Après le Brexit, le Royaume-Uni veut devenir un paradis fiscal

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Au Royaume-Uni, la classe politique cherche toujours une réponse économique au Brexit et à ses redoutables conséquences. Et si la Grande-Bretagne devenait un paradis fiscal ?

C’est George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, l’équivalent du ministre des Finances, qui a jeté cette petite bombe politique : pour tenter de retenir les entreprises qui veulent s’exiler hors du Royaume-Uni, la Grande-Bretagne pourrait devenir un vrai paradis fiscal. C’est exactement ce qu’a proposé le ministre, dans une contre-attaque, en promettant de réduire l’impôt sur les sociétés à 15%, dans une interview donnée au Financial Times . Il faut savoir que dans l’Union européenne, le taux moyen de cet impôt est de 25% et qu’il est même de plus 34% en France, hors niches fiscales, soit le taux le plus élevé en Europe.

A 15% d’impôts sur les sociétés, les Britanniques se mettraient à peu près au niveau de l’Irlande, qui elle est un véritable paradis fiscal pour les entreprises, c’est ce taux très bas qui a permis aux Irlandais d’attirer beaucoup d’entreprises, et notamment quelques géants américains de l’internet. George Osborne a de la suite dans les idées, puisque depuis il est arrivé au pouvoir avec le conservateur David Cameron, il a déjà fortement diminué la taxation des entreprises, baissant déjà de 8% ce même impôt sur les sociétés.

Quel effet, quelles conséquences auraient cette politique fiscale ?

D’abord, il faut dire que cette annonce témoigne d’un affolement général très perceptible à Londres, George Osborne fait partie de ceux qui voulaient rester au sein de l’Union européenne et il redoute clairement une fuite d’entreprises, ou au mieux un gel de leurs investissements en Grande-Bretagne. Dans un tel climat d’incertitude, c'est ce qu’ont déjà promis nombre de dirigeants d’entreprise. Les perspectives ne sont pas bonnes : Christine Lagarde par exemple a rappelé que son institution, le FMI, estimait pour le Royaume-Uni une perte de croissance de 1,5 à 4,5% avec le Brexit. Le choc sera donc rude, avec un arrêt de la croissance dès 2017. Rien n’empêche donc le Royaume-Uni de tenter de limiter la casse en conduisant une politique fiscale hyper-agressive, notamment vis-à-vis des pays de l’Union. Voilà en tout cas qui ne simplifierait pas les négociations avec Bruxelles. Ce qui frappe aussi dans cette annonce, c’est l’improvisation, l’impréparation des dirigeants britanniques, qui n’ont absolument pas anticipé la victoire désormais bien réelle du Brexit.

L’enjeu : protéger la City, la place financière de Londres

L'objectif est de préserver la place de Londres, mais là encore sans plan précis. Les autorités britanniques sont en train de mesurer les inquiétudes, pour ne pas dire la colère, de certains grands opérateurs financiers installés à Londres. Beaucoup craignent en effet une délocalisation de leurs activités sur le continent. D’autant que certains comptent bien profiter de la situation. Paris, on le sait, a une carte à jouer, notamment parce que la vie à Francfort ne suscite pas beaucoup d’enthousiasme chez les banquiers ou les financiers.

Le New York Times s’est livré à un petit jeu pour savoir quelle ville a le plus d’atouts pour devenir la future grande place financière du Continent : ça ne serait ni Paris, ni Francfort, mais Amsterdam qui raflerait la mise. Chacune de ces capitales prépare d’ailleurs des mesures incitatives. Voilà qui explique aussi les inquiétudes du chancelier de l’Echiquier et de ses collègues britanniques. Une chose est sûre : la bataille de l’attractivité est lancée, les Britanniques sont agiles, ils sont aussi d’excellents négociateurs, ils ne se laisseront pas dépecer sans réagir. Et c’est exactement ce qui est en train de se préparer.

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