Le brief éco. François Hollande : bilan économique réaliste mais embelli

Lors de son allocution télévisée jeudi soir, avant d’annoncer qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle, François Hollande s’est livré à un bilan de son action économique. Ce bilan correspond-il à la réalité ?

Il y a les promesses tenues et les dossiers embellis malgré une réalité plus cruelle. Promesses tenues : la retraite à 60 ans ; le presque aboutissement de la création de 60 000 postes dans l’enseignement, la création de 150 000 emplois d’avenir, on a même dépassé les objectifs. Innovation et industrie : création de la banque publique d'investissement, Bpifrance, qui finance et accompagne aujourd’hui 60 000 entreprises avec près de 14 milliards d’euros accordés en crédit et aides diverses sur la seule année 2015.

Par contre, ça se complique quand on parle de l’inversion de la courbe du chômage ; les comptes publics "assainis", selon le président : le déficit public a certes baissé mais l’endettement a augmenté. Notre dette est passée de 86% du PIB (la richesse nationale produite) fin 2011 à… 98% en 2016. L’Etat a continué d’emprunter pour fonctionner, comme si une entreprise faisait un crédit pour payer ses salariés.

Au final, on a plutôt une politique des paris perdus et des calculs trop hasardeux : chômage, croissance, déficits. Ce que l’économiste Jean Pisani-Ferry appelle les  "revanches de la complexité" dans son livre A qui la faute, comment éviter les erreurs économiques ? aux éditions Fayard.

Le sentiment de bilan assumé par le président de la République ne pouvait pas être partagé par les Français

Sur le fond, François Hollande a été lâché par l’opinion au regard de son style de direction.  Si on compare la réalité à la perception du résultat faiblesse de méthode et inconstance dans l’action. Politique en quasi-rupture avec ses engagements de campagne, symbolisée par la phrase lors du discours du Bourget : "Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance". La promesse de politique sociale s’est transformée en politique économique jugée trop libérale.

Le bilan ne pouvait pas être partagé non plus par les Français à cause de l’échec en matière d’emploi et de lutte contre le chômage. L’engagement sur l’inversion de la courbe du chômage était trop risqué, relevant du quitte ou double. Les règles statistiques ont été changées, les formations multipliées, les demandeurs d’emplois sont passées d’une catégorie à une autre, du ripolinage qui a faussement payé.

Sur la dernière année, le nombre de chômeurs a baissé de 100 000 mais, depuis le début du quinquennat, on en compte 600 000 supplémentaires dans la catégorie A et 1 100 000 toutes catégories confondues. La trajectoire fut la même sous les cinq ans de pouvoir de Nicolas Sarkozy, faisant du chômage un sujet maudit pour les locataires de l’Elysée.

Par où a pêché François Hollande sur le plan économique ?

Une fois élu en 2012, le président a mené une politique économique trop consensuelle, pour ne déplaire à personne dans son camp. Politique pas assez radicale par rapport au contexte économique global.

Le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi) est l’exemple parfait. Conscient de la nécessité de donner un coup d’accélérateur à la compétitivité des entreprises, décision a été prise de créer un choc de compétitivité. François Hollande avait entendu le message des patrons sur la nécessaire baisse des charges. Mais pour donner des gages à sa majorité de gauche, il a exigé des contreparties et c’est une usine à gaz qui s’est mise en marche. Une baisse de charges immédiate aurait eu des résultats directs sur l’emploi.

Autre exemple au nom des équilibres politiques, Cécile Duflot et son plan logement désastreux pour le secteur du bâtiment très pourvoyeur d’emplois : 30% de baisse des programmes de construction sur un an, baisse d'un tiers des ventes de logements neufs. Cécile Duflot sera exfiltrée mais trop tard, le mal était fait.

Echec de méthode et de stratégie

Aux affaires, François Hollande n’a pas su profiter de ce qu’on a appelé l’alignement des planètes, composée de la baisse conjuguée de l’euro, du prix des matières premières et de la baisse des taux d’intérêt. Occasion manquée de créer un vrai choc fiscal pour aider les entreprises à innover et exporter, gagner de nouveaux marchés.

La configuration du match gauche/droite de la présidentielle telle qu’elle se présente désormais ouvre un boulevard aux programmes de réformes dont les Français sont demandeurs. La campagne va donner corps à de vrais débats clivants. Chacun des candidats aura les mains libres pour vendre des programmes de rupture par rapport à ce qui a été fait – ou pas – durant le quinquennat de François Hollande.