De la violence à Air France, pourquoi ?

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Incroyables scènes de violences et de quasi lynchage hier à Air France, quand des centaines de salariés ont interrompu la réunion du comité d’entreprise. Sept blessés dont cinq membres de la direction. Pourquoi tant de violence dans cette entreprise ?

Rien ne légitime bien sûr de tels actes de violence, condamnés d’ailleurs unanimement hier par la direction comme par les syndicats. Et c’est vrai que ces images du DRH de l’entreprise, chemise arraché, torse nu, et jeté à terre devant une foule haineuse ont mis tout le monde très mal à l’aise. Ces incidents graves témoignent d’un climat social épouvantable. Dont tentent de profiter quelques éléments parmi les plus radicaux imprégnée d’une culture politique digne de l’extrême gauche des années 70.

En fait, si ce conflit est si brutal, c’est que toutes les contradictions de cette vieille entreprise française sont en train d’exploser.

La première, c’est sa gouvernance, une gouvernance atypique et devenue anachronique, issue de son histoire où les pilotes ont constitué une aristocratie, une élite à part, associée à l’image du pavillon français, et donc associée à toutes les décisions de l’entreprise. Air France et ses pilotes, c’est un peu que ce que fut pendant plusieurs décennies EDF avec la CGT, une histoire de proximité, d’intérêts communs, voire de cogestion permanente. Les directions successives en ont beaucoup joué, un jour contre l’Etat, un autre contre Bruxelles. C’est cette histoire là, cette gouvernance d’ancienne entreprise publique, qui est en train de se solder, dans la douleur.

Une partie du personnel au sol d’Air France met en cause d’ailleurs le jusqu’au-boutisme des pilotes

Oui, on assiste bien, et c’est sans doute le plus dangereux pour l’entreprise, à une fragmentation des salariés. Là encore, c’est un aspect méconnu de la gouvernance qui est en cause. Les pilotes représentent moins de 10% des salariés mais ils ont obtenu et conservé par dérogation une représentativité à l’égale des grands syndicats. C’est sous le gouvernement Fillon, qu’un amendement assez spécieux, a été adopté en 2009 qui donne un statut particulier au syndicat des pilotes, la reconnaissance de droits spécifiques pour un syndicat catégoriel. Il n’y a pas de pilotes syndiqués à la CFDT,  à la CGT ou à FO, mais exclusivement à la SNPL, qui défend donc, souvent contre d’autres salariés, ses propres intérêts particuliers, les intérêts d’une élite jusqu’ici très protégée.

La direction demande désormais Vincent des efforts à toutes les catégories de salariés

Oui, justement, et ça pose la question la plus explosive, celle de l’équité, de l’équité du partage des efforts d’adaptation à fournir. C’est le troisième plan de restructuration en six ans, près de 10 000 postes ont été supprimés ou non remplacés, les personnels au sol ont déjà fourni beaucoup d’efforts de productivité, et il est pour beaucoup, de plus en plus insupportable qu’une catégorie de personnel, en l’occurrence les pilotes, se place au dessus des autres. Si les tensions sont aujourd’hui si fortes, si violentes, c’est qu’on ne sait plus bien qui porte l’intérêt général dans cette entreprise. C’est tout le contrat social qu’il faudrait aujourd’hui refonder à Air France. Et c’est pour ça que ce conflit est si douloureux et si important.