Conflit entre Renault et l'Etat : vers l'armistice

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Chez Renault, conseil d’administration décisif aujourd’hui : le patron Carlos Ghosn et le ministre Emmanuel Macron s’affrontent depuis des semaines sur le rôle et le poids de l’État dans l’entreprise. Va-t-on ce matin vers une sortie de crise ?

C’est une journée très importante pour Renault. Une résolution commune de l’Etat et de Renault-Nissan devrait être présentée aujourd’hui au conseil d’administration, mais les avocats des deux parties bataillaient encore hier soir sur sa formulation. Il y a bien ce matin un espoir d’armistice après plus de six mois de bras de fer. Pour bien comprendre l’enjeu de cette bataille, il faut prendre un peu de recul, Renault-Nissan et l’Etat français, c’est une histoire en trois actes.

Le premier acte se situe en 1999, Renault, alors dirigée par Louis Schweitzer, décide de sauver une entreprise japonaise, au bord de la banqueroute, cette entreprise s’appelle Nissan et c’est un industriel franco-libano-brésilien, Carlos Ghosn qui est dépêché sur place pour relever ce défi. L’idée de Schweitzer est un coup de génie et Carlos Ghosn fait des étincelles : alors que beaucoup avait jugé la tâche impossible, surtout pour un étranger, Ghosn ressuscite Nissan.

Le 2ème acte se situe quinze ans plus tard, Carlos Ghosn est depuis 2005 le dirigeant tout puissant de Renault, de Nissan et de l’Alliance scellée entre les deux entreprises. Mais le rapport de force entre les deux constructeurs s’est totalement inversé : Nissan pèse désormais deux fois plus que Renault en terme de ventes, trois fois plus en terme de marge, et 70% du bénéfice net de Renault, au premier trimestre de cette année a été généré par sa quote part dans Nissan. L’alliance a changé d’équilibre.

Et l’Etat français, Vincent, quel a été son rôle dans toute cette période ?

Avec ses 15% de capital, L’Etat a accompagné cette stratégie, souvent de manière passive, laissant faire un PDG dont l’aura, la notoriété, et le talent ont fait l’admiration de ses pairs. Mais tout change, et c’est le dernier acte, avec Emmanuel Macron, qui, le premier, ne succombe pas aux charme de Carlos Ghosn, il s’inquiète au contraire des pleins pouvoirs laissé à un seul homme, fut-il un dirigeant d’exception. Pour le jeune ministre, il y a clairement un problème de gouvernance chez Renault-Nissan : Ghosn cumule trop de pouvoir et ce n’est pas sain dit-il, c’est même dangereux, trop de connivence au sein du conseil, pas de réel contre-pouvoir, la toute puissance de Carlos Ghosn constituerait un risque pour l’avenir même de l’entreprise, surtout face à la puissance nouvelle du japonais Nissan. 

Et donc l’Etat a décidé accroître sa part de capital dans Renault ?

Oui, au printemps dernier, la part de l’Etat dans le capital de Renault-Nissan est donc passée de 15 à près de 20%. Cette entrée à la hussarde a contrarié Carlos Ghosn et plus encore les Japonais qui se méfient de l’Etat et suspectent des intentions politiques. Emmanuel Macron a tenu bon, il veut que l’Etat ait une minorité de blocage sur les grandes questions stratégiques, mais pas sur les questions opérationnelles, pas sur le management au jour le jour de l’entreprise : l’Etat est un actionnaire, il pense le moyen et le long terme, dit le ministre, mais ce n’est pas un manager. Toute la question étant de dire et d’écrire, ce qui relève de la stratégie et ce qui relève de l’opérationnel. On en était là hier soir. C’est un sacré coup de poker qu’a joué Emmanuel Macron. Et c’est à coup sur une autre histoire qui commence désormais entre l’Etat, Carlos Ghosn et Renault-Nissan.