Chômage : les jeunes sont-ils sacrifiés ?

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Derrière les derniers bons chiffres du chômage, il y a la situation des jeunes de moins de 25 ans. Leur situation commence à s’améliorer.

Pour les moins de 25 ans, quand on regarde dans le détail, la tendance à la baisse est nettement plus accentuée, et commence à devenir enfin significative, - 1% en avril, mais sur douze mois, c’est moins 7%, donc oui, la situation des jeunes est vraiment en train de s’améliorer. Mais pourtant la place, et le destin des jeunes aujourd’hui demeurent une source de préoccupation majeure et d’interrogation tout à fait stratégique pour les économistes comme les politiques d’ailleurs. Figurez-vous que mardi soir, j’ai assisté justement à un dîner-débat qui réunissait sur ce thème une trentaine d’économistes. Tous ont participé à la rédaction d’un gros ouvrage de 400 pages passionnant, titré "Choc démographique et rebond économique", piloté par Jean-Hervé Lorenzi et qui analyse toutes les conséquences du vieillissement et du basculement déjà bien amorcé du centre de gravité de notre société vers les seniors. Comment faire que cela ne se fasse, plus davantage encore, contre les jeunes. Pire : la question qui a enflammé la soirée était : "Peut-on parler pour les jeunes de générations sacrifiées au pluriel ?"

Les jeunes qui connaissent encore le plus fort taux de chômage sont-ils donc "sacrifiés" ?

Et bien un peu à la manière des avocats et de leur concours d’éloquence, ces économistes se sont pris au jeu et on tenté de défendre successivement les deux thèses pour pouvoir évaluer les arguments des uns et des autres. C’est l’un des jeunes économistes français les plus prometteurs, Hypolitte d’Albis, qui a ouvert le feu, et dénoncé un effet trompe l’œil, en disant,  "non", il n’y a pas de génération sacrifiée. Et cela au moins pour trois raisons :

1 – Les jeunes arrivent dans un monde qui est aujourd’hui globalement beaucoup plus riches que celui de leur ainées.

2 – L’espérance de vie n’a jamais été aussi élevée et c’est le plus bel acquis.

3 – l’accès à l’éducation n’a jamais été aussi ouvert qu’aujourd’hui.

Cette intervention tranchée mais assez incontestable dans les faits a déchainé l’assistance. Les uns rappelant l’égoïsme et l’individualiste des génération de l’après guerre, qui ont légué une montagne de problèmes, de déficit et de dettes que les jeunes devront bien assumer, le tout en bénéficiant de retraites futures beaucoup plus faibles, avec des trous de carrières et une entrée très étirée, très précaire, dans la vie active que n’ont pas connus leurs aînés.

La conclusion ? 

La conclusion, c’est que si il n’y a pas de générations sacrifiées, il y a bien individuellement des sacrifiés. C’est l’économiste, rattaché à l’université de Dauphine, El-Mouhaud qui semble avoir, par cette formule, réconcilié tout le monde, en évoquant notamment le sort de jeunes issus de milieu modeste et né dans des villes ou des quartiers plus fragiles, plus touchés par la crise : ces jeunes là vont se retrouver comme coincé dans ces territoires, sans aucun espoir de mobilité ni géographique ; ni sociale. Et il y a fort à parier que leur sort soit celui de la précarité. Et bien évidemment, se pose donc la question de l’invention de nouvelles politiques publiques cette fois adaptée et enfin efficace. Mais le sentiment général de ces économistes, c’est que la situation de notre démographie et les mutations de l’économie vont rentre indispensable un nouveau contrat social intergénérationnel, plus équilibré, plus adapté à des exigences d’équité, de responsabilité et d’efficacité.