Le débrief politique. Emmanuel Macron pourra-t-il marcher seul à l'Assemblée ?

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Entre 385 et 415 sièges à l'Assemblée pour En Marche et le Modem selon un sondage, le Front national gêné aux entournures, la candidate Anne Trotreau et l'homonymie parfaite... Tout ce qu'il ne fallait pas rater dans l'actualité politique de mardi 6 juin avec Yaël Goosz. 

LREM reste en tête dans les sondages

J-5 avant le premier tour des élections législatives. Plus qu'un horoscope, les tendances s'affinent jour après jour. Emmanuel Macron pourra-t-il marcher seul à l'Assemblée sans avoir besoin d'aller chercher du renfort à droite, dans la chapelle des "constructifs" ou à gauche chez les "progressistes" ? Aura-t-il même besoin du Modem de François Bayrou ? Les choses seront peut-être beaucoup plus simples, en tout cas sur le papier.

Selon le sondage Ipsos-Sopra pour franceinfo, La République en marche reste en tête au premier tour : ses candidats et ceux du Modem obtiennent 29,5% d'intentions de vote. "Pour l'instant, tout laisse à penser que l'on s'oriente vers une majorité importante, absolue, indique Stéphane Zumsteeg de l'Institut Ipsos. Il y a une dynamique en faveur du parti présidentiel qui est importante. Il y a un souci de cohérence de la part des Français." On trouve ensuite, dans l'ordre décroissant, l'alliance LR/UDI à 23%, le FN à 17%, La France insoumise à 12,5 %, le PS et ses alliés à 8,5%, EELV à 2,5 % et le PCF à 2%. 

La projection en sièges, ça donne entre 385 et 415 pour les marcheurs alliés au Modem, 105 à 125 pour la droite et le centre LR/UDI -quasiment moitié moins qu'aujourd'hui-, entre 25 et 35 pour le PS -soit dix fois moins qu'actuellement-, entre 12 et 22 pour les insoumis et les communistes et entre 5 et 15 pour le FN qui n'est donc pas sûr d'avoir un groupe parlementaire autonome.

Les questions de l'après

Ce ne sont que des projections mais cela pose déjà des questions pour l'après. Si Emmanuel Macron n'a plus besoin d'alliés, comment va-t-il gérer son hégémonie ?
En Marche voulait renouveler, démocratiser, faire vivre la pluralité mais immédiatement se posera la question d'introduire une dose de proportionnelle. Et puis il y a des questions d'argent : un PS avec dix fois moins de députés, c'est un PS avec dix fois moins de financement public : plan social, vente du siège de la rue de Solferino à Paris, toutes les hypothèses sont sur la table. 

Le vote des Français de l'étranger, test grandeur nature

On le rappelle, c'est un sondage mais il y a déjà eu ce week-end un premier test grandeur nature qui confirme cette tendance : le vote des Français de l'étranger. Le premier tour s'est tenu le c'était le week-end dernier. La participation a été dérisoire : moins d'un électeur sur cinq a voté. Mais c'est un raz-de-marée d'En Marche et un revers cinglant pour les sortants. C’est le cas de Frédéric Lefebvre. Le député sortant Les Républicains d’Amérique du nord, recueille moins de 15% des suffrages, contre 57% pour son adversaire. Il ne décolère pas et dénonce les conditions dans lesquelles s'est déroulé ce scrutin. "Le premier tour a été faussé. Vous avez 40 000 votants, vous avez plus de 30 000 personnes qui voulaient voter, qui n'ont pas pu voter parce qu'ils n'ont pas reçu le matériel de vote. On leur a volé leur droit de vote, on leur a volé l'élection."

Mais cette percée des candidats d’Emmanuel Macron est aussi due à une volonté de renouvellement selon la candidate de La République en marche dans la 11e circonscription (qui regroupe l’Europe de l’est, l’Asie et l’Océanie), Anne Genetet : "Le vieux système politique propose des solutions qui vont du haut vers le bas alors que monsieur Macron a une vision qui est du bas vers le haut, indique cette auto-entrepreneure basée à Singapour, issue de la société civile et qui n'a jamais été encartée. C'est vrai pour les Français de l'étranger, c'est vrai pour les Français qui sont en métropole ou en Outre-mer." Malgré un très bon score, loin devant son principal adversaire, le député sortant Les Républicains Thierry Mariani, Anne Genetet refuse de considérer la victoire comme acquise en raison de la forte abstention. Cette abstention sera le véritable enjeu du second tour, le 18 juin prochain. 

Code du travail : Édouard Philippe fixe le cap

Des voyants politiques au vert pour Emmanuel Macron, et en même temps pas mal d'embûches sur sa route : moralisation de la vie publique, l'affaire Ferrand en sourdine mais ce n'est pas fini, et surtout la mère des batailles, la réforme du Code du travail. Dossier tellement sensible que le Premier ministre, Édouard Philippe, a tenu à refixer le cap après les fuites dans Le Parisien. Édouard Philippe : "J'entends certains parler de risque de guerre sociale. La seule guerre sociale que je conduirai, c'est celle de la lutte contre le chômage de masse, contre le chômage des jeunes, celle que nous devons livrer pour le pouvoir d'achat, dans un pays qui, en dépit de tant d'atouts, connaît tant de blocages."

Objectif : six réformes sociales en 18 mois. Accueil prudent des syndicats mais la bataille politique a déjà commencé. Le député LR Daniel Fasquelle craint la reculade : "Il ne faudrait pas que le gouvernement recule à la fin comme il a reculé dans le cadre de la loi El Khomri parce que sinon, ça n'aura été qu'une opération de communication à quelques jours du premier tour des élections législatives." L'insoumise Danielle Simonnet redoute la casse sociale : "Ce qui protège les salariés, c'est la loi et les conventions collectives. Or, là, c'est totalement l'inversion. C'est une volonté de déchiqueter totalement le Code du travail."

Le florilège de tweets du FN

Le Front national gêné aux entournures. Pierre Bergé traité de "pédale", l'islam qualifié de "religion de haine et de meurtre", "lobby juif", "Taubira banania" etc. Ce florilège de tweets et de posts Facebook homophobes, racistes ou antisémites, a été publié par des candidats investis par le FN aux législatives ! Le site Buzzfeed a mené l'enquête : 97 candidats sur 573 sont épinglés. La commission d'investiture avait pourtant promis du "qualitatif" pour 2017 après le "remplissage" de 2012. Il y a visiblement encore du ménage à faire et urgemment.

Mais pour faire le ménage, encore faudrait-il être d'accord sur le constat. On a deux sons de cloche. D'un côté : Nicolas Bay qui relative. Pour le secrétaire général du parti ces propos sont tout simplement une retranscription de la pensée des français. "Nos candidats respectent la loi et disent un certain nombre de vérités que les Français veulent entendre." Et de l'autre, David Rachline qui a une ligne opposée : "S'il y a des propos inacceptables avérés alors ces gens-là seront traduits dans des commissions de conflit qui les verront probablement exclus de notre mouvement politique", a déclaré le sénateur-maire de Fréjus était beaucoup plus ferme.

La sanction serait donc lourde, pour les postulants comme pour le parti. Selon le site Buzzfeed, une centaine des 573 candidats investis auraient tenus des propos controversés. Ça fait beaucoup. Juridiquement, que risque ces candidats épinglés pour leurs propos ? "À partir du moment où vous diffusez une information qui est une injure raciste ou une incitation à la discrimination, évidemment vous êtes dans une logique de complicité. On risque jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende pour une injure raciste", rappelle Malik Salemkour, le président de la Ligue des Droits de l'homme qui a une formation de juriste. Il en appelle au ministre de la Justice, François Bayrou, et lui demande de rappeler au procureur de poursuivre s'il constate de tels faits.

La note du débrief : 20/20 pour une homonymie parfaite

20/20 : homonymie parfaite entre Anne Trotreau, la candidate suppléante dans la quatrième circonscription du Maine-et-Loire, et ce célèbre personnage de dessin animé.

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