Tunisie, Chili et Espagne : La jeunesse, priorité des gouvernants ou grande oubliée de la crise du Covid-19 ?

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Dans le Club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se fait ou se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction la Tunisie, le Chili et l'Espagne, pour voir quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur la jeunesse.

Emmanuel Macron accorde, vendredi 4 décembre, un entretien au média Brut. Une interview où le chef de l’Etat répondra à des questions sur des thématiques prisées par la jeunesse. Une génération mobilisée récemment contre les violences policières et qui subissent les restrictions sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19. Direction la Tunisie, le Chili et l’Espagne pour voir quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur cette génération et comment les gouvernants s’adressent aux jeunes.

En Tunisie, les espoirs brisés dix ans après révolution

Dans ce pays du Maghreb, on s'apprête à fêter les dix ans de la révolution. Une révolution portée par une jeunesse qui rêvait de démocratie, et peut être plus encore de justice sociale. Dix ans après, qu’est-ce que l'État a fait des rêves de cette jeunesse ? "Des avions en papier", résume ironiquement un jeune, c'est-à dire rien. La seule chose que les jeunes ont gagné, c'est la liberté d’expression. Et encore, elle est à géométrie variable. Des bloggeurs, activistes continuent d'être condamné à la prison ferme. La société civile a récemment dénoncé plusieurs cas. En Tunisie, à deux semaines des dix ans de la révolution, on peut vraiment parler de génération sacrifiée. Celle qui, il y a dix ans nourrissait tous les espoirs, fait face à une classe politique affligeante, c'est le mot qui revient le plus souvent. Ces jeunes qui rêvaient de démocratie ne votent déjà pratiquement plus aujourd'hui.

Il y a dix ans, tous les indicateurs (dont le nombre de chômeurs diplômés) étaient au rouge. Ils sont désormais au rouge vif. Tout s’est dégradé. Dans ce pays, être au chômage signifie ne recevoir aucune indemnité. Ces dernières semaines, des manifestations de jeunes réclamant des emplois se sont multipliées. La pandémie de Covid-19 n'a évidemment rien arrangé. Elle détourne encore un peu plus l’attention du gouvernement de cette jeunesse qui n’a plus grands espoirs aujourd’hui, à part la traversée de la Méditerranée. Jamais depuis des années les chiffres des traversées clandestines vers l’Europe n’ont été si élevés. Les jeunes sont les initiateurs et les oubliés de cette révolution. Ils sont passés des rêves à la réalité.

Au Chili, le Covid-19 accentue les inégalités déjà très fortes

Dans ce pays d’Amérique du Sud, ce sont les jeunes, notamment les lycéens, qui ont lancé le grand mouvement social d'octobre 2019 contre les inégalités. Un mouvement interrompu par la pandémie de Covid-19. Et depuis mars, le mois de la rentrée scolaire au Chili, les élèves et étudiants chiliens n'ont pour la plupart toujours pas pu retourner en cours, crise sanitaire oblige. Cette situation aggrave les inégalités dénoncées par le mouvement social car le système éducatif est déjà très cher et très inégalitaire au Chili.

Dans ce contexte, la fermeture des écoles quelques semaines à peine après la rentrée en mars n'a pas arrangé les choses. Les élèves et les étudiants suivent tant bien que mal les cours en ligne, quand ils ont accès à internet chez eux, ce qui n'est pas le cas de tout le monde, en particulier à la campagne et chez les plus pauvres. Le ministre de l'Éducation souhaite donc depuis plusieurs mois rouvrir les écoles. Mais les profs et les parents d'élèves dénoncent la promiscuité dans les classes, ou encore soulignent qu'il est quasiment impossible de trouver du savon dans les écoles publiques. Beaucoup s'opposent donc à la timide reprise des cours entamée ces dernières semaines.

Ces jeunes Chiliens ne se sentent pas écoutés par les autorités, et pourtant ils sont très mobilisés pour faire entendre leur voix. En octobre 2019, les lycéens étaient tout de suite descendus dans la rue pour protester contre la hausse du prix des transports à Santiago. Ils ont déclenché des manifestations d'une ampleur jamais vue dans le pays. Beaucoup étaient encore trop jeunes pour participer au référendum il y a un mois, pour ou contre l'abandon de la Constitution actuelle, héritée de la dictature du général Pinochet. Les Chiliens ont massivement dit oui à une nouvelle constitution. Mais les jeunes, eux, restent mobilisés dans la rue contre le gouvernement de droite au pouvoir et contre le modèle néolibéral hérité de la dictature.

En Espagne, la jeunesse se sent abandonnée avant les fêtes

À quelques semaines des fêtes de fin d'année, les Espagnols à l’étranger, et notamment les jeunes, ont beaucoup de mal à rentrer chez eux. Les jeunes espagnols qui étudient ou travaillent à l’étranger sont en train de vivre un vrai calvaire pour rentrer à la maison pour Noël. Depuis le 23 novembre, l’Espagne exige à tous les voyageurs en provenance d’un pays classé "à risque" un test PCR négatif de moins de 72 heures avant l’arrivée pour pouvoir rentrer sur le territoire espagnol, par voie aérienne ou maritime. Or, le prix de ces tests est très élevé dans certains pays. Un luxe que ne peuvent pas se permettre beaucoup de ces jeunes qui se sentent abandonnés et qui demandent aux autorités espagnoles de les aider. La plateforme "Marea Granate" formée par des émigrés espagnols dénoncent "une mesure qui exclut". Pour l’heure, le gouvernement espagnol ne s’est pas prononcé.

D’après plusieurs études réalisées ces derniers mois, les jeunes Espagnols sont également les plus touchés sur le plan psychologique par les conséquences de la pandémie de Covid-19. En effet, selon une enquête réalisée par l’université de Burgos, 58% des jeunes interrogés disent se sentir plus fâchés et irrités à cause de la pandémie, avec des sautes d’humeur fréquentes. Une autre étude réalisée en Catalogne dévoile que les 16-24 ans présentent des états d’âme plus négatifs, un mélange de tristesse, d’angoisse, d’ennui et d’incertitude. Deux tiers d’entre eux souffrent aussi de troubles du sommeil. Par ailleurs, les jeunes Espagnols sont ceux qui craignent le plus pour leur avenir et sont les plus pessimistes quant aux conséquences économiques de la pandémie. Inquiets, les experts réclament aux institutions espagnoles des mesures de soutien urgentes pour éviter que les conséquences psychologiques chez les jeunes ne se perpétuent.

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