Faut-il une loi sur la rémunération des grands patrons ?

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Nouvelles polémiques sur les rémunérations de grands patrons: cette fois, c’est le gendarme de la Bourse, l’Autorité des marché financiers qui s’émeut d’un certain nombre de dérapages.

Pour une  fois, l'information ne provient pas d’un syndicat ou d’une association de petits actionnaires, mais de la plus haute autorité financière française.

L’AMF a publié hier un rapport sur les rémunérations des dirigeants de sociétés cotées. Ce rapport ne critique pas en tant que telle le niveau de rémunération des patrons, mais il s’inquiète de certaines habitudes totalement contradictoires avec le code des bonnes pratiques que le patronat s’était pourtant engagé à respecter. L’AMF pointe notamment du doigt les primes de départ, ces sortes de parachutes dorés, que les patrons d’Alcatel-Lucent , de Lafarge ou de Sanofi ont touché ces derniers mois aprés avoir quitté leur fonction. De très gros chèques – parfois plus de 8 millions d’euros - en guise de cadeau de départ pour services rendus. Ces primes peuvent dans certains cas se justifier dit l’AMF, mais elles sont en principe plafonnées - pas plus de deux années de rémunération – et ne peuvent pas s’ajouter à d’autres gratifications, contrairement aux trois cas cités.

Que peut faire l’Autorité des Marchés Financiers contre les abus des grands patrons ?

Rien de très concret, en fait, si ce n’est qu’en explicitant publiquement ces entorses à la bonne gouvernance, elle espère dissuader les conseils d’administration de se livrer à telles pratiques. Avec un argument qui n’est pas clairement exprimé,mais que l'on peut comprendre facilement entre les lignes, l’AMF dit aux entreprises : si vous ne respecter pas votre code de bonne pratique, alors vous incitez le pouvoir politique à légiférer. On se souvient que ce fut la tentation de François Hollande, et même de Nicolas Sarkozy, au moins pendant la campagne présidentielle,

Mais le Medef et l’AFEP, l’association de lobbying des grands dirigeants d’entreprise, s’étaient alors défendus en expliquant qu’ils allaient faire la police eux-mêmes, et qu’ils s’engageraient solennellement, pour éviter le couperet de la loi, à respecter ce fameux code de bonnes conduites. Sauf que si les patrons s’essuient les pieds dessus, alors la balle pourrait revenir dans le camp du politique, surtout à l’approche d’un grand rendez-vous électoral.

Faudrait-il encadrer la rémunération des PDG du privé ?

Pour l'instant, on voit toutes les limites des seules bonnes intentions autoproclamées. Pour ce qui est des entreprises publiques, le gouvernement a plafonné le niveau des rémunérations, elles ne peuvent plus dépasser les 450 000 euros annuels. Certains grands patrons d’entreprises privées cotées gagnent 10 fois ou même parfois 20 fois cette somme. Après deux années de baisse, les salaires des patrons sont repartis à la hausse. On remarquera qu’aucun pays n’impose pourtant par la loi une limite à ces rémunérations. Les grands dirigeants d’entreprise sont devenus un marché, où les talents s’achètent à prix d’or, s’arrachent et s’exportent. A la loi, il faut donc sans doute préférer des codes de bonne conduites, mais assorties de réelles sanctions sinon les abus demeureront. Quant au gouvernement, et il ne s’en prive pas d’ailleurs, il a toujours à sa portée l’arme fatale de la fiscalité dont il a montré ces dernières années qu’il savait faire grand usage...