Comment la Russie, les Etats-Unis et le Liban gèrent les accusations de violences policières ?

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Dans le Club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se fait ou se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction la Russie, les Etats-Unis et le Liban pour voir comment les accusations de violences dans les rangs de la police sont gérées. 

Alors que deux policiers ont été écroués et deux autres placés sous contrôle judiciaire dans l'affaire du producteur passé à tabac à Paris, comment les autres pays réagissent concernant les policiers accusés de violences ? Nous vous emmenons en Russie, aux Etats-Unis et au Liban où les situations sont différentes. 

En Russie, l’usage disproportionné de la force publique est une notion rarement abordée par les tribunaux

La police russe avec ses unités anti-émeute, les OMON comme on les appelle ici, ont l’habitude d’avoir la main lourde notamment dans les manifestations d’opposants. Cependant, c'est la Garde nationale, rattachée directement au Kremlin, qui est maintenant davantage citée en matière de violences policières mais le plus souvent, les blessures causées lors d’interventions musclées sont passées sous silence. En début d’année 2020, dans une interview à l’agence fédérale Interfax, Vladimir Poutine avait estimé que les policiers russes faisaient leurs devoirs et que "si les gens respectaient les règles, il n’y aurait pas besoin de brandir la matraque". 

Il y a malgré tout quelques exceptions et la dernière en date remonte déjà à un an et demi lorsque le journaliste d’investigation Ivan Golounov avait été violemment passé à tabac dans un commissariat moscovite par des policiers qui tentaient de lui faire avouer de prétendues activités de dealer de drogue. Cette machination avait entraîné une mobilisation générale du monde des médias, y compris dans la presse gouvernementale, à tel point que le tout puissant comité d’enquête fédérale, dépendant lui aussi directement du Kremlin, avait été saisi. Cinq policiers avaient été arrêtés, démis de leurs fonctions puis poursuivis en justice. Deux hauts responsables de la police moscovite ont aussi été limogés directement par Vladimir Poutine.

Aux Etats-Unis, l'organisation des services de police rend très difficile les poursuites 

Après la mort de George Floyd, le mouvement "Black Lives Matter" a entraîné une vague de manifestations sans précédent contre les violences policières. Aux Etats-Unis, il n'y a pas qu’une seule police mais près de 18 000. Il y a celle des villes, celle du shérif dans les comtés et les agences fédérales comme le FBI. Chaque police fait à sa sauce pour juger du comportement de ses propres agents. Dans les grandes villes, elles disposent souvent d’un board civil, indépendant de la police locale, mais dans les petites bourgades l’aide doit venir de l’extérieur, faute de moyens. Sans compter que les procureurs peuvent aussi se saisir de certaines affaires. Il s'agit d'un mille-feuille dans lequel il est difficile de se repérer. Ces services censés juger le comportement des policiers sont régulièrement pointés du doigt.

Dans une étude parue cet été et réalisée par l'université de Chicago, il est souligné que lorsque les choses tournent mal, les officiers impliqués ne sont que rarement tenus pour responsables. Les auteurs de l'étude avancent, en particulier, une raison : dans les 20 villes étudiées, seules deux ont rendu obligatoire l’intervention d’une enquête extérieure et indépendante. On peut aussi citer ces chiffres, plus anciens mais édifiants : entre 2002 et 2003 à Chicago moins de 0,20% des plaintes contre des policiers ont abouti à de vraies sanctions. Les choses sont en train d’évoluer mais la quasi-impossibilité de légiférer au niveau fédéral ralentit considérablement le processus.

Au Liban, les enquêtes pour violences policières n'aboutissent quasiment jamais 

Depuis la semaine dernière, le pays est secoué par une affaire de violence policière. Pendant le confinement, un homme est contrôlé par la police, il finit plaqué au sol, menottés, avec 15 policiers sur lui. La photo a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Pour se justifier, la police libanaise a rendu publiques des images de vidéosurveillance et on y voit clairement l’homme contrôlé porté en premier un coup de poing au policier. Cet homme est un avocat et il dit avoir été copieusement insulté par le policier quand il a décliné sa profession. L’ordre des avocats est derrière lui et dénonce les pressions, les intimidations régulières de la police à l’égard de cette profession parce qu’elle est souvent en première ligne pour dénoncer les violences policières depuis le soulèvement populaire d’octobre 2019.

Pour autant, ce genre de bavures se dilue plutôt dans des enquêtes internes qui n’aboutissent à rien. La plupart du temps, les différentes forces de l’ordre se renvoient la balle. C'était le cas le 8 août dernier par exemple. Juste après l’explosion dans le port de Beyrouth, il y a eu des manifestations dans le centre-ville suivies d'une répression sans ménagement : tirs à bout portant de bal en caoutchouc et même de chevrotine. Parmi les manifestants, il y a eu des éborgnés et des blessés graves. Tout a été filmé, documenté, établi par des médecins mais pour l’instant, cela n'a abouti à rien. Une situation similaire "pour toutes les autres violences policières depuis un an, même quand il y a des images", selon les organisations de défense des droits de l’Homme, qui réclament justice et la fin de l’impunité. 

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