Crise sanitaire : l’économie des quartiers d’affaires pénalisée par le recours au télétravail dans les grandes entreprises

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Avec le développement du télétravail, encouragé par les autorités pour freiner la crise sanitaire du coronavirus Covid-19, certains quartiers d’affaires, comme celui du Val de Seine à Issy-les-Moulineaux, se retrouvent désertés. En fragilisant au passage l’économie des zones où ils sont implantés.

"Je dirais que c'est très studieux et très calme. On n'ose pas parler…" Dans ces couloirs du siège du groupe de transport Transdev, dans le quartier d’affaires Val de Seine, à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, on entendrait presque les mouches voler. Avec la crise sanitaire du coronavirus Covid-19, le télétravail, encouragé par les autorités, est rentré dans les moeurs dans les grandes entreprises et les sièges sociaux.

Timide en France il y a encore un an, travailler depuis la maison est devenu une habitude, pour des millions de salariés. Aussi, au milieu de ces bureaux neufs à la moquette claire et aux grandes fenêtres, Julien, juriste, s’il apprécie la souplesse du télétravail, ne cache pas son scepticisme. "C'était mieux avant, confie-t-il. C’était plus sympa d'aller au travail… Là, aujourd'hui, c'est davantage dans cette ambiance cotonneuse". Lui est en télétravail trois jours par semaine. Dans l’espace cuisine, il n’est plus possible de s’asseoir : chacun prend son café puis s’en va…

Les personnes avec qui on avait des relations extra professionnelles ou avec qui on pouvait déjeuner ou faire des pauses ne sont pas forcément là en même temps que nous.

Julien, juriste

à franceinfo

"Normalement, il y a sept personnes dans l'équipe potentiellement présentes et là, aujourd'hui, on n'est que trois...", indique de son côté Arthur, chargé des relations institutionnelles. Dans ces sièges sociaux. Il se pourrait bien que le bureau à distance, contraint par la crise sanitaire, bouleverse à long terme l'organisation d'entreprise. À quelques centaines de mètres, le groupe hôtelier Accor occupe l'une des grandes tours du quartier.

Dans une pièce chaleureuse avec babyfoot, banquettes, décoration colorée, mais vide, France, qui s'occupe du personnel, estime que la situation durera. Avant la crise, il n'était possible de télétravailler qu'un seul jour par semaine. "Il est certain, explique-t-elle, que nous ferons quelque chose de cette expérience. Nous allons créer du dialogue social avec nos partenaires sociaux pour faire évoluer cet accord télétravail."

Nous avons fait plusieurs enquêtes auprès des collaborateurs et la plupart s'accordent sur deux ou trois jours de télétravail.

France

à franceinfo

Aujourd'hui chez Accor, 15% seulement des salariés sont présents physiquement dans l'entreprise. Chez Cap Gemini, c'est 30%. L'immeuble de Microsoft, lui, est carrément fermé. Pas de quoi redonner le sourire à Yvon : il est midi, et ce serveur discute avec ses collègues, devant la grande salle du restaurant complètement vide. "Ça commence à arriver, soupire-t-il. Même dans la rue, il n'y a pas de piétons et la circulation est moindre alors qu'il y a souvent des embouteillages à cette heure-ci."

Il paraît loin, le temps où il fallait courir partout pour satisfaire les clients pressés. "C'est le jour et la nuit !, s'exclame-t-il. C'est carrément la rigolade ! On est trois à faire le service alors que d'habitude on était sept ou huit. On s'ennuie même !" Quand les 22 000 employés du quartier, en temps normal, se font rares, c'est toute l'économie locale qui en pâtit. À la pharmacie, au salon de coiffure aussi, où Céline attend sa clientèle.

On avait à peu près en semaine 95% de gens de bureaux et là, maintenant, 20% de clientèle qui travaillent dans le quartier.

Céline, coiffeuse

à franceinfo

"On travaillait quand même assez régulièrement toute la journée, poursuit Céline. Cette situation, cela n'arrivait que très très rarement..." La situation est surveillée de très près par la ville d'Issy-les-Moulineaux, pour qui ce quartier Val de Seine est un puissant moteur économique.

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