Royaume-Uni, Corée du Sud, Allemagne : la haine sur internet ne connaît pas de frontières

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Dans le Club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir tout ce qui se fait ou se passe ailleurs dans le monde. Ce mercredi, la haine sur internet, au Royaume-Uni, en Corée du Sud et en Allemagne.

Vendredi 30 octobre, le Premier ministre, Jean Castex, sera à Bruxelles pour évoquer notamment la question de la haine sur internet et celle de la régulation du web. Une semaine après l'assassinat de Samuel Paty et la découverte de contenus problématiques sur les réseaux sociaux liés à l'affaire, l’Union européenne est en pleine préparation d’une nouvelle législation sur les services numériques. L'Allemagne, la Corée du Sud et le Royaume-Unis, eux- aussi, sont confrontés à la problématique.

Le Royaume-Uni met l'accent sur les mineurs 

Au Royaume-Uni, où quatre adolescents sur cinq ont déjà été confrontés à du contenu choquant en ligne au cours des douze derniers mois, selon l'Ofcom, l'équivalent britannique du CSA, un projet de loi est actuellement en cours d’examen au Parlement. Le gouvernement entend en effet responsabiliser les réseaux sociaux pour le contenu qui y est diffusé. Les plateformes devront filtrer ces publications violentes en empêchant la mise en ligne de ces contenus mais aussi en les retirant au plus vite, s'il s'agit par exemple de commentaires jugés dangereux ou offensants. Les exemples, à cet égard, sont nombreux : images pédopornographiques sur Youtube, propagande de Daech sur TikTok... Neil Basu, le chef de l’antiterrorisme alertait ainsi le mois dernier, devant une commission parlementaire, sur l’augmentation cette année des discours terroristes d’extrême droite en ligne chez les adolescents.

Nous voyons des jeunes de seulement 13 ans parler de commettre des attaques terroristes. Quand on voit les effets du confinement et les réseaux sociaux qui ont une telle influence sur chacun d’entre nous, c’est inquiétant.

Neil Basu

à franceinfo

Ce projet de loi est l’aboutissement d’une réflexion dans la société et au sommet de l’État initiée en 2017, après le suicide de Molly Russell. Cette jeune fille de 14 ans avait mis fin à ses jours après avoir consulté des images liées à la dépression et à l’automutilation sur Instagram. "Je n’ai aucun doute sur le fait qu'Instagram a aidé à tuer ma fille'', déclarait alors son père Ian Russel. Depuis, le réseau a supprimé tous ses contenus en rapport avec le suicide, mais le Royaume-Uni ne veut plus d’action au coup par coup. Une fois la loi adoptée, les réseaux sociaux auront une obligation de protéger les publics les plus fragiles, en particulier les mineurs. Faute de quoi ils s’exposeront à des sanctions allant de l'amende à leur blocage par les fournisseurs d'accès internet.
 

En Corée du Sud, le cyber-harcèlement est une réalité quotidienne

Le harcèlement en ligne sévit aussi en Corée du Sud, le pays des matins calmes où les réseaux sociaux le sont un peu moins. C’est le suicide de deux stars de K Pop fin 2019 qui a contribué à ouvrir le débat. Elles s’appelaient Sulli et Goo Hara, 25 et 28 ans : toutes les deux avaient souhaité libérer la parole sur le harcèlement qu’elles avaient subi en ligne, pour finalement se donner la mort à quelques semaines d’écarts. Un événement tragique qui a mis la lumière sur une pratique répandue en Corée du Sud.  Si près de 150 000 plaintes pour cyberharcèlement ont été recensées par la police en 2018, ce chiffre est en deçà de la réalité, puisque tout le monde ne porte pas plainte. La société coréenne est hyper connectée et hyper compétitive, aussi le taux de suicide est très élevé dans le pays et le cyber-harcèlement une réalité quotidienne.

Comme dans beaucoup d’autre pays, ce sont les femmes qui en sont le plus souvent les victimes. Que ce soit pour des histoires de vidéos sexuelles mises en ligne par des ex-compagnons ou pour des positionnements féministes, nombreuses sont les célébrités féminines qui ont été victimes de campagnes haineuse sur internet. Cela ne concerne pas que les stars, les jeunes générations sont particulièrement touchées dans les écoles notamment. Plus récemment, le cyber harcèlement a pris une tournure raciste en s’attaquant aux Chinois, notamment à ceux venus étudier dans le pays. Paradoxalement, le scandale le plus récent concernait une star du groupe mondialement connu de K Pop BTS, qui a été harcelé par des internautes chinois pour avoir salué le sacrifice fait par les États-Unis durant la guerre de Corée.

Outre-Rhin, les enseignants particulièrement visés par le cyber-harcèlement

En Allemagne, ce sont surtout les professeurs qui sont victimes de violences psychologiques et de cette haine qui s'exerce en ligne sur les réseaux. Ils sont victimes de diffamation jour et nuit : ce cyber-harcèlement ne connaît pas d'horaires, ne s'arrête pas le week-end. Dans une récente enquête publiée au mois de septembre et menée auprès des professeurs d'une grande région d'Allemagne, la Rhénanie du Nord-Westphalie, deux tiers des enseignants interrogés ont rapporté des violences psychologiques subies au cours de ces deux dernières années. Un chiffre en augmentation. Ces campagnes de haine contre les professeurs consistent en des courriers qui arrivent dans la boîte postale de l'école, des courriers ou des cartes postales anonymes. Sur l'une d'entre elles, on peut lire ''On devrait te tuer pour avoir enseigné une telle merde à nos enfants", ou bien encore ''C'est quoi ce lavage de cerveau rouge vert''. Sous-entendu : de gauche et écologiste.

Une école primaire de Düsseldorf qui avait participé à un programme pour l'environnement et pour transmettre aux élèves comment économiser l'énergie a notamment été la cible de ces attaques l'an dernier. Outre ces lettres anonymes, une véritable campagne de haine sur internet a été menée en postant le nom de la directrice, avec sa photo, son e-mail, l'adresse de l'école. Des méthodes d'intimidation similaires ont ainsi ciblé de très nombreux autres établissements à travers tout le pays. Ainsi, ont été rapportées des menaces de mort, des menaces de viol dès que les professeurs ont voulu aborder ces questions du climat, par exemple dans la foulée des grandes grèves scolaires pour le climat, très suivies ici les vendredis par des milliers de jeunes. Ou lorsque les enseignants ont voulu parler en classe des questions de démocratie après les nombreuses attaques perpétrées depuis un an et demi par des terroristes d'extrême droite. C'est cette même extrême droite qui est à l'origine de ce cyber-harcèlement contre les enseignants : le parti Alternative pour l'Allemagne, représenté au Parlement et des groupes identitaires.

Depuis l'assassinat de Samuel Paty, en France, le président de l'Association des professeurs a rappelé sa préoccupation sur ce climat d'intimidation. On n'ose plus montrer un film comme La liste de Schindler, par exemple, pour parler de la Shoah dans ce qu'on appelle ici des ''classes d'éthique'', où l'enseignant peut aborder avec ses élèves des questions de religion, de croyances, débattre avec sa classe et former les élèves à nourrir son esprit critique. Mais ce responsable est formel aujourd'hui : les enseignants évitent soigneusement d'aborder certains sujets pour ne pas avoir à subir l'hostilité de certains parents d'élèves ou des élèves eux-mêmes et ce cyber-harcèlement.

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