Barack Obama prend un acte social de dernière minute

Le président des Etats-Unis vient de prendre une mesure sociale inattendue pour augmenter le pouvoir d'achat des salariés qui travaillent plus. Une mesure à décrypter par le prisme de la présidentielle.

Le président des Etats-Unis vient de signer une ultime décision avant de quitter la Maison Blanche. Barack Obama veut donner un coup de pouce salarial qui devrait bénéficier à plus de quatre millions de travailleurs américains. Le dispositif va entrer en vigueur dès le 1er décembre prochain, c’est à dire trois semaines après l’élection présidentielle du 8 novembre. Tout cela n’est pas un hasard.

Le dispositif précédent remonte à 1929

Il s’agit d’ouvrir l’accès aux heures supplémentaires à plusieurs millions de salariés américains. Aux Etats-Unis, c’est une loi fédérale qui régit la durée du travail et les salaires, elle fait d’ailleurs partie intégrante du "New Deal" mis en place par le président Roosevelt à la suite de la grande dépression de 1929. Ce texte fixe la durée du travail à 40 heures hebdomadaire et instaure le principe d’heures supplémentaires rémunérées à 150% du salaire horaire classique. Mais ce principe de rémunération des heures supplémentaires n’était applicable que pour les salariés les plus modestes, ceux qui gagnent moins de 23.000 dollars par an. Ce qui correspond en euros et par mois, à moins de 1.800 euros.  

C’est ça que change Obama : dorénavant, le dispositif s’appliquera à tous les salariés qui gagnent jusqu’au double, soit environ 45.000 euros par an, c'est à dire plus de 3.750 euros par mois. La modification concerne donc près de 4,5 millions de personnes supplémentaires.

Le président Obama vise la classe moyenne américaine

Barack Obama s’est installé à la Maison Blanche en 2008, au moment même où l’Amérique et le monde subissaient le choc de la plus grave crise économique, depuis celle de 1929. C’est lui qui a eu à gérer, avec la banque centrale, le rétablissement spectaculaire de l’économie américaine, avec un taux de chômage aujourd’hui sous la barre des 5%.

Seulement derrière ce tableau plutôt flatteur de l’économie américaine, il y a plusieurs points noirs : le plus flagrant, c’est que le pouvoir d’achat de la grande classe moyenne américaine a quasiment stagné depuis trois décennies. Elle n'a obtenu aucune hausse réelle de pouvoir d’achat en 30 ans. Et l'effet est totalement dévastateur. C'est ce qui explique une partie du grand malaise américain et Obama le sait mieux que personne.

Un des grands sujets de la campagne présidentielle

Le blocage du pouvoir d’achat explique la colère de cette classe moyenne qui s’est mobilisée pour Donald Trump, candidat républicain à la Maison Blanche ou pour Bernie Sanders, le rival d’Hillary Clinton, côté démocrate. Et il faut ajouter que les Etats-Unis n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’emplois d’avant la crise de 2008 : il y a moins d’Américains sur le marché du travail qu’il y en avait avant la crise. Et il y a même aujourd’hui des poches de pauvreté dans de très nombreux Etats.

Certes, Obama met fin à une injustice sur les heures supplémentaires, il y a comme un remord. Mais beaucoup considéreront, à juste titre, que c’est trop peu, et surtout bien tard. Le président laissera donc à son successeur un problème social majeur pour la cohésion et le moral du pays.

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