Le brief éco. Benoît Hamon/Manuel Valls, demandez leur programme économique

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Benoît Hamon, Manuel Valls, les deux finalistes du premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste ont chacun une semaine pour convaincre avant le second tour. Convaincre, notamment, sur leur politique économique car les différences sont notables.

Les différences sont notables, à l'image des courants que représentent les deux hommes : la gauche de gouvernement pour Manuel Valls, la gauche protestataire pour Benoît Hamon. L'aile droite du Parti socialiste pour le premier, l'aile gauche pour le second.

Le consensus se fait sur les questions sociétales, dans la suite du mariage pour tous initiée par Christiane Taubira : PMA ouverte aux couples homosexuels ; droit de vote des étrangers aux élections locales (promesse de François Hollande en 2012) et interdiction du gaz de schiste.

Sinon, entre le revenu universel, les impôts et les contraintes budgétaires, les deux hommes sont éloignés sur bien des points, ce qui sera d'ailleurs très probablement un des arguments forts de leur campagne pour le second tour de la primaire de la bell alliance populaire. Peut-être plus fort encore dans la cour de Manuel Valls, arrivé second. L'ancien Premier ministre a déjà qualifié le programme Hamon d' "infinançable". Un terme que l'ancien Premier ministre ne manquera pas de marteler d'ici le second tour prévu dimanche 29 janvier.

De vrais clivages

La différence se trouve essentiellement sur le revenu universel, défendu par Benoit Hamon. Sa mise en place signifie entre 300 et 400 milliards d'euros à trouver pour le financer, notamment en taxant les robots. Cela reviendrait à imposer une taxe supplémentaire aux entreprises et irait à contresens de l'histoire industrielle. Ce revenu universel est d'ailleurs rejeté en l'état par Manuel Valls qui défend plutôt un revenu "décent" fusionnant les minimas sociaux et ouvert aux 18-25 ans. Mais on ne parle pas de Revenu universel. Coût de financement : huit milliards d'euros.

Sur le CICE, Valls le maintient au nom de la stabilité fiscale pour les entreprises. Benoît Hamon veut de nouveau conditionner cette aide à des résultats concrets sur l'emploi.

Vrai clivage également sur l'emploi. Benoît Hamon veut l'abrogation immédiate de la Loi Travail. Hors de question pour Manuel Valls qui veut, lui, défiscaliser à nouveau les heures supplémentaires (une mesure adoptée par la droite puis supprimée par la gauche).

Pouvoir d’achat : Manuel Valls veut revaloriser la prime d’activité et augmenter les petites retraites ; Benoît Hamon entend revaloriser le smic et les minima sociaux de 10%, fusionner le CSG et l'impôt sur le revenu.

Energie, protectionnisme et Europe

Sans parler de consensus, l'énergie est moins clivante entre les deux hommes : Benoît Hamon veut 50% d’énergie renouvelable dès 2025 quand Manuel Valls prône le maintien du nucléaire et le développement de renouvelable. Il veut également instaurer une taxe carbone sur les produits américains si l'accord de la COP21 sur le climat est remis en cause par Donald Trump.

Sur les questions de protectionnisme et d'Europe, Manuel Valls est d’accord pour taxer tout produit  "entrant" en violation des règles sociale et environnementales européennes, mais qu'est-ce que cela veut dire dans les faits ? Quant à Benoît Hamon, il propose l'annulation de la dette contractée par les pays européens. Mais là encore, cette décision ne peut être prise unilatéralement par un seul Etat membre.

Reste la question du financement de ces programmes

Le financement de long terme pendant le quinquennat, dans les marges des contraintes européennes. On en vient au fameux critère des 3% de déficit budgétaire par rapport à la richesse produite par le pays (le PIB). Benoît Hamon refuse de maintenir le déficit à 3%. "Inatteignable, dit-il, dès lors qu'il faut procéder à des investissements publics importants". Donc, on laisse filer le déficit, ce que ne veut pas faire Manuel Valls en maintenant la proportion tout juste sous la barre des 3% mais sans chercher à le réduire davantage.

Il existe donc de vrais points de clivage entre les deux hommes sur le plan économique, beaucoup plus que sur le plan sociétal. Un regret toutefois du côté des observateurs et des jeunes chefs d'entreprise : l'absence de propositions - et tout simplement d'ambition - pour les questions liées au numérique. Ce sont pourtant l'économie, les emplois et les nouvelles relations sociales de demain. Un univers malheureusement trop absent du programme des deux finalistes à la primaire organisée par le PS et ses alliés.

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