Brexit : les premières conséquences concrètes du divorce en Grande-Bretagne, en Irlande et aux Pays-Bas

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Le Brexit est effectivement rentré en application le 1er janvier. Dans les ports, les supermarchés, les routes, quelles sont les premières conséquences ?

Le Royaume-Uni est concrètement sorti de l'Union européenne le 1er janvier 2021. Après plusieurs années de discussions, négociations, tergiversations, le Brexit est désormais en place. Il en découle plusieurs changements très concrets, pour plusieurs pays.

En Grande-Bretagne, la pêche en difficulté

Côté britannique, c'est surtout la pandémie de Covid-19 qui retient l'attention ces derniers jours. Les chiffres sont alarmants, le pays compte plus de 83 000 décès dus au virus, on estime qu'un Britannique sur 50 est infecté. Les regards sont donc logiquement tournés vers la situation sanitaire et le déploiement du vaccin.

Pour autant, certains secteurs se plaignent déjà de l'effet négatif des nouvelles règles liées au Brexit. L'entreprise de livraison DPD a par exemple suspendu une partie de ses activités entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, car 20% de ses colis n'étaient pas correctement déclarés par les expéditeurs. Des fabricants de vélos allemands, italiens et hollandais ont aussi stoppé leurs ventes dans le pays.

Mais l'une des filières qui souffrent le plus de la sortie de l'UE, c'est la pêche. C'était le cheval de bataille des pro-Brexit, mais les pêcheurs britanniques dépendent largement des exportations de produits frais vers le continent et elles sont désormais mises à mal par ce que le syndicat de la profession décrit comme un "mur de bureaucratie". Rien qu'en Écosse, un tiers des chalutiers serait actuellement à l'arrêt.

Selon beaucoup d'économistes, l'obtention d'un accord de dernière minute a permis d'éviter un scénario catastrophe à très court terme, au début du mois, d'autant plus que les entreprises avaient constitué beaucoup de stocks en vue d'un possible "no deal". Mais dans les semaines qui viennent, le gouvernement annonce d'importantes perturbations dans les ports anglais, notamment celui de Douvres. Et sur le plus long terme, la banque d'Angleterre estime que le PIB du pays va perdre trois ou quatre points dans les dix prochaines années, à cause des répercussions du Brexit.

En Irlande, des rayons de supermarchés vides

En Irlande, les conséquences du Brexit sont un peu plus visibles : la plupart des importations de nourriture passent par la Grande-Bretagne, "pont terrestre" entre l’île et le reste du continent. Résultat, certains rayons sont tout simplement vides. On n’en est pas encore à manger des choux à tous les repas, mais certaines étagères sont vides, dans les rayons boulangerie, plats préparés ou encore volaille. Les supermarchés refusent de parler de tensions, mais admettent que certaines livraisons accusent du retard.

Pas vraiment étonnant quand on voit le trafic poids lourd au port de Dublin. Les autorités parlent de volumes "significativement inférieurs" à la même période l’année dernière. Deux raisons à cela : les entreprises ont fait du stock, avant Noël, pour éviter les éventuelles perturbations aux premières heures du Brexit. Beaucoup n’osent pas, en fait, faire venir leurs produits de Grande-Bretagne ou d’Europe, par peur des contrôles administratifs aux frontières, et par crainte que les camions soient bloqués, retardés, et que les produits arrivent quasiment périmés.

Les autorités des ports de Dublin et de Rosslare, les principales portes d’entrée maritimes du pays, promettent qu’ils sont sur le pont 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour aider les entreprises dans leurs démarches administratives. Mais devant la tranquillité du trafic, les douanes ont dû alléger leurs contrôles pour encourager les imports. Cet allégement ne veut pas dire que plus rien n’est contrôlé : les vérifications sanitaires sont maintenues, mais si une entreprise fait preuve de bonne foi, qu’elle prouve qu’elle s’est préparée au Brexit et qu’elle a simplement sous-estimé les changements, ses produits seront moins retardés à leur arrivée à Dublin. Pour ceux qui seraient tentés de resquiller, le chef des opérations au port de Dublin entend laisser quelques jours, au plus une à deux semaines aux entreprises avant de lever l’allégement.

Aux Pays-Bas, une histoire de sandwich anime les débats

Aux Pays-Bas, connectés également par bateaux au Royaume-Uni, les nouvelles restrictions liées au Brexit font beaucoup réagir. Depuis plusieurs jours, des images de la télévision publique néerlandaise font le tour des réseaux sociaux et ont même dépassé les frontières des Pays-Bas. Dans un reportage diffusé par l’émission d’information "EenVandaag", on voit un ferry en provenance du Royaume-Uni débarquer dans le port de Hoek van Holland, à quelques kilomètres de La Haye et de Rotterdam.

Sur le quai, la douane néerlandaise attend de pied ferme les passagers. Le message de ce douanier se veut clair : "L’Angleterre est maintenant un pays tiers pour les Pays-Bas. Donc il y a certaines restrictions sur des produits que vous ne pouvez pas ramener." S’ensuit un échange surprenant entre le douanier et un passager. "Y-a-t-il de la viande dans tous vos sandwichs ? Oui ? Alors on les prend tous, désolé", poursuit l'agent. "Je peux au moins retirer la viande et garder le pain ?", tente le passager. "Non, tout doit être confisqué. Bienvenue au Brexit monsieur, désolé", tranche le douanier.

Ces fameux sandwichs ont fait beaucoup parler d’eux. Ce qui a été beaucoup relayé par les médias aux Pays-Bas, ce sont les réactions parfois très négatives côté britannique, où ce court extrait a été abondamment relayé. Mais pour l’instant, on reste dans le symbolique, puisqu’en raison de la crise sanitaire, les échanges sont très restreints entre les deux pays et le trafic dans les ports néerlandais n’est pas à son niveau habituel.

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