L'ARN messager, arme fatale contre le Covid-19, est porteuse d'espoir pour lutter contre le cancer, le sida et d'autres maladies infectieuses ou dégénératives

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C'est la star de l'année : l'ARN messager a permis de fabriquer en un temps record des vaccins contre le Covid-19. Mais il pourrait aussi permettre de guérir des cancers, des maladies cardiaques ou génétiques.

Ce qui rend l'ARN messager fascinant, c'est que ce procédé peut en théorie permettre de soigner n'importe quelle maladie. L'acide ribonucléique messager (son nom complet), est la copie d'un brin d'ADN d'un gène, qui fournit à nos cellules la recette pour fabriquer des protéines et donc pour combattre les maladies. 

"L'ARN messager est vraiment la technologie du futur, affirme le professeur Bernard Verrier, chercheur au CNRS. Si on compare à l'avènement de l'électricité ou du chemin de fer, il y a eu en amont de grands obstacles. Et à long terme, on a vu tout ce que cela a apporté pour l'humanité."

L'idée d'un vaccin ARN messager, ou ARNm, est née il y a moins de 30 ans. Au départ ils n'étaient qu'une poignée à travailler dessus, dans d'obscurs laboratoires.
Steve Pascolo est l'un de ces précurseurs. Ce co-fondateur de la biotech allemande Curevac, l'immunologiste est un convaincu : "Pour n'importe quelle maladie, il y a une solution théorique ARN messager. Contre le cancer, les maladies infectieuses comme le Sars-CoV-2, les maladies dégénératives, vous pouvez utiliser l'ARN messager pour coder des protéines thérapeutiques. Contre les maladies génétiques, vous pouvez l'utiliser pour exprimer la protéine fonctionnelle, qui est dysfonctionnelle chez les gens qui ont certaines maladies comme la mucoviscidose." 

Tout cela est déjà en clinique, à différentes étapes, en phase 1 ou en phase 2. Les années à venir vont nous donner beaucoup de nouveaux traitements, à base d'ARN messager, pour beaucoup de maladies différentes.

Steve Pascolo

à franceinfo

Steve Pascolo travaille sur un vaccin anti-cancer et est persuadé qu'il pourra être mis au point dans les deux ou trois ans qui viennent. La start-up allemande BioNTech, déjà championne du vaccin anti-Covid, fait la course en tête dans ce domaine, elle progresse aussi sur les maladies auto-immunes. La biotech américaine Moderna prépare de son côté un vaccin anti-VIH.

>>> Les vaccins à ARN messager suscitent l'espoir de guérir d'autres maladies

Pour autant, l'ARN messager n'est pas la panacée. Bernard Verrier, qui cherche depuis des années la recette d'un vaccin ARNm contre le virus du sida, reconnaît qu'il reste de grandes inconnues à lever : "La première limite c'est de bien identifier la cible que l'on veut atteindre, et de déterminer comment délivrer l'ARN messager au bon endroit. Va-t-il s'exprimer suffisamment longtemps pour induire une bonne réponse immunitaire ? Quelle va être la qualité du vaccin ? On n'a aucune information sur la durée de la protection vaccinale par rapport à un vaccin classique."

La plus grosse difficulté c'est de trouver le bon antigène, la cible que le système immunitaire devra apprendre à combattre. L'ARNm est aussi une matière très instable, d'où la nécessité de le conserver à très basse température. Cette contrainte pose de gros problèmes logistiques, comme on l'a vu avec les vaccins anti-Covid.

En France : de l'ARNm bio ?

Les chercheurs français se sont mis eux aussi à explorer ce champ de recherches, après les autres, ce qui est un paradoxe quand on sait que ce sont des Français qui l'ont découvert en 1961 et qui ont eu l'idée pour la première fois d'un vaccin ARNm.

Le laboratoire Sanofi est en train de mettre au point un vaccin ARNm contre le Covid-19. Il a acheté le mois dernier une start-up américaine spécialisée dans ce domaine et finance les travaux d'une chercheuse de l'université d'Orléans qui tente de mettre au point de l'ARNm naturel à partir de cellules de levure, une sorte d'ARN bio !

La chercheuse Chantal Pichon, du Centre de biophysique moléculaire de l\'université d\'Orléans (Loiret), mai 2021
La chercheuse Chantal Pichon, du Centre de biophysique moléculaire de l'université d'Orléans (Loiret), mai 2021 (ANNE-LAURE DAGNET / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

"On produit l'ARN messager de manière endogène, explique Chantal Pichon. En fait, on fait un peu confiance à la nature, on se dit qu'il y a une cellule capable de produire un ARN messager avec tous les attributs nécessaires, et on va faire en sorte qu'elle soit apte à produire ce que nous souhaitons."

C'est une énorme ambition, c'est très 'challenging', mais c'est très excitant et passionnant !

Chantal Pichon

à franceinfo

Cette production d'un ARN messager à partir de cellules de levure est une nouvelle avancée puisque cela permettra d'utiliser cette technologie sans avoir besoin d'acheter tous les composants, les réactifs, les enzymes indispensables pour fabriquer l'ARNm synthétique utilisé pour le vaccin anti-Covid. Des composants qui sont parfois en rupture de stock et qui ont un coût non négligeable.

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