Le brief éco. Taux d’intérêt : bienvenue en territoire négatif

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Qui n’a jamais rêvé d’emprunter de l’argent sans devoir payer d’intérêt ? Les taux à 0%, voire négatifs, font fureur en ce moment, mais pas pour les particuliers.

Jusqu’à présent, c’était plutôt les Etats qui empruntaient ainsi sur les marchés. La France rembourse sa dette à taux négatifs depuis août 2014. Le phénomène gagne les entreprises. Le groupe Saint-Gobain vient d'emprunter un milliard d’euros sur trois ans à 0% et le géant pharmaceutique Sanofi emprunte à taux négatifs. C’est à dire que le prêteur sait qu'il ne récupèrera pas entièrement sa mise au final.

Les investisseurs acceptent de perdre de l’argent

Pourquoi les investisseurs acceptent de perdre de l’argent en le prêtant à de si bonnes conditions ? C’est le résultat de la politique menée par la Banque Centrale Européenne qui entretient volontairement cette stratégie monétaire. La BCE rachète aux banques privées des obligations d’Etat – des dettes dues par les pays – et leur donne de l’argent frais en échange pour qu'elles le réinjectent dans l'économie à travers le crédit. Objectif : faire repartir l'investissement et relancer un peu l'inflation. Le cap des 1000 milliards d’euros utilisés dans ce cadre vient d’être franchi par la BCE. Il y a aujourd’hui une telle masse de liquidités en circulation que les investisseurs préfèrent perdre un peu d’argent en misant sur des valeurs sûres – en prêtant à des entreprises réputées solides, ou à des Etats qui font des efforts budgétaires – plutôt que de redonner l’argent excédentaire à la banque centrale qui, de toute façon, va les faire payer pour utiliser ses coffres.

Pourquoi les particuliers ne bénéficient pas des taux négatifs

Les Etats et les entreprises peuvent profiter de ce régime privilégié car ils passent par le marché obligataire. Un Etat ou une entreprise émet des obligations (des titres de dettes) qui sont achetés par des investisseurs. Le particulier ne peut pas émettre d’obligations. S’il veut emprunter, il est obligé de passer par sa banque. De plus, le Code civil interdit les taux négatifs pour les particuliers depuis le XIXème siècle. Merci Napoléon !

Système à la fois vertueux et dangereux

Ce système des taux négatifs est à double tranchant. Pour l’Etat et les entreprises qui empruntent à taux négatifs, c’est tout bénéfice puisqu’ils remboursent leurs dettes à moindre coût. Positif aussi pour les particuliers dans la mesure où ce mécanisme pousse les taux bancaires très bas. C’est le moment d’investir ou de renégocier son crédit à la baisse. Par contre, les banques font grise mine car elles ne gagnent rien sur les sommes qu’elles prêtent. Cela réduit leurs marges et elles sont tentées de rattraper le manque à gagner en relevant les frais de gestion de comptes leurs clients. Cela crée des déséquilibres, au point que certains parlent de bulles obligataires explosives. Les taux d’intérêt négatifs, c’est un peu comme un ballon d’hélium lâché dans le ciel et dont celui qui l’a gonflé ne maîtrise plus l’évolution.

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