Le billet vert. L'incendie de Lubrizol : les questions qui restent en suspens

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Le Premier ministre a promis une transparence totale sur l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, de jeudi dernier. Lundi, toutes les écoles doivent rouvrir après un grand nettoyage ce week end, mais plusieurs questions demeurent sur la pollution laissée par ce gigantesque incendie.

Toutes les écoles de Rouen et de son agglomération doivent rouvrir lundi 30 septembre. Cela fait suite à l'incendie jeudi qui a ravagé l'usine Lubrizol. Plusieurs questions persistent.

Jusqu'où va cette pollution ? Elle s'étend bien au-delà de Rouen et du département de Seine-Maritime puisque le vent a poussé les fumées jusqu'en Belgique et même aux Pays-Bas où l'on cherche les traces de cet incendie. La pluie a fait retomber au sol des suies noirâtres et il reste une forte odeur d'essence autour de Lubrizol. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn l’a d'ailleurs reconnu vendredi : toute la ville est polluée. Une pollution de long terme laissée par les hydrocarbures qui ont brûlé alors que le préfet, Pierre-André Durand évoquait jeudi une absence de toxicité aigüe. Le colonel des pompiers Jean-Yves Lagalle l'a bien expliqué. Les soldats du feu n'avaient pas à faire avec un nuage de chlore ou d'une substance qui tue ou blesse immédiatement mais il reconnaît que les fumées sont toxiques avec de potentiel effet sanitaire sur le long terme. 

Des questions sur la mesure de la qualité de l'air

Le préfet l'a dit samedi la qualité de l'air est normale, c'est-à-dire qu'elle n'est pas plus mauvaise que les jours de pollution de fond aux particules. Le problème c'est qu'en pleine crise jeudi dernier, la publication de l'indice de mesure de la qualité de l'air fait par l'association indépendante Atmo Normandie a été suspendu. Pourquoi ? Parce qu'il n'était pas fiable. Les stations de mesures de l'association n’étaient sous le panache de fumées et elles ne contrôlent pas tous les polluants. Les ingénieurs d'Atmo dans un souci de cohérence avec les consignes aussi de la préfecture de limiter les déplacements ont donc stoppé la publication de leur indice et ont envoyé des moyens mobiles pour mesurer les polluants. Des analyses sont en cours en laboratoire. Atmo Normandie promet de donner ses résultats dans les prochains jours. Mais pour de nombreux habitants, il aurait été préférable de pouvoir compter en pleine crise sur un indicateur indépendant. Cette polémique pose la question des moyens des associations de mesure de la qualité de l'air. Peuvent-elles mesurer tous les polluants ? Peuvent elles avoir plus de stations de mesures fixes ? Peuvent elles communiquer librement leurs résultats ? 


Pollution des denrées alimentaires et de l'eau


Il faut savoir ce qui a brûlé pour prendre les mesures les plus adaptées et limiter l'exposition de la population à cette pollution de long terme. On se doute que ce sont des hydrocarburants mais lesquels : furanes, dioxynes, benzopyrène ? Pour de nombreux experts, les HAP, hydrocarbures arômatiques polycycliques sont cancérigènes mais encore faut-il connaître leur quantité. Tant que l’on ne sait pas exactement, il est difficile de mesurer le niveau de pollution et de trancher sur : faut-il jeter toutes les récoltes souillées ou pas ? Faut-il s'inquiéter pour la faune et la flore ? En attendant les préfectures multiplient les recommandations en consignant les fruits, les légumes, le lait, les œufs ou le miel. Elle a demandé des analyses sur certaines denrées tests mais impossible de tout contrôler. C'est pourquoi certains habitants ont lancé une cagnotte pour financer leur propre analyse. Même chose sur la pollution de l'eau: il est trop tôt pour donner des conclusions ou voir des pollutions des nappes phréatiques. La surveillance est revanche est de mise pour ceux qui récoltent les eaux de pluie et sur les points de captage qui se font directement dans la Seine .

Qu'est ce qui a provoqué l'incendie ?

Il faudra sans doute des mois d'enquête pour savoir ce qu'il s’est passé sur le site de Lubrizol. L'usine avait déjà connu un incident grave avec une fuite de mercaptan en janvier 2013 suite à une erreur de manipulation. Elle avait investi dans plus de sécurité et écopée d'une condamnation et d'une amende de 4 000 euros en 2014. Les inspecteurs de la Dreal de Normandie (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) avaient inspecté le site 20 jours avant l'incendie. Dans une note, ils estimaient même que le risque d’un incendie sur le site était d’"une fois tous les 10 000 ans". Une phrase un peu maladroite mais on comprend que selon eux la probabilité était très faible. Plusieurs enquêtes sont en cours pour comprendre les causes de l'incendie.

Vous êtes à nouveau en ligne