"Soit je me tire une balle, soit j'essaye de repartir de l'avant." : au chômage partiel depuis un an de Covid-19, ils racontent

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En raison de la crise sanitaire, de nombreux Français sont privés de leur travail. 2,1 millions de salariés étaient en chômage partiel en janvier 2021 selon les données de la Dares.

Depuis mars 2020, Franck Camus, 49 ans, gérant de SPL Event - Artifi-ciel, une entreprise spécialisée dans les feux d'artifices, n'a travaillé qu'environ "une semaine". Et sur l'année 2020, l'entreprise basée dans le Val-de-Marne a réalisé seulement 10% de son chiffre d'affaires habituel. "Les 13 et 14 juillet, on fait en général 150 feux. L’année dernière on en a fait six, raconte l'artificier. Notre métier, c’est notre passion. Ça manque..."

Après avoir mal vécu le premier confinement – "C'était la dépression"  Franck Camus a rebondi. "Je me suis mis un gros coup de pied au cul", explique-t-il. Car au début, il dit avoir "fait beaucoup de siestes". "Les seuls appels que vous avez à partir du mois de mars, ce sont des annulations, c'est compliqué... Il y a deux solutions : je vais exagérer mais soit je me tire une balle dans la tête, j'arrête tout, soit j'essaye de repartir de l'avant." Aujourd'hui, ce qui lui manque au quotidien, c'est "l'adrénaline d'appuyer sur le bouton et la passion, voir briller les yeux des gens".

"Garder le contact"

Pour éviter de mettre la clé sous la porte, Franck Camus bénéficie d'aides de l'État et il a pu mettre ses deux commerciaux au chômage partiel fin mars 2020. C'est le cas pour Dominique, 57 ans. Il touche 84% de son salaire net mais il a perdu ses primes donc 800 euros de moins chaque mois. "Si mon patron ne maintenait pas la société, j'aurais même rien du tout", relativise le commercial.

Pour s'occuper, Dominique essaye "de garder le contact avec les clients. Même si je sais que je ne peux pas travailler. Il faut maintenir le contact, pour l'entreprise. Parce que notre but, c'est de sauver l'entreprise." Pour "rebondir psychologiquement", lui s'est engagé en politique. "Aujourd'hui, je suis délégué aux finances de la commune où j'habite. Ça permet d'être toujours au contact des gens et de se sentir utile."

Dominique, 57 ans, commercial pour SPL Event.
Dominique, 57 ans, commercial pour SPL Event. (BENJAMIN ILLY / RADIOFRANCE)

Fortement touchées, elles aussi, par la crise sanitaire, les salles de sport restent portes closes depuis le deuxième confinement, à l'automne 2020. Jean-Michel Bedel, gérant indépendant, a dû fermer une de ses salles de remise en forme pour sauver les trois autres qu'il possède, en région parisienne. "On se pose la question de savoir comment on va faire pour payer les avances de trésorerie, les loyers", souffle-t-il.

Pendant le temps libre qui lui échoie, le gérant est "actif", mais ce temps libre, il le consacre à "se défendre, essayer de sauver nos entreprises""C'est extrêmement angoissant. Il y a des périodes où je ne dors pas beaucoup. Je pense que, si dans trois mois, on n'a pas réouvert, ce sera compliqué de rouvrir", s'inquiète Jean-Michel Bedel.

"S'occuper et être utile"

Lui aussi est inoccupé et enchaîne les périodes de chômage partiel depuis mars 2020 : Cédric, cuisinier de 48 ans, a rejoint l'association Ernest en décembre 2020. Ce réseau de restaurateurs solidaires prépare des repas gratuits pour les plus démunis. "L'idée, c'est de s'occuper et d'être utile, explique le cuisinier. Aujourd'hui, la précarité fait qu'on n'a jamais eu autant besoin d'aller cuisiner."

Cet engagement permet aussi à Cédric de rompre "l'isolement" causé par le chômage. "On apporte quelque chose à Ernest mais Ernest nous apporte aussi, au travers des relations qu'on peut nouer au quotidien."

Cédric, 48 ans, cuisinier.
Cédric, 48 ans, cuisinier. (BENJAMIN ILLY / RADIOFRANCE)

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