Le débrief politique. La température monte

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Un débat à 20 millions de téléspectateurs, un collectif qui pose questions, les insoumis ont tranché... Tout ce qu'il ne fallait pas rater dans l'actualité politique de mardi 2 mai avec Yaël Goosz.

Ultime duel

J-4 avant la fin de la campagne officielle et la température qui monte, qui monte. Dans le studio 107 de la Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), là où l'ultime face-à-face entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron se tiendra mercredi soir. Monaco/Juventus, à côté, c'est une petite finale, une demie même. Alors que les cinq prochaines années du pays se jouent dimanche dans les urnes, et avant cela donc, mercredi, sur petit écran.

Un duel qui pourrait attirer jusqu'à 20 millions de téléspectateurs. Tout est prêt : la table de 2,50 mètres s'il-vous-plaît. Les 14 caméras. Ne manquent plus que les protagonistes et les intervieweurs et intervieweuses, Nathalie Saint-Criq et Christophe Jakubyszyn. Voici le conseil du directeur de l'information de France Télévisions, Michel Field, au micro de franceinfo : "Ça va être un vrai défi pour les confrères de tenir bien. Il peut y avoir des sorties de route, il peut y avoir des incartades. On est là, vraiment, pour permettre aux deux candidats de s'affronter dans le sens le plus démocratique du terme. S'il y a des sorties de route, les ramener sur le droit chemin, sans violence, sans agressivité et avec fermeté, c'est compliqué."

Compliqué et inédit ce débat. En 2002, Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen. 15 ans après, Emmanuel Macron promet un "corps à corps". Il veut faire sortir Marine Le Pen de sa "zone de confort", la mettre face à ses ambiguïtés sur l'euro, rediaboliser un FN pas toujours au clair sur ses références et plombé par les affaires. À l'inverse, Marine Le Pen promet de pilonner celui qu'elle surnomme "l'homme de la finance", "le banquier Macron", qui refuse de dire avec qui il veut gouverner.

Neutre, le collectif des Africains ?

En attendant ce match à haut risque, la campagne continue. Campagne semée d'embuches. L'agenda de Marine Le Pen s'est subitement rempli vers midi, ce mardi. Une ligne de plus : "Rendez-vous 21h dans un hôtel du 15e arrondissement  de Paris". Marine Le Pen s'exprimera devant le collectif des Africains pour parler coopération. Emmanuel Macron ne devrait pas venir, sauf énorme surprise. Son entourage affirme qu'il n'a pas reçu d'invitation. 

Qui se cache derrière ce collectif des Africains ? Une structure montée dans la précipitation. Ce collectif s'est créé il y a une semaine. Il rassemble cinq mouvements de la société civile du Gabon, du Congo ou encore du Tchad. Ce matin, affiche à l'appui, il annonce la présence des deux candidats pour parler de la relation de la France et de l'Afrique. "Le collectif est vraiment neutre, se défend le coordinateur de l'un des mouvements, Andréa Ngombet. Notre intérêt c'est d'abord l'Afrique. Ce n'est pas un collectif qui appelle à voter."  

On peut quand même se poser des questions sur l'organisation de cette rencontre. Andréa Ngombet, encarté à l'UMP jusqu'en 2012, a fait parler de lui lors de La Manif pour tous en mai 2014. Il est alors accusé d'avoir jeté un produit inflammable sur un commissaire de police. À l'époque, il gère aussi le compte twitter @affreuxdroitard, désactivé depuis. Son compte personnel, avec plus de 4 000 abonnés, laisse apparaître ses convictions. Il y critique clairement le candidat d'En Marche et beaucoup moins la candidate du Front national.

Marine Le Pen, pas favorite

Marine Le Pen sait déjà où elle fera la fête ou la défaite dimanche soi : au Chalet du lac, dans l'est parisien, tout près du Bois de Vincennes. Marine Le Pen n'est pas favorite pour le second tour. 40/60, c'est le rapport de force issu de notre dernier sondage Ipsos. Les écarts se resserrent mais Emmanuel Macron garde une longueur d'avance. Il faudra surveiller le nombre de bulletins blancs ou nuls. Il y en a eu 900 000 au premier tour. Le chiffre pourrait exploser autour de 3 à 4 millions dimanche.

Deux-tiers des insoumis pour l'abstention ou le vote blanc

Parmi ces bulletins blancs, beaucoup viendront de La France insoumise. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon avaient une semaine pour répondre à leur sondage interne : vote blanc, abstention ou vote Macron ? Une confirmation ce soir : le front républicain est mort.

Le candidat d'En Marche est boudé par les deux-tiers des Mélenchonnistes : 36% d'entre eux se sont prononcés pour un vote blanc ou nul et 29% en faveur de l'abstention. Ils rejettent le candidat et son programme. D'ailleurs, le refus, lundi, d'Emmanuel Macron d'abandonner sa réforme de la loi travail, comme le lui demandait Jean-Luc Mélenchon, n'a sans doute pas aidé à rassembler les insoumis derrière lui. Ce résultat n'est "pas une consigne de vote", c'est "une indication", précise le communiqué de La France insoumise. Un peu plus de la moitié des inscrits au site de La France insoumise a participé, soit environ 240 000 personnes.

Soutien à droite et à gauche pour Macron

Du soutien, Emmanuel Macron peut en trouver ce mardi soir, à droite et à gauche. Voilà un discours que Marine Le Pen ne pourra pas plagier. Lors de son pot d'adieu à la mi-journée, François Fillon a, de nouveau, mis en garde contre le FN : "Ce n'est pas parce que la France est malade qu'il faut se jeter dans le vide", a dit l'ancien candidat, tout en appelant les élus Les Républicains à rester "unis" pour le match-retour des législatives. Une campagne qui sera menée par François Baroin pour le parti Les Répubicains, confirmation ce mardi soir. Un match qui viendra plus tard.

La priorité c'est de faire battre Marine Le Pen. C'est ce que disent aussi les socialistes et le gouvernement, Bernard Cazeneuve en tête. Le premier ministre est en meeting à Dijon ce mardi pour appeler à voter Macron. Et puis, on notera ce petit geste, c'est nouveau, d'Emmanuel Macron à l'égard des socialistes prêts à marcher avec lui : ils n'auront pas de candidat contre eux, à condition de quitter le PS et d'intégrer En Marche. 

La note du débrief : 15/20 pour Elliot Lepers

Ça changera des pinces à linge sur le nez de 2002. Voici une note technique, 15/20, pour l'initiative du web-activiste Elliot Lepers. Cela s'appelle ledeuxiemebulletin.fr et ça s'adresse aux indécis. Ce n'est qu'une page avec deux lignes de texte mais, avec plusieurs milliers de clics, ça peut faire du bruit. Je résume, le message c'est : "Votez Macron, bulletin papier dans l'urne, et après cliquez sur le bulletin virtuel, qui partira directement au QG d'En marche". Histoire de rappeler au candidat qu'un soutien ne vaut pas forcément adhésion.

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