Le billet sciences du week-end. Fake news et Covid-19 : pourquoi une telle propagation ?

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Depuis le début de la pandémie, le phénomène des fake news a pris une ampleur telle, que l’on parle désormais d’infodémie.

Le billet sciences du week-end explique comment la désinformation s’est autant propagée ces derniers mois, avec les précisions de Thomas Huchon, journaliste et spécialiste des réseaux sociaux. Il a réalisé plusieurs documentaires sur la désinformation et les fake news, notamment Infodemic, comment le Covid est devenu la machine à conspi (Spicee, 2020).  

Des faux remèdes au complot  

Sur les réseaux sociaux, on trouve toutes sortes d’informations sur le coronavirus. Il y a d’abord eu les faux remèdes pour soigner le Covid-19 par la chaleur, ou avec du gingembre, de l’ail ou de l’alcool concentré. Des théories ont aussi vu le jour sur le mode de transmission du virus.

L’arrivée de la vaccination a ainsi vu refleurir les fake news sur l’implication de la 5G dans sa propagation. La plus fréquemment rencontrée : l’implantation d’une puce 5G sous notre peau lors de la vaccination.

Des complotistes ont récupéré le schéma du circuit imprimé d’un instrument électronique et ont expliqué que c’était le schéma du circuit imprimé de cette fameuse puce 5G secrète. En fait, il s’agit du circuit d’une pédale pour guitare électrique, qui a l’immense désavantage de pousser la fréquence de la corde de guitare à 5 GHz… donc 5G.

Thomas Huchon, journaliste, spécialiste des réseaux sociaux

D’autres vont même jusqu’à soupçonner un complot : 26% des Français et 29% des Américains pensent que ce virus a été "créé" en laboratoire, certains internautes soutenant même l’implication de l’élite mondiale dans ce projet, pour éliminer les plus fragiles.  

Stopper les fake news sur le coronavirus. Illustration
Stopper les fake news sur le coronavirus. