Le débrief politique. Confiance quasi record pour Édouard Philippe à l'Assemblée nationale

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Le vote de confiance des députés au Premier ministre Édouard Philippe après son discours de politique générale à l'Assemblée nationale est au cœur de l'actualité politique de mardi. 

Philippe et Macron complémentaires

Après le discours d'Emmanuel Macron face aux parlementaires réunis en Congrès à Versailles lundi 3 juillet, c'était au tour d'Édouard Philippe de se présenter devant les parlementaires mardi 4. Il a tenu son discours de politique générale face aux députés à l'Assemblée nationale. Ce discours avait un style sec, précis, sans lyrisme ni grandiloquence, avec un débit très rapide. C'était plus un discours de politique concrète puisqu'il a présenté un catalogue de réformes et détaillé beaucoup de mesures, du haut-débit pour tous au paquet de cigarettes à 10 euros. Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont donc été très complémentaires : les valeurs, la philosophie et les institutions pour l'un ; la soute, la mécanique et le concret pour l'autre. 

Un vote de confiance proche du record

Edouard Philippe a obtenu la confiance des députés sans surprise parce qu'l n'y avait pas de suspens, tant la victoire aux élections législatives des 11 et 18 juin était large. Cependant, le score obtenu reste parmi les plus importants de la Ve République. Au total, 370 députés ont voté la confiance au Premier ministre contre seulement 67 voix contre. C'est mieux qu'Edouard Balladur qui avait obtenu 81 voix contre en 1993 et Alain Juppé, le mentor d'Edouard Philippe, qui avait en 1995 totalisé 85 oppositions. Le seul Premier ministre à avoir obtenu une confiance plus large qu'Edouard Philippe au cours de la Ve République est Michel Debré : en 1959, il n'avait totalisé que 23 voix contre sa politique.  

Le Premier ministre a évidemment remercié les députés qui lui ont accordé leur confiance, non sans un peu d'émotion. "Je ne prends en aucune façon cette confiance pour un blanc seing mais je remercie l'ensemble des députés qui l'ont votée et je respecte évidemment ceux qui ne l'ont pas fait", a dit Edouard Philippe. L'ancien maire du Havre sera confronté à un autre baptême du feu mercredi 5 juillet avec la première séance de questions au gouvernement du quinquennat. 

Le renouveau d'En Marche mis en avant

L'enjeu pour Edouard Philippe avec ce discours de politique générale était d'émerger en tant que chef de la majorité présidentielle. Ce n'est pas forcément facile pour un Premier ministre fidèle d'Alain Juppé, arrivé tardivement dans l'aventure En Marche et qui n'a comme réseau que les Constructifs, la droite dissidente des Républicains. On retiendra de son discours sa volonté de carresser cette majorité présidentielle. Après avoir cité Simone Veil, il a fièrement mis en avant le profond renouvellement incarné par les députés de La République En Marche. "Une jeune femme qui a grandi en Seine-Saint-Denis, un éleveur de la Creuse, (...) des militants du monde associatif, je vois même des matheux", a énuméré Edouard Philippe, faisant référence notamment à Fields Cédrik Villani, médaillé de mathématiques. 

Coup d'État social

Après l'intervention d'Edouard Philippe, les présidents de groupe ont eu l'occasion de répondre à son intervention. Jean-Luc Mélenchon, pour La France Insoumise, a eu dix minutes de parole, conformément au poids politique de son groupe, composé de 17 députés. "Nous ne voulons pas être seulement votre opposition. Nous nous présentons comme l'alternative au monde que vous représentez", a expliqué Jean-Luc Mélenchon. "Vous vous donnez huit jours dans cette Assemblée pour disposer par le moyen des ordonnances du droit de renverser tout l'ordre public social. Nous appelons cela un coup d'Etat social."

Entre promesses et sacrifices

Le discours de politique générale du Premier ministre a été l'occasion de présenter certaines des réformes qui le gouvernement veut mettre en place : 15 000 places de prison en plus, revalorisation du minimum vieillesse et de l'allocation adulte handicapé et amélioration du congé maternité, entre autres. Mais Edouard Philippe n'a pas oublié de mentionner le tableau noir dressé par la cour des comptes. Le Premier ministre évoque 8 milliards d'euros de chèques en bois. "Sous le regard inquiet des français, nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort. Certains continuent pourtant à nier l'évidence" a assuré Edouard Philippe. Et de fixer le cap : "Il y a une addiction française à la dépense publique. Mon objectif est de ramener le déficit sous la barre des 3% dès 2017." 

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement va être contraint de reporter certaines de ses réformes annoncées pendant la campagne. La transformation du crédit d'impôt compétitivité emploi en baisse de charges est ainsi reportée à 2019, tout comme la réforme de l'Impôt sur la fortune (ISF) et la mise en place d'un prélèvement unique sur le patrimoine. D'autres annonces sont reportées sans date précise par Edouard Philippe, comme l'exonération de la taxe d'habituation qui se fera d'ici la fin du quinquennat.

Le gouvernement va également réaliser des coupes budgétaires pour pouvoir ramener le déficit sous la barre des 3% dès l'année prochaine. Pour cela, le Premier ministre a défini trois leviers d'actions définis par la Cour des comptes dans son rapport. Tout d'abord, le gouvernement compte maîtriser la masse salariale publique, c'est-à-dire s'attaquer aux fonctionnaires. On sait déjà que leur point d'indice n'augmentera pas mais la Cour des compte propose même de geler certaines promotions et d'augmenter le temps de travail. Autre champ d'action, la remise en cause de certaines missions de l'Etat pour réduire le périmètre des services publics. Enfin, le gouvernement pourrait reprenser certaines politiques publiques dont l'efficacité est constatée, comme la politique du logement et celle de la formation professionnelle. 

La note du débrief : 20/20 pour les zélés 

Les députés de La République En Marche obtiennent un 20/20 pour leur zèle pendant le discours de politique générale du Premier ministre. Les bons élèves marcheurs ont applaudi le Premier ministre très régulièrement.