Le débrief politique. Nouvelle affiche, nouveau slogan : François Fillon tente une mise à jour

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Fillon s'affiche, Macron veut préserver son île, Hamon soutenu outre-rhin et Mélenchon qui ouvre un débat sur le débat... Tout ce qu'il fallait ne pas rater dans l'actualité politique du mardi 28 mars, avec Yaël Goosz.

François Fillon pose pour l'austérité

L'affiche officielle de campagne de François Fillon a été dévoilée mardi 28 mars. Reset et mise à jour : ce n'est plus l'homme bronzé, chemise retroussée, qui parle micro à la main sous le soleil de Sablé-sur-Sarthe, mais quelque chose de beaucoup plus austère.

Austère, comme le slogan : “Une volonté pour la France”... “Un slogan qui joue sur le registre de la moralité et du devoir, avec une dimension quasi religieuse”, explique la spécialiste de l’image politique Elodie Mielczareck. Le tout est d’ailleurs accompagné d’une photo en plan serré du candidat en costume bleu avec un sourire énigmatique… Le visage marqué, ambiance “combattant balafré” pour reprendre une expression qu’affectionne François Fillon depuis qu’il est dans la tourmente des affaires.

“Elle est plus réussie que la précédente”, estime Elodie Mielczareck, l'affiche se rapproche davantage ce qu’on imagine de François Fillon : "tonalité bleue qui rappelle les institutions, une forme de retenue sur le visage”. On est donc loin de l’affiche utilisée lors de la primaire avec un slogan, “Le courage de la vérité”, compliqué dans le contexte des affaires.

Et puis, cet ancien slogan était accompagné d’une photo d’un François Fillon décontracté, souriant, micro à la main, chemise retroussée. Une photo prise à Sablé-sur-Sarthe pour le lancement de sa campagne pour la primaire, en septembre dernier, le jour où le candidat avait eu cette phrase restée dans les mémoires : “Qui imagine le général De Gaulle mis en examen ?” Sauf que depuis, le candidat mis en examen, c’est lui. Un candidat qui ne mise plus sur le courage de la vérité, mais sur sa volonté… Une dernière volonté ? Ou bien que sa volonté soit faite ? Réponse le 23 avril.

François Fillon a supprimé son appli Twitter, le candidat ne verra donc pas les dizaines de parodies et détournements qui pullulent sur les réseaux sociaux.

Vote caché et soutien affiché (ou pas)

François Fillon stagne toujours sous les 20% dans le dernier sondage Ipsos pour Radio France et France Télévisions, 18% d'intentions de vote, 6 à 7 points derrière Macron et Le Pen. A son QG, on se rassure en misant sur un vote caché, qui se révèlera à la dernière minute, dans l'isoloir.

En attendant, Fillon peut compter sur le soutien du patron des patrons, Pierre Gattaz. Le président du Medef était l'invité éco de Jean Leymarie, sur franceinfo. "Son programme économique va vers la croissance, le plein emploi", estime-t-il. Sa mise en examen, notamment pour détournement de fonds publics ? "Ce n'est pas mon problème. Je juge un programme, je ne juge pas sur le reste."

Les proches de François Fillon, eux, expriment publiquement leur malaise, à l'image du président du Sénat, Gérard Larcher, qui a bien du mal à vendre la théorie du "cabinet noir". "Je n'ai aucun élément qui me permette de le vérifier. De part mes origines je ne crois qu'aux faits", a-t-il expliqué dans l'émission 8h30 Aphatie, mardi. 

Premier grand oral pour Marine Le Pen

Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jacques Cheminade ont été auditionnés par le Mefef, mardi. Ils étaient invités à exposer leur vision de la place de la France dans l'Europe, devant une centaine de patrons. Une grande première pour Marine Le Pen, qui a fait un flop avec sa menace de sortie de l'euro. "La réalité, c'est que l'euro n'est pas viable, a-t-elle assuré. Arrêtez les caricatures, je vous en supplie, ça n'apporte pas grand chose... Les ogres n'existent pas. Le grand méchant loup non plus ! Mon élection est une chance, il n'y a pas de crainte à avoir. C'est une chance !"

Emmanuel Macron serre les boulons

Pendant ce temps là Emmanuel Macron n'est toujours pas décidé à ouvrir une maison d'hôtes. Même pas un Airbnb, En Marche !, c'est chez lui, et la clarification, c'est maintenant. Alors que des retraités de la politique ou des figures déjà connues frappent à sa porte, à droite – Perben, Douste Blazy, bientôt sans doute Villepin – et à gauche – Delanoë et peut-être Manuel Valls, qui a réuni ses troupes à l'Assemblée –, Emmanuel Macron veut rester maître chez lui et promet le renouveau.

