Comment sortir les négociations sur la Grèce de l'enlisement ?

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C’est un rendez-vous capital qui va avoir lieu ce mercredi à Berlin : Angela Merkel reçoit Alexis Tsipras, le Premier ministre grec. Apparemment, les discussions sont toujours au point mort. Pourquoi est-ce aussi difficile de trouver une solution pour éviter la faillite d’Athènes et sa sortie de l’euro ?

 C’est difficile de trouver un accord sans doute d’abord parce qu’il y a beaucoup de monde autour de la table : les commissaires européens, la Banque centrale européenne, les émissaires du FMI, les équipes des négociateurs grecs qui changent de temps en temps, sans oublier, comme pour la réunion du jour, plusieurs dirigeants politiques qui s’invitent et tentent de jouer les facilitateurs comme Angela Merkel.

Cette interminable négociation, dont chacun distille les détails qui l’intéresse, est aussi rendue difficile par la situation du gouvernement grec tenant de la gauche radicale qui a remporté les élections sur un programme inapplicable. Tsipras tire toujours beaucoup sur la corde et mise sur le risque politique et financier qu’une sortie de la Grèce ferait peser sur l’ensemble de la zone euro pour arracher le plus de concessions possibles. C’est cette tactique très coûteuse, très risquée qui prolonge indéfiniment le suspense.

N’y a-t-il pas aussi un problème de méthode ?

Certainement, c’est d’ailleurs ce que pensent trois économistes dont le fameux Thomas Piketty qui signe avec Xavier Timbeau et Maxime Parodi une tribune dans Le Monde daté du 10 juin. "Sauvons la Grèce par la démocratie ", affirment-ils. Ces trois-là ont le mérite de tirer les leçons de ce blocage et de mettre sur la table une méthode nouvelle de résolution des problèmes de dette dans la zone euro.

Que préconisent-ils ? D’abord que la Grèce continue à rembourser le FMI comme prévu. C’est un point qui n’est pas négociable: jamais dans son histoire, l’institution n’a accepté qu’on lui fasse défaut. Ils recommandent ensuite d’entamer une négociation avec les seuls Européens pendant laquelle les échéances seraient suspendues. Enfin, et c’est la proposition la plus originale, les trois économistes suggèrent de confier à des représentants des différents parlements de la zone euro la responsabilité de trouver un accord. De fait, serait ainsi créé l’embryon d’une véritable antichambre parlementaire de la zone euro. Cela permettrait aussi de remettre de la politique et de la démocratie dans ce dossier. C’est précisément le meilleur moyen de faire accepter à chacun des solutions surtout si elles sont difficiles.

Pourquoi ces élus feraient-ils soudain un miracle ?

Parce qu’on sortirait de la posture purement technicienne. On se poserait aussi d’autres questions, disent Thomas Piketty et ses camarades, par exemple : "quelle est, quelle doit être la responsabilité des jeunes générations face à la dette créée par leurs aînés ?"  "Comment ont été réduites les autres dettes importantes dans l’Histoire ?"

C’est une solution de bon sens, utilisée partout dans le monde, pour résoudre des problèmes de dette privée. Voilà une proposition pragmatique qui complèterait au passage le système de l’euro auquel il manque toujours une représentation politique et démocratique. Raison de plus, Français et Allemands en conviennent déjà, pour tenter de faire en sorte que le drame grec finisse par faire avancer collectivement toute la zone euro.

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