"Il y a plein de maisons qui vont encore tomber" : à Saint-Martin-Vésubie, 48 heures après la tempête Alex, on craint les jours qui viennent

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Saint-Martin-Vésubie est l'une des communes les plus touchées par la tempête Alex. Notre reporter a rencontré les habitants, partagés entre rester ou quitter définitivement le village.

À cause des routes coupées, des éboulements, le seul moyen pour rejoindre le village de Saint-Martin-Vésubie est la marche à pied, 48 heures après le passage de la tempête Alex. Deux heures trente de marche avec des arbres tombés qu'il faut enjamber, de la boue, une rivière à traverser et au bout, un bruit de torrent qui se déverse : la Vésubie déferle, boueuse.

>> AVANT/APRÈS : regardez les images montrant l'étendue des dégâts dans l'arrière-pays niçois

Trente-huit maisons du village ont été emportées par les eaux. Plus d'une trentaine sont en équilibre au bord du précipice. Celle de Michel est debout, mais son village est en partie défiguré. "C'est apocalyptique, décrit-il. Il y a tout un quartier là-bas, en face, qui a disparu, en dessous du cimetière. J'ai un ami qui a enterré son papa il n'y a pas bien longtemps, la tombe est partie. Vous avez la station d'essence. C'est un copain à moi qui l'avait. Elle n'y est plus, le garage non plus". 

Toutes les maisons qu'il y a au-dessus, la route, tout ça… Il n'y a plus rien. Ça a tout nettoyé.

Michel,un habitant de Saint Martin-Vésubie  

à franceinfo

"Il y a des hélicoptères, des pompiers partout, l'armée. Mais bon, ça ne va pas se réparer en un jour, constate Michel, fataliste. Il faudra du temps, de la patience et beaucoup de travail. Un pied devant l'autre, puis vous redémarrez. Il n'y a pas le choix".

Nourriture et électricité sont les besoins les plus urgents

48 heures après le passage de la tempête Alex, il n'y a toujours pas d'eau potable, pas de réseau téléphonique, mais la grosse urgence aujourd'hui, pour Ivan Mottet, le maire de la commune, c'est de nourrir ses administrés : "Ce qu'il nous faut dans les prochains jours, c'est de la nourriture parce que les deux petites supérettes…" Il ne termine pas sa phrase, interrompu par l'arrivée tant espérée des groupes électrogènes. "Pour moi, pour la population, c'est un gros soulagement. Tout le monde applaudit parce qu'on attendait ces groupes. C'est important. Il commence à faire froid. Il y a des gens qui ont besoin de se chauffer. Donc on va être sauvés !" Mais finalement, ce générateur ne peut pour l'instant qu'alimenter la mairie et la boulangerie.

Les habitants qui ont tout perdu sont relogés ou dorment chez des amis. Près de 250 personnes ont aussi été évacuées. Des hélicoptères Puma de l'armée effectuent plusieurs rotations pour les amener à l'abri, à Nice. Priorité aux personnes âgées et aux malades. Mais le dernier groupe n'a pas pu décoller dimanche soir. Retour en car dans la nuit au village. Angélique est à bout. "On est revenus à la case départ, je pense qu'il faisait trop noir. Ils ont pris les personnes âgées en premier. On est fatigués. Je souhaite être au chaud et pouvoir avoir de l'eau", confie-t-elle épuisée.

"Le village va avoir beaucoup, beaucoup de difficulté à se relever"

Il y a ceux qui partent, et puis, il y a ceux qui restent, comme Stéphane, qui ne veut pas quitter son village même s'il a très peur des jours à venir. "Il y a des sources qui sortent près de chez moi, qui ne sont jamais sorties. On peut s'attendre à pire dans les jours qui viennent, craint-il. Il y a certainement plein de maisons qui vont encore tomber parce qu'il y a toujours l'après." 

Là, avec la pluie, les nappes phréatiques vont recommencer à se remplir. Il se peut qu'il y ait une vague qui arrive et qui prenne le pont, qui prenne cinq maisons et tout ce qui se trouve en aval.

Stéphane, un villageois

à franceinfo

"Le village va avoir beaucoup, beaucoup de difficulté à se relever", prédit-il, dévasté. Une bonne nouvelle, tout de même : une route a été réparée et dégagée. Elle devrait permettre aux habitants de pouvoir quitter la commune progressivement et ainsi désenclaver le village.

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