Quelle est la situation économique des agriculteurs en Espagne, en Inde et au Brésil ?

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Dans le Club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se fait ou se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Espagne, l'Inde et le Brésil pour voir quels sont les rapports de force entre petits producteurs et agrobusiness.

En France, alors que l'édition 2021 du salon de l'Agriculture a été annulée,  le président de la République Emanuelle Macron se rend mardi 23 février dans une exploitation agricole de Côte d'Or. Cette visite se tient quelques jours avant la fin, le 1er mars, des négociations commerciales annuelles qui déterminent les prix des produits vendus en supermarché (hors marques de distributeur) et la rémunération de tous les maillons de la chaîne alimentaire. Au delà de la France, comment se déroule la cohabitation entre producteurs locaux et grands groupes, en Espagne, en Inde et au Brésil ? 

En Espagne, la crise des prix pèse sur l’agriculture

Cette situation difficile sur les prix avait provoqué des manifestations très importantes il y a tout juste un an. Depuis ces manifestations le Covid est passé par là et n’a rien arrangé. Les principaux syndicats agricoles de Valence ont tiré la sonnette d’alarme, un an après ces manifestations monstre.

Valence, c’est essentiellement les oranges, sachant que l’Espagne est le premier exportateur mondial d’agrumes. Les producteurs se plaignent qu’une réforme légale, adoptée l’an dernier et censée mieux répercuter les coûts de production sur les prix, n’a "aucun impact". Les mobilisations, disent les syndicats, reprendront dès que les conditions sanitaires seront réunies. Autre secteur, le vin. Avec les restrictions anti-Covid, la consommation s’est effondrée dans les restaurants. Certains producteurs réclament de pouvoir distiller pour faire de l’alcool industriel, d’autres aimeraient stocker pour faire remonter les prix. Mais ce type de décisions dépend de Bruxelles. Les revendications sont identiques pour les producteurs d’huile d’olive, elle était à 400 euros les 100 kilos en 2017, elle est aujourd’hui à la moitié.

Il y a tout de même quelques motifs d'espoir. L'initiative d'une cultivatrice d'oignons  a, par exemple, fait sensation. Marina, c'est son prénom, a un grand-père qui plante encore des oignons dans son champ. Cette année les distributeurs allaient lui acheter ses oignons à 7 centimes le kilo. Mais au dernier moment ils ont refusé sa production. Ni une ni deux, Marina a raconté son histoire sur instagram et a proposé le kilo à 1 euro, ce qui reste moins cher que dans bien des supermarchés. Résultat, phénomène viral, gros succès, elle a écoulé son stock en quelques jours, ça fait un beau cadeau pour les 80 ans de son grand-père dont l'anniversaire avait lieu samedi dernier. Cet exemple ne sauvera probablement pas toute l’agriculture mais démontre au moins qu’en Espagne comme ailleurs il y a une demande pour des modèles et des circuits agroalimentaires un peu différents. 

En Inde, des manifestations contre des lois jugées trop libérales

Les agriculteurs sont particulièrement révoltés par trois lois adoptées l’été dernier par le parlement, et qui facilitent l’entrée des entreprises privées dans le commerce et la production agricole. Ces compagnies peuvent plus facilement passer des contrats d’achat avec les paysans, sans passer par les marchés publics régulés. Les agriculteurs craignent d’être à la merci des grands groupes agroalimentaires, qui pourront choisir les récoltes à faire pousser sur plusieurs années, et décideront également des prix d’achat, avec peu de protection. Cette réforme autorise également les entreprises à stocker les céréales sans limite, ce qui leur permettrait d’acheter à bas prix et de vendre au plus haut. Une spéculation qui serait faite sur le dos des paysans, encore une fois.

Face à cette situation le gouvernement veut négocier mais les agriculteurs restent sur leurs positions. Ils demandent le retrait de ces trois lois ou rien. Le gouvernement refuse, car il estime que cette libéralisation est nécessaire pour faire entrer des capitaux dans une agriculture peu mécanisée et pour augmenter les revenus des paysans indiens, en tout cas ceux qui pourront négocier avec ces entreprises. Ce sont deux visions radicalement différentes qui s’affrontent ici. D’un côté des agriculteurs, qui représentent près d’un actif sur deux, mais qui ont depuis longtemps été exploités, et qui n’ont donc pas confiance dans les autorités. Et, de l’autre, un gouvernement libéral qui veut moderniser le secteur et aider les groupes agroalimentaires à se développer, au risque de précariser beaucoup de fermiers. Ces agriculteurs n’ont pas dit leur dernier mot, et l’affrontement continue.

Au Brésil, l'agrobusiness a connu des records en 2020

Le prix des matières premières agricoles est en forte hausse et la Chine fait des réserves de céréales chez son principal fournisseur : le Brésil. Du coup, malgré la pandémie, l’inflation et la baisse de la consommation, le Brésil a enregistré un excédent commercial de 51 milliards de dollars en 2020, en hausse de 7% sur un an.

L'agrobusiness sauve la balance commerciale brésilienne. Le secteur agricole domine largement les échanges commerciaux et représente, pour 2020, 48% de la valeur des exportations. A lui seul le soja c’est 14% des exportations, en particulier vers la Chine et dans une moindre mesure l’Europe. Les prix des céréales ont flambé pendant cette pandémie avec en moyenne 20% d’augmentation du blé, maïs et soja. Et cette croissance dans la production et le prix se retrouve aussi pour des produits phares brésiliens tels que le café, le sucre et le jus d’orange.

L’agrobusiness a toujours été un allié de la première heure de Bolsonaro qui lui a bien rendu les faveurs. Un nombre record de pesticides ont été autorisés, la déforestation pour augmenter les surfaces agricoles n’est plus vraiment punie et la réforme de la terre pour en donner aux petits producteurs est au point mort. Tout ce que l’agrobusiness a rêvé se réalise et sans grand effort de leur part. Pour l’environnement par contre, la facture est salée.

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