Éruptions volcaniques : comment les autorités les gèrent-elles en Islande, en Russie et en Équateur ?

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Direction l'Islande, la Russie et l'Équateur qui gèrent chacun différemment les éruptions volcaniques sur leur territoire.

Autant majestueuses que terrifiantes, les éruptions de volcans fascinent habitants et touristes à travers le monde. Les autorités, elles, veillent au grain pour éviter les accidents, avec des approches différentes en Islande, en Russie et en Équateur.

En Islande, les autorités avertissent du danger des selfies

En Islande, une éruption volcanique a débuté vendredi soir dans une vallée de la péninsule de Reykjanes, près de la capitale Reykjavík, une région qui n’en avait plus connu depuis près de 800 ans. Depuis vendredi soir, le flot de lave ininterrompu est faible mais stable à raison d’environ 5 m3 par seconde. Le spectacle est observé en direct par des milliers de personnes chaque jour, quand le site n’est pas fermé à cause du temps ou des conditions liées aux émissions de gaz. Úlvar Kári Jóhannsson est fasciné : "Ce qui m’a le plus surpris, explique-t-il, c’est la couleur de l’orange : beaucoup plus profond qu’on n’imagine. C’est absolument époustouflant." Le bruit de la lave en fusion qui jaillit d’un petit cratère d’une centaine de mètres stupéfait Margaux Lambert, une jeune étudiante belge. "C'est vraiment un phénomène que l'on n'imagine pas aussi violent... Et toutes ces couleurs !"

La coulée du magma avançant lentement jusqu’aux pieds des visiteurs réchauffe l’atmosphère qui devient vite étouffante car le thermomètre, au plus près, prend des dizaines de degrés. Un peu plus éloignée Lucille Fernemont philosophe : "La chaleur ici rappelle le souvenir des barbecues l'été...", sourit-elle. Les plus prévoyants font justement griller saucisses, bacon et marshmallows. Ici, personne ne veut manquer un événement qui, à l’échelle de l’Islande, n’est pas si rare puisqu’une éruption volcanique a lieu en moyenne tous les cinq ans. Ce qui est moins commun en revanche c’est qu’elle se déroule aussi près des villes : cette région du sud-ouest du pays regroupe plus de la moitié de la population islandaise. Moins d’une heure de route est nécessaire depuis Reykjavík pour se rapprocher du chemin qui mène au site de l’éruption. Et une heure et demie supplémentaire de randonnée à travers les pierres et la mousse, mais seulement si on a la chance de trouver à se garer tout près.

En Russie, les autorités dénoncent publiquement l'inconscience des touristes

Au Kamtchatka, cette presqu’île située à l’extrémité est de l’Extrême-Orient russe, le volcan Klioutchevskoï fait le bonheur des touristes. Mais les autorités s’inquiètent de leur inconscience. Des dizaines d’entre eux s’amusent à se prendre en photo malgré les dangers qu’ils encourent et postent leurs clichés sur les réseaux. Les autorités russes se sont à cet égard inquiétées publiquement du comportement de certains touristes : il est en effet extrêmement dangereux de rester à proximité d’un volcan en éruption. Depuis la fin février, le volcan Klioutchevskoï rejette non seulement de la lave, mais aussi des roches de plusieurs dizaines de kilos à des centaines de mètres de hauteur. Et lorsqu’elles retombent au sol, mieux vaut ne pas être en dessous. Mais malgré ces risques, de nombreux touristes russes cherchent à immortaliser ce phénomène extraordinaire en s’approchant au plus près du cratère pour faire des images, se prendre en selfie, ou même, faire griller des saucisses sur la lave incandescente. C’est pour cette raison que l’équipe de réaction aux éruptions volcaniques du Kamtchatka a tiré la sonnette d’alarme en implorant les touristes, sur les réseaux sociaux, à refréner leur curiosité.

L’éruption n'a pas entraîné de vague de tourisme, probablement parce que le Kamtchatka est une sorte de sanctuaire de la nature sauvage, préservé de l’impact de l’homme. Tous les Russes rêvent d’y passer des vacances : on peut y faire des treks, du surf, du ski héliporté pour skier à flanc de volcan… lorsqu’ils ne sont pas en éruption, bien sûr. Malgré les restrictions liées au Covid-19 en ville, il y a certainement plus de touristes qu’à l’accoutumée. Les scientifiques estiment de leur côté que l’éruption est terminée depuis samedi, même s’ils n’excluent pas une reprise prochaine de l’activité.

En Équateur, les moyens manquent pour sensibiliser la population

Situé sur la ceinture de feu du Pacifique, l’Équateur a plus de cinquante volcans sur son territoire aux Galapagos, en Amazonie et surtout dans la région andine que l’on n’appelle pas pour rien l’avenue des volcans. Des colosses qui sont surveillés de près, notamment les quatre volcans les plus actifs du pays, le Reventador et le Sangay dans la région amazonienne, le Tungurahua et le Cotopaxi dans les Andes. Certains sont moins dangereux que d’autres. Le Reventador par exemple est en phase éruptive depuis 2002 mais comme il est isolé dans la forêt amazonienne à 90 kilomètres à vol d’oiseau de la capitale, il ne se trouve pas assez de sismographes pour le surveiller. Le volcan Pichincha au contraire, lui est surveillé de près par l’Institut géophysique national car la capitale équatorienne est construite littéralement à ses pieds. Même chose pour le Tungurahua qui est en phase éruptive depuis 1999 et menace la petite ville touristique de Baños…

Actuellement, c'est le Sangay qui fait des siennes. Ce volcan de 5 300 mètres d’altitude s’est réveillé le 7 mai 2019 et cinq éruptions ont été enregistrées depuis, dont les 6 et 11 mars derniers. A cette occasion, une colonne de cendres a été expulsée à 8 500 mètres d’altitude. Trois provinces ont été couvertes de cendres, des villes comme Riobamba plongées dans l’obscurité en plein jour, des vols aériens annulés. Même si l’Équateur est un pays sismique, il n’y a pas assez de moyens financiers pour organiser des simulacres d’évacuation réguliers, pour former la population et à chaque éruption domine l’impression de recommencer à zéro, faute de prévention.

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