Le débrief politique. Pour Sylvia Pinel, la primaire de la gauche n'est plus "une anomalie"

Sylvia Pinel fait volte-face et se présente finalement à la primaire de la gauche. Concours de boules puantes entre les candidats socialistes. Manuel Valls inaugure son QG de campagne, François Fillon n'en finit pas de s'expliquer sur la Sécu et Ségolène Royal n'en fait qu'à sa tête. Tout ce qu'il ne fallait pas rater est dans le Débrief politique de Yaël Goosz.

1Sylvia Pinel candidate à la primaire de la gauche

Sylvia Pinel, 39 ans, ancienne ministre et présidente du Parti radical de gauche, sera la seule femme de la compétition. Un beau virage à 180 degrés pour celle qui comptait se présenter sans passer par la case primaire. "Dès l'annonce de l'organisation de cette primaire par le Parti socialiste, disait-elle sur franceinfo il y a 15 jours, j'ai fait savoir que, pour le PRG, cela nous semblait incongru, inadapté. On organise des primaires quand on est en conquête du pouvoir. Là, c'est une anomalie !"

Des propos tenus avant que François Hollande se retire, le PRG était alors divisé sur la stratégie à suivre. Une partie des troupes du PRG est tentée par Macron, et la candidature en solitaire, hors primaire, était pensée pour colmater la brèche, pour éviter l'hémorragie. Maintenant que François Hollande n'est plus là, c'est différent : avec Manuel Valls l'entente est cordiale, un accord est probable si l'ancien Premier ministre accède au deuxième tour. 

Et puis il y a la carte féminine à jouer : une primaire sans femme était inimaginable pour Solferino. Sylvia Pinel devient donc la NKM de gauche !

Les réactions sont à la limite du dérapage, le député PS de Marseille Patrick Mennucci prend des risques : "Elle est très féminine, elle est charmante et politiquement très intelligente." Charmante avant d'être intelligente ! C'est exactement ce qu'il ne faudra pas dire lors des débats, télé et radio, les 12, 15 et 19 janvier prochains.

2La primaire à gauche, primaire des boules puantes !

Qui n'a pas payé ses cotisations ? Qui est à jour ? Qui ne l'est pas ? Les révélations du Canard Enchaîné ont évidemment secoué l'équipe de Vincent Peillon : à peine déclaré et déjà pointé du doigt pour ses près de 20 000 euros d'arriérés qu'il doit au parti. "Tout est en ordre, la dette sera réglée", assure son équipe de campagne.

Peillon va payer, Arnaud Montebourg aussi ! Plusieurs journaux pointent des arriérés qui remontent aux années 2007-2012. L'ancien ministre et candidat les conteste, on parle d'au moins 30 000 euros qui n'auraient pas été versés au parti. "C'est de l'archéologie financière", s'agace son entourage, qui assure que Montebourg est dans les clous.

Pendant ce temps, chez Benoît Hamon, on regarde voler les boules puantes : "On ne s'inscrit pas là-dedans, explique Alexis Bachelay, le porte-parole du candidat. Benoît Hamon est à jour dans ses cotisations, il les a toujours payées. Il est carré par rapport à ça ! "

3Manuel Valls inaugure son QG de campagne

Le local a été inauguré mercredi 14 décembre au matin, dans le 13e arrondissement de Paris, avec une innovation sur la forme, la réunion a été filmée sur Facebook.

L'ancien Premier ministre engrange les soutiens engrangés façon calendrier de l'Avent : Bruno Le Roux et Myriam El Khomri mercredi, Jean-Yves Le Drian mardi, Najat Vallaud-Belkacem lundi. 

Le candidat réserve également des surprises, par exemple quand on l'interroge sur la loi travail, et son 49.3 qui avait tant crispé une partie de la gauche : "C'est un article de la Constitution qui est brutal. Je ne vais pas le regretter, il y avait une minorité de députés socialistes qui votaient contre, je n'avais pas d'autre choix. Mais sans doute faut-il faire évoluer ce type d'outils et de pratiques."

Vivement janvier, qu'on en sache un peu plus ! Valls 2017 a besoin de faire oublier Valls 2016 : "J'aime le changement !" s'est exclamé le caméléon Manuel Valls, comme le surnomment ses adversaires à gauche.

Arnaud Montebourg, pour sa part, dévoilera jeudi son équipe de campagne, avec des profils capables de jeter des ponts avec Jean-Luc Mélenchon. C'est l'objectif : imaginer l'accord de gouvernement, la coalition large qui pourrait réunir socialistes, France insoumise, communistes, jusqu'à Yannick Jadot d'EELV. C'est pour ça qu'on retrouvera à des postes clés, dans son équipe, des socialistes comme Christian Paul, qui ont incarné la fronde et la critique du quinquennat.

4François Fillon démine toujours sur son programme santé

On ne sait pas s'il voudra rembourser le sparadrap, mais celui-ci lui colle bien à la peau et plante son début de campagne ! C'est le sparadrap de la Sécurité sociale : faut-il réformer ou pas l'assurance maladie ?

Sa tribune dans le Figaro n'a pas suffi, François Fillon était dans un hôpital du Plessis-Robinson, près de Paris, mercredi matin, pour préciser sa pensée : "Je me dois de répondre aux caricatures. À aucun moment je n'ai voulu privatiser l'assurance maladie. Je veux une clarification des rôles respectifs de l'assurance maladie et des complémentaires."

L'ancien Premier ministre promet un audit indépendant sur l'état de la Sécurité sociale. Il va devoir trouver le juste milieu, de manière générale, entre sa volonté de rupture, qu'il a incarnée dans la primaire, et une droite qui préfère la méthode plus douce.

Son équipe de campagne sera dévoilée jeudi en fin de matinée, les rancunes sont jetées à la rivière, avec le retour des juppéistes et même du sarkozyste Eric Ciotti.

5La transition énergétique au menu d'un premier débat présidentiel

Jeudi matin, à la Maison des sciences de l'homme, à Paris, se réunissent des écolos, actuels, comme le candidat à la présidentielle Yannick Jadot, ou anciens, comme Jean-Luc Bennahmias, mais aussi Serge Grouard pour représenter François Fillon, ainsi que les socialistes Benoît Hamon, Vincent Peillon et Arnaud Montebourg. Tous ont déjà accepté l'invitation. Seul Emmanuel Macron doit encore se décider.

6Ségolène Royal dérange Bercy

C'est l'info du Debrief : Ségolène Royal l'incontrôlable, qui hésite entre soutenir Emmanuel Macron et Benoît Hamon pour la primaire, et qui n'en fait qu'à sa tête sur les mesures anti-pollution.

Les conseillers du ministère de l'Économie et des Finances se sont étranglés quand ils ont entendu la ministre expliquer samedi dans la cour de l'Elysée qu'il y aurait une prime de 200 euros pour l'achat de vélos électriques. Colère à Bercy, qui assure que rien n'est encore arbitré, d'autant qu'un vélo électrique fabriqué en Chine n'a pas forcément un bilan carbone optimal !

7La note du Débrief

10 sur 20, la note du ni oui ni non, pour l'hyper prudence de Bernard Cazeneuve dans le dossier Notre-Dame-des-Landes. "Bien entendu qu'il faut évacuer la ZAD ! a redit le Premier ministre mercredi après-midi à l'Assemblée. La question est de savoir comment bien le faire." La réalité, c'est que Cazeneuve joue la montre, traumatisé par la mort de Rémi Fraisse sur le barrage de Sivens, en octobre 2014. Pas de chienlit, pas de vagues avant 2017 !

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