Manuel Valls manœuvre pour lui imposer une alliance aux législatives et une coalition de gouvernement. Sans attendre la fin de la réunion des vallsistes, qui auraient pu faire un pas vers lui, Emmanuel Macron serre les boulons. "Ce ne sera pas une majorité de circonstances, prévient-il, ni la réunion de minorités ayant chacune leur agenda. Nous investirons 577 candidats. Chacun sera investi sous la banière de la majorité présidentielle, et non d'une étiquette ancienne."

Pas question que la machine lui échappe. Emmanuel Macron appelle les socialistes du pôle réformateur à postuler, comme tout le monde, sur internet. Ce qui est bien orgueilleux, rétorque Gilles Savary, député vallsiste : "Je ne vois pas comment, ou alors il faut être bien présomptueux, un président de la République peut refuser des gens qui sont prêts à lui assurer une stabilité gouvernementale. Moi, je suis de ceux qui pensent que la droite va faire de bonne législatives. Je ne pense pas qu'Emmanuel Macron puisse envisager de gagner tout seul, avec une génération spontanée de candidats."

C'est exactement ce que pense des proches de François Hollande. Que chacun prenne ses responsabilités : c'est le message délivré par Manuel Valls à ses troupes.

Bol d'air à Berlin pour Benoît Hamon

Pas de "couteaux dans le dos", pas de ralliements contre-nature ou de Valls déloyal, à Berlin, le candidat PS respire... Avec une photo en tête-à-tête avec Merkel, et surtout les socio-démocrates allemands, le SPD, qui volent à son secours.

Ce n'est pas la photo qu'il était venue chercher, mais quand même. Benoît Hamon et Angela Merkel devisant autour d'un petit-déjeuner, c'est un passage obligé. "On ne peut pas relancer le projet européen sans discuter avec les Allemands, assure Benoît Hamon. Je suis venu pour prendre la mesure des accords et des désaccords qui existent."

Au programme : convergences sur la défense, la transition énergétique, le sort des migrants, divergences sur la politique économique, l'uastérité contre la relance. Et des échanges constructifs, dit Benoît Hamon, sur son projet de démocratisation de la zone euro.

Au siège du SPD, à la Willy-Brandt-Haus, Benoît Hamon a retrouvé son ami Martin Schulz. "je souhaite le succès de Benoît Hamon", a assuré ce dernier dans un français impeccable. Un soutien attendu et une clarification bienvenue, le prédécesseur de Martin Schulz à la tête du SPD, Sigmar Gabriel, ayant dit sa préférence pour Emmanuel Macron.

Jean-Luc Mélenchon met le doute sur le débat

Plus que jamais insoumis, Jean-Luc Mélenchon ouvre un débat sur le débat. Et toujours aussi imprévisible avec les médias. Un débat à 11 candidats sur France 2, le 20 avril, tout le monde était d'accord, mais Mélenchon vient mettre son grain de sel. Il se lâche sur son blog dans un article intitulé "Contre l'assignation à débattre". Il veut être libre de son agenda, surtout si près du vote. Pourtant la direction de France Télévisions est formelle, l'invitation lui est parvenue le 31 janvier par lettre recommandée, et il n'a jamais remis en cause sa participation.

Et que disent les autres candidats ? Pour Le Pen, Hamon, Fillon, pas de problème pour bloquer le 20 avril... Emmanuel Macron, lui, est beaucoup moins enthousiaste... "Le débat me paraît tardif. Je souhaite m'en remettre au CSA et un débat suffira, à 11, et en tout cas pas un débat de dernière minute."

Vaste dilemme... Pour les candidats qui ont déjà marqué des points dans le premier débat, ce n'est pas forcément opportun de se remettre en danger si près du vote, et en même temps, déserter le plateau, c'est prendre un gros risque.

La note du Débrief

La note de l'excès de zèle : 7 sur 20 pour Emmanuel Macron. Emmanuel Macron n'aime pas se tromper, surtout quand il risque de se mettre à dos des milliers d'électeurs guyanais. Depuis Mayotte, dimanche, il a involontairement fait une faute de géographie, parlant des grévistes qui allaient "bloquer le fonctionnement de l'île". "L'île" en question, c'est la Guyane, sur le continent sud-américain. Risée sur les réseaux sociaux... Vite, une vidéo pour se rattraper...

"Je n'ai jamais pensé que la Guyane était une île." Allez, on a le droit de se tromper, une campagne, c'est long, et tout le monde a le droit à son petit coup de fatigue.

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