etat veut faire appliquer une loi, dite loi Florange, qui donne une double droit de vote aux actionnaires présents depuis plus de deux ans dans le capital de l’entreprise, que ce soit l’Etat ou d’autres actionnaires.

L’Etat a deux arguments, l’un qu’il met en avant, et l’autre sur lequel il est plus discret. Le premier : c’est que l’Etat ne veut plus pratiquer un  "capitalisme naïf", pour reprendre l’expression du ministre de l’économie : quand l’Etat est actionnaire, il veut pouvoir peser davantage, se faire respecter et donc donner une prime en terme de voix, aux actionnaires qui comme lui sont là sur la durée, et ne pratiquent donc pas un capitalisme sauvage, financier, fait d’aller et de retour dans le capital des entreprises. Il affirme vouloir ainsi apporter de la stabilité aux entreprises et lutter contre la spéculation.

L’Etat a un autre argument,  qu’il ne dit pas tout haut…

Oui, en fait c’est l’ancien président Louis Schweitez, qui est sorti de son silence pour donner raison à l’Etat. Le prédécesseur de Carlos Ghosn dit tout haut ce que l’Etat ne peut pas dire : la situation de Renault l’inquiète, "Il faut, dit Schweitzer, que Renault garde ses racines françaises" : en clair, les rapports de forces au sein de l’alliance Renault-Nissan se sont inversés : hier c’était le Français qui avait sauvé le Japonais en grande difficulté, aujourd’hui c’est le Japonais qui est en position de force. L’alliance tient grâce à Carlos Ghosn, très respecté au Japon, mais demain il y aurait un vrai risque pour Renault. L’Etat veut donc peser maintenant pour préserver l’avenir français du constructeur.

Tout ça paraît plutôt rationnel, alors que disent Renault et Carlos Ghosn pour contester le projet de l’Etat ?

Le Pdg de Renault ne fait pas mystère de sa grosse colère contre l’Etat : c’est peu dire qu’il n’a pas apprécié d’avoir été mis devant le fait accompli et que ce coup de force menace, selon lui l’existence même de l’alliance Renault Nissan, qui est la clé de voute du succès du 4ème constructeur mondial. Si Nissan partait, Renault serait en très grande difficulté. Une alliance, ce n’est pas une fusion, il y a donc des partenaires, en l’occurrence un japonais, un partenaire privé, qu’il faut respecter, sinon choyer, en tout cas ne pas humilier, puisque cette relation repose sur un équilibre subtil. Chez Renault on rappelle aussi que l’Etat actionnaire n’a pas toujours fait des merveilles quand il voulu peser sur la stratégie de l’entreprise et qu’en l’occurrence il n’a joué aucun rôle ou presque depuis que Carlos Ghosn en tient les manettes. Bref, c’est dangereux et déloyal.

Au final, je dirai que les motivations de l’Etat peuvent se comprendre, la solidité d’une alliance ne peut pas reposer sur un seul homme, mais la méthode de l’Etat, aussi brutale que celle des raiders des marchés financiers, est franchement détestable, elle ouvre une crise grave dont le constructeur se serait bien passé.

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