Le débrief politique. Un cliché qui en dit long

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La photo officielle dévoilée et décryptée, les boycott au congrès, la cravate des députés britanniques... Tout ce qu'il ne fallait pas rater dans l'actualité politique de jeudi 29 juin avec Yaël Goosz.

La photo officielle décryptée

À la une ce jeudi soir, une photo qui dit tout. À 12h38, sur le compte Twitter officiel d'Emmanuel Macron, est apparu un cliché. C'est la photo qui remplacera dans les prochains jours celle de François Hollande, toujours accrochées dans les salles des fêtes des mairies. On y voit le président debout, en costume sombre et cravate bleue, les mains cramponnés à son bureau, avec une expression du visage extrêmement déterminée et le sourire du conquérant. Le cliché a été pris samedi dernier, à 20h20, on le lit sur l'horloge du conseil des ministres qui trône sur le bureau. On est dans le salon doré de l'Élysée, au premier étage, là où Emmanuel Macron travaille.

Il a soigneusement choisi les objets qui figurent dans le décor, comme des attributs symboliques de sa présidence. La modernité : on voit ses deux téléphones portables, ses Iphone. La tradition et la filiation : le livre ouvert est celui des Mémoires de guerre du général de Gaulle, et les deux autres sont Nourritures terrestres, de Gide, et Le rouge et le noir, de Stendhal. 

Emmanuel Macron est dos à son bureau, dos à la fenêtre grande ouverte sur les jardins. Symbole du renouvellement engagé ? "Non, c'est juste qu'il faisait chaud", explique un conseiller. Derrière l'appareil, sans surprise, c'est Soazig de la Moissonière, la photographe qui l'a suivi à l'Élysée après la campagne. 

Deux drapeaux imposants l'encadrent, le tricolore sur sa droite, l'européen sur sa gauche. À égalité. Symbole très important que ce drapeau bleu étoilé : "C'est le sens de mon engagement, a expliqué Emmanuel Macron à franceinfo lors de son déplacement à Berlin. Je pense que la France ne peut pas réussir sans une Europe forte et que l'Europe ne peut pas avancer s'il n'y a pas une France forte et responsable qui puisse travailler avec ses partenaires. Donc, c'est aussi cela ce que cette dit, c'est que nous avons destins liés." 

Ce portrait remplacera bientôt celui de François Hollande dans les mairies, il était temps. La présence de l'ex-président est matérialisée par un petit coq en métal, un encrier qu'Emmanuel Macron a choisi de garder.

L'info du débrief : photo différente pour Andorre

Cette photo ne sera pas visible partout. C'est l'info du débrief. Une version spéciale a été réalisée pour Andorre puisque les chefs d'État français sont les coprinces de cette enclave au cœur des Pyrénées. Même mise en scène mais avec un troisième drapeau en plus, celui de la Principauté.

La rue des États généraux

Cette photo, c'est un peu "l'empereur en marche", disent les détracteurs d'Emmanuel Macron. En marche vers le congrès à Versailles. Le discours est prévu à 15h lundi devant 900 parlementaires ou presque. En effet, il y a du boycott dans l'air. Les élus communistes vont manifester devant la mairie de Versailles à 14h, au niveau de la rue des États généraux, ça ne s'invente pas. Le "Tiers-État contre la dérive monarchique", dit le communiqué du PCF.

Politique de la chaise vide aussi pour les insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Alexis Corbière n'ira pas : "Nous souhaitons, avec les moyens qui sont les nôtres, symboliquement, marquer notre désaccord avec tout ça. Nous ne voulons pas que ce qui est déjà la monarchie de la Ve République se transforme en une situation quasi pharaonique, si vous avez bien compris le caractère un peu ironique du propos."

Que répond l'Élysée ? "Ce n'est pas un lieu qui définit ce que sont les hommes". Une belle phrase à méditer mais une photo dit beaucoup de choses quand même ! La preuve : celle qui va bientôt orner les murs des mairies, on en parlait au début du débrief. 

Le style Macron

Il y a incontestablement un style Macron qui se dessine de jour en jour. Nicolas Sarkozy s'est montré hyperactif, en rupture avec le "roi fainéant" Jacques Chirac. L'hyperprésidence bling-bling est devenue un contre-modèle pour François Hollande qui incarnera à l'excès l'impossible présidence "normale", en mettant le nez dans sa "boîte à outils" contre le chômage. Et, aujourd'hui, on assiste à quoi ? À du anti-hollandisme absolu : communication sur-maîtrisée, ligne coupée ou presque avec les journalistes, verticalité des décisions et un Premier ministre relégué en troisième division. 

