Le débrief politique. Premier jour pour le gouvernement Philippe 2

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Le premier jour du gouvernement Philippe 2, un président pour les députés socialistes et le coup de gueule de Christian Jacob... Tout ce qu'il ne fallait pas rater dans l'actualité politique du jeudi 22 juin avec Yannick Falt. 

Photo de famille du gouvernement Philippe 2

À peine remanié, déjà sur le pont ! Le gouvernement Philippe 2 était réuni pour son premier conseil des ministres jeudi. L'équipe est différente mais elle respecte toujours la parité : 15 hommes et 15 femmes (si on inclut le Premier ministre). La photo officielle prise après le conseil était savamment étudiée pour mettre en avant cette parité puisque les hommes et les femmes sont placés en alternance. L'image est très sage, mais elle est pensée pour casser les codes parce que le président de la République n'est pas au premier rang, fait inédit dans l'histoire de la Ve République. Pas question pour autant pour Emmanuel Macron d'être relégué en arrière plan : il est en fait au centre de son gouvernement. Une mise en scène de ce président jupitérien autour duquel gravitent ses ministres, comme des satellites. 

Jusqu'à la sortie du Conseil, il régnait un parfum de festival de Cannes. Tapis rouge, défilé de ministres sous le crépitement des flashs, pause sur le perron, traversée de la Cour d'honneur autorisée seulement aux journalistes photographes, nouvelle pause avant la sortie... il ne manquait que le tapis rouge. La sortie du conseil des ministres est en théorie l'occasion pour les journalistes d'interpeller les ministres sur l'actualité, mais cette fois-ci, visiblement, seuls les jolis clichés comptaient.

Emmanuel Macron s'est ensuite envolé pour Bruxelles où il a participé à son premier Conseil européen. L'occasion de décliner son slogan : "L'Europe qui protège." C'est précisément le même que celui de Nicolas Sarkozy au moment de la présidence française de l'Union européenne en 2008.

Passation de pouvoirs dans les ministères

Avant ce premier conseil des ministres, il y a eu les traditionnelles passations de pouvoir dont une que l'on a particulièrement scrutée : celle entre François Bayrou et Nicole Belloubet au ministère de la Justice. L'ancienne membre du Conseil constitutionnel va porter la loi sur la Moralisation de la vie publique, l'un des marqueurs du quinquennat. François Bayrou, ému, en a profité pour la mettre en garde : attention aux bâtons dans les roues, prévient celui qui redevient simple maire de Pau. "Vous allez avoir un combat très important à conduire et, d'où je serai, je vous y aiderai de toutes mes forces."

C'est un travail en profondeur [...] sur lequel vous allez rencontrer un certain nombre de résistances

François Bayrou, ex-ministre de la Justice

à franceinfo

Les différents changements au sein du gouvernement sont globalement applaudis par les Français. Selon un sondage Odoxa pour franceinfo, huit Français sur dix se disent "satisfaits" du départ de François Bayrou et des deux autres ministres du Modem, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard, à la suite de l'enquête en cours sur l'affaire des assistants parlementaires européens. La démission de ces trois figures du parti centriste est vécue comme un soulagement, aussi bien chez les sympathisants de gauche que chez ceux d’En Marche, de droite ou du Front national. Cette décision renforce également la légitimité d'Emmanuel Macron, selon le sondage : 60% des interrogés lui font confiance pour poursuivre le chantier de la moralisation de la vie politique lancé par François Bayrou. 

Seul bémol, selon les sondés : la reconversion de Marielle de Sarnez et de Richard Ferrand, lui aussi mis en cause dans des “affaires”. Les deux anciens ministres sont pressentis pour prendre la tête de leurs groupes parlementaires respectifs à l’Assemblée nationale. Pour une large majorité des Français (57%), c’est une mauvaise idée.

Les socialistes ont leur président de groupe

Ils se sont mis d'accord : les socialistes ont choisi leur président de groupe avec un triomphe romain pour Olivier Faure, reconduit dans ses fonctions. Le député de Seine-et-Marne obtient 28 voix contre trois pour Delphine Batho, l'ancienne ministre de l'Environnement. Pour autant, le groupe n'a rien d'une armée romaine : 31 députés, c'est neuf fois moins que lors de la dernière législature (284 élus). Ce groupe, réduit à peau de chagrin, est éclectique : franche opposition à Emmanuel Macron ou soutien exigeant, les avis divergent.

Le premier point de tension sera les positionnements pour la déclaration de politique générale, le 4 juillet. Certains voteront la confiance, d'autres s'abstiendront, d'autres voteront même contre. C'est le cas du député du Val-de-Marne, Luc Carvounas. Il milite pour le respect et la discussion au sein du groupe : "Je ne suis pas pour l'exclusion de qui que ce soit", explique celui qui souhaite a minima l'abstention. "Le plus important, c'est de tenter de convaincre ceux qui ont encore envie de voter pour." Le groupe socialiste se dirige donc vers la liberté de vote. C'est le principe des réalités : à 31 députés, impossible d'exclure ceux qui ne respecteraient pas la position majoritaire.

Le coup de gueule de Christian Jacob

Le député de la 4e circonscription de Seine-et-Marne a été reconduit mercredi 21 juin comme président du groupe Les Républicains à l'Assemblée. Le remaniement, il n'en est pas fan : "Un gouvernement d'énarques", dit-il. Le séminaire organisé ce week-end à l'Assemblée pour les nouveaux députés de La République en marche, en présence du Premier ministre Édouard Philippe, passe encore moins. "Ce qui va se passer ce weekend m'inquiète beaucoup. Le président de l'Assemblée nationale n'est pas élu et le bureau n'est pas composé. Ça me choque au plus haut point", fulmine Christian Jacob. Le président du groupe LR aimerait que les députés En Marche attendent que le président et l'exécutif du palais Bourbon soient élus. "Ça veut dire qu'on s'arroge tous les droits, on prend possession des lieux. Mais au nom de quoi ?" 

La note du débrief : zéro pointé pour l'Élysée

"La technique ne suit manifestement pas assez vite", déplore le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. Et pour cause : la salle dans laquelle se déroule le compte-rendu du conseil des ministres n'est pas accessible aux personnes handicapées : aucune rampe ou élévateur n'est installé. Une des journalistes doit donc se faire porter par les pompiers de la Présidence pour y accéder. Si la mise aux normes n'est pas réalisée dans des délais rapides, "je ferai en sorte de ne plus rendre compte du Conseil des ministres dans cette salle, quitte à le faire dans la rue", s'engage Christophe Castaner, qui souhaite ainsi accélérer le travail de l'administration. C'est donc un 15/20 pour lui et un zéro pointé pour l'Élysée.

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