"After Life" et "Jours barbares" : nos conseils culture pendant le confinement

Tous les jours, franceinfo vous propose des conseils culture pour se cultiver même par temps confiné, face au coronavirus.

Pour passer le temps pendant le confinement, franceinfo vous propose des conseils culture. Chaque jour, nous vous conseillerons de la lecture, de la musique, des expos, des séries ou des films.

Une série : After Life, sur Netflix

Encore trois jours (normalement) avant le début du déconfinement, soit largement de quoi rattraper les deux saisons de la série After Life, créée et jouée par Ricky Gervais. Une série intelligente, drôle et soignée autour d’un sujet compliqué à traiter : le deuil. Ricky Gervais, c’est l’humour noir, acide, piquant, sans retenue, celui que le tout Hollywood craint plus que tout quand il prend la parole pour son monologue introductif chaque année aux Golden Globes. Mais l’Anglais, créateur entre autres de The Office ou Derek, signe avec After Life (disponible sur Netflix) une œuvre touchante. Dans la campagne anglaise, il joue le rôle d’un homme désespéré par la mort de sa femme, Lisa, des suites d’un cancer. Miracle ou malédiction, elle laisse derrière elles des dizaines d’heures de vidéos d’un passé heureux, et une dernière adresse face caméra.

Tony ne voit plus aucune raison de vivre et pourtant, son entourage, qui l’exaspère, va l’aider à tenir le coup, lui que la dépression frappe violemment, incapable de se faire à manger, sauvé du suicide par sa chienne, lui, journaliste dans une petite ville où il ne se passe jamais rien. Mais tout est traité avec une grande justesse : l’amour, l’amitié, la dépression, le deuil, celui qu’on doit affronter seul, que personne ne comprend, qui se combat au jour le jour. Créée par Ricky Gervais et son écriture drôle et fine, pleine de jurons mais très intelligente, After Life est posée entre de multiples sentiments, série sensible qui ne s’interdit aucune larme, de rire franc ou de profonde tristesse.

"After Life", le conseil de Yann Bertrand
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Un livre : Jours barbares, de William Finnegan

Aux éditions du Sous-sol, un récit passionnant sur un sport qui est surtout un art de vivre : le surf. Corps parfait, cheveux décolorés par le soleil et la mer, élégance sur les vagues, les clichés sur les surfers masquent une réalité plus complexe. William Finnegan a aujourd'hui 68 ans. Depuis son enfance, sa vie est rythmée par le surf. Adolescent puis étudiant en Californie et Hawaï, reporter pour le New Yorker, il a choisi ses destinations en fonction de ce sport aussi addictif qu'une drogue.

Dans Jours barbares, il raconte sa vie, ses voyages, des Etats-Unis à l'Australie, l'Asie, l'Afrique où la réalité le rattrape. En Afrique du sud où il traque ces grosses vagues effrayantes, il travaille dans une école pour pouvoir vivre sa passion et découvre l'apartheid. Indirectement le surf le conduit à l'écriture, le reconnecte aux terriens. William Finnegan reconnaît qu'avec sa planche il a souvent été égoïste. Devenu un journaliste estimé, il offre dans ce récit pétri d'humilité, qualité indispensable à qui se mesure à l'océan, une vision politique de son sport et des époques traversées. Cet homme qui a connu le surf libre, libertaire même, a vu l'évolution mercantile des spots, le sport business n'épargne rien.

Le journaliste et écrivain William Finnegan à Paris le 26 juin 2017
Le journaliste et écrivain William Finnegan à Paris le 26 juin 2017 (MARTIN BUREAU / AFP)

Pas besoin de connaître cette discipline pour se délecter de ces pages incroyablement documentées. Avec le temps, le corps de William Finnegan gagne en connaissance de l'élément liquide, mais perd en assurance. Il évoque la peur, les accidents, sans pudeur. Le surf devient une parabole de l'existence, combien de moments d'ennui, d'attente, de frayeurs, de blessures pour quelques secondes d'extase, de bonheur absolu, éphémère et solitaire. Jours barbares se lit comme un roman initiatique, celui de la vie extraordinaire d'un homme qui se présente comme un individu quelconque.

L'une des énigmes du livre en dit long sur le personnage: au fil des pages, on s'interroge : comment sur près de quatre décennies, William Finnegan peut-il se souvenir aussi précisément de toutes ces vagues, de leur forme, de leur taille, de la météo qu'il faisait ce jour-là ? Vous le saurez en lisant Jours barbares, mais voici un indice : avant le numérique, la correspondance, ces lettres écrites sur du papier bible, envoyées dans des enveloppes légères bordées de couleurs comme un drapeau, était une antichambre intime de la littérature. Des ondes venues du bout du monde, comme une vague infinie qui traverse les continents et le temps.

"Jours barbares", le conseil de Thierry Fiorile
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