Le budget Hollande

On voit cela aussi dans la volonté de montrer du doigt les failles de l'équipe précédente. Les fameux audits de la cour des comptes. À chaque alternance, on épluche la gestion des sortants. François Hollande l'avait fait en 2012, il y avait eu de mauvaises surprises mais le socialiste avait choisi de ne pas se défausser sur Nicolas Sarkozy. Là, 5 ans plus tard, c'est tout le contraire : Édouard Philippe charge au maximum François Hollande. La cour des comptes a même mis un mot choc dans le vocabulaire de son rapport : un budget entaché "d’insincérités". Le Premier ministre surfe sur la mauvaise nouvelle: "Nous héritons donc d'un dérapage de plus de 8 milliards d'euros, dit-il. 8 milliards d'euros ! C'est inacceptable. Je souhaiterais que les Français mesurent l'ampleur de ce dérapage. 8 milliards d'euros de promesses non financées, 8 milliards d'euros de chèques en bois."

Et qu'en disent les principaux accusés ? Qu'ils ont été sérieux, qu'ils n'ont jamais été coupables d'artifices comptables. Alors, pourquoi ne pas le dire à Edouard Philippe ? Pourquoi ne pas réagir au micro ? Réponse, sympathique, d'un ministre de l'ère Hollande : "On ne débat pas avec un pauvre Premier ministre, écrasé de son gros orteil par Jupiter tout puissant".

En tout cas, Édouard Philippe prépare les esprits : il y a des réformes qu'il faudra peut-être ajourner pour pouvoir rester dans les clous des 3%. Quid de l'ISF ? Quid de la taxe d'habitation ? Quid du CICE transformé en baisse de charges ? Il va y avoir du grain à moudre à Nancy, vendredi soir et samedi, où tout le gouvernement se réunit en séminaire.

Des postes et des déceptions à l'Assemblée

XVe législature, jour 3 -moins tendu que le jour 2- avec cette séance interminable pour se répartir les postes du bureau de l'Assemblée. Au final, c'est une razzia pour La république en Marche. La majorité s'est choisie la part du lion, ne laissant que quelques miettes aux différents groupes d'opposition. C'est le cas avec la composition du bureau de l'Assemblée nationale, présidé par François de Rugy : sur les six postes de vice-présidents, cinq sont occupés par des députés LREM et un pour le MoDem, parti allié. Idem pour les trois questeurs : deux sont de la majorité et le troisième est occupé par Thierry Solère, un "LR constructif", donc favorable à Emmanuel Macron, ce qui a provoqué la colère du parti Les Républicains. 

Du côté des huit commissions : six sont dirigées par des députés LREM et une -celle des Affaires étrangères- par Marielle de Sarnez du MoDem. Du côté des groupes d'opposition, on proteste, on s'énerve et on dénonce une mainmise de la majorité sur le fonctionnement de l'Assemblée nationale. C'est quand même à l'ex-ministre du Budget, le LR Eric Woerth, que revient la commission des finances.

Après le "psychodrame questure", le temps de la clarification à droite est pour bientôt. Bientôt les purges ! Le sort des 18 "constructifs", exclusion ou pas des Républicains, sera scellé en bureau politique le 11 juillet. Même l'UDI s'interroge sur son maintien ou non dans ce groupe à l'Assemblée.

Les Britanniques et la cravate

La cravate est encore à la Une de l'actualité politique ce jeudi. En France, il n'y a pas eu de rappels à l'ordre pour les insoumis venus sans cravate mardi à la séance inaugurale de l'Assemblée. Les mœurs changent. Au Royaume-Uni aussi. Depuis aujourd'hui le port de la cravate n'est plus une obligation à Westminster.

La note du débrief : 6/20 pour Thierry Solère

Un 6 sur 20 pour Thierry Solère et ses amis "constructifs" qui n'aident pas à la compréhension des forces politiques en jeu dans ce nouveau Parlement. La plupart des députés dits "constructifs" voteront la confiance mardi. Au pire, ils s'abstiendront. Beaucoup ont été élus parce que, magnanime, Emmanuel Macron ne leur a pas mis de marcheurs sur leur route. 

Et pourtant, ce groupe s'est inscrit comme groupe d'opposition au même titre que les insoumis, que les communistes ou que Les Républicains ! Ce qui donne plus de temps de parole et de moyens pour exister. La preuve, ils ont décroché, pour Thierry Solère, ce fameux poste prestigieux de questeur qui donne des indemnités en plus. Mais où sont la cohérence et la colonne vertébrale des convictions dans tout ça ? 6 sur 20 pour les scories de la vieille politique.

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