Deux patrons d’entreprise récompensés par des journalistes et des lycéens

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Deux chefs d’entreprise ont été récompensés hier, pour leur livre respectif, l’un par un jury de lycéens, l’autre par un jury de journalistes. Qui sont ces lauréats ?

C’est la première fois dans la longue histoire de ces prix du livre d’économie de l’année que sont récompensés deux chefs d’entreprise ; Jean-Louis Beffa, d’abord l’ancien patron de Saint-Gobain, primé donc par le jury des lycéens qui couronne un ouvrage très pédagogique  "Les clés de la puissance", qui raconte comment les vrais rapports de forces dans la mondialisation ne sont pas tant militaires qu’économiques et comment les deux géants que sont les Etats-Unis et la Chine ont organisé une co-domination du monde.

Mais c’est surtout de Jean-Baptiste Rudelle dont je voudrais vous parler ce matin, le patron de Critéo, une start up française devenue quasi leader mondial de la publicité sur internet. Rudelle signe un récit vivant, écrit à la première personne, il raconte son aventure et on a envie de le faire lire, de l’offrir à tous ceux qui sont aujourd’hui étudiant et cherchent leur voie. Comment cet élève agité, affecté d’un léger autisme social, selon ses propres mots, mais sauvé par un tropisme pour les maths va triompher aux Etats-Unis avec une start up française. C’est une magnifique histoire pleine d’enseignements, parce que Rudelle a échoué plusieurs fois, sans se laisser abattre, a recommencé avant de trouver le graal. Critéo aujourd’hui, c’est une entreprise de 1.600 salariés, répartis dans 15 pays, avec deux jambes, l’une en France, avec des équipes de recherche et de développement et l’autre en Californie. Critéo est entrée dans le club très fermé dit des licornes françaises, des entreprises dont la valorisation dépasse le milliard de dollars.

Si le patron de Critéo a écrit ce livre, c’est aussi parce qu’il ne supportait plus le "French bashing", cette critique systématique de la France à l’étranger

Le livre de Rudelle a aussi un propos. Et n’attendez pas de ce patron millionnaire qu’il entonne le refrain bien connu du trop d’impôts ou découpe à la hache notre fameux code social, non le patron de Critéo a une toute autre ambition : il rêve d’appliquer à la France la recette qui a fait le succès de son entreprise : une greffe culturelle, un métissage subtil, mêlant le meilleur de part et d’autre de l’Atlantique : côté français, l’excellence mathématique, la débrouillardise et la créativité, et de l’autre côté, californien, le génie du marketing, le goût du risque et une culture collaborative développée à grande échelle.

Ce qu’a découvert Rudelle aux Etats-Unis, c’est ce qu’il appelle la culture du  "Co", Co, comme covoiturage, colocation, coworking, une culture participative unique au monde. La culture Co est partout en Californie, nous dit Rudelle qui pense que cette capacité à s’allier à des inconnus, à unir ses forces, à partager des compétences pour un projet commun, à faire confiance a priori, remonte à la culture des pionniers qui ne pouvaient survivre ou s’en tirer seuls.

Une culture collaborative pas très française

Le plus grand handicap français nous dit cet entrepreneur de l’ère numérique, ce n’est pas notre passion fiscale ou notre frénésie réglementaire, mais notre culture monarchique, notre obsession du chef et du pouvoir vertical, qui domine encore la politique, le système éducatif et le management des entreprises. Mais cette culture-là est en train de changer avec les jeunes générations. Tant mieux, car à l’heure numérique, nous dit Rudelle, les pays qui tirent leur épingle du jeu sont justement ceux où la culture participative est la plus forte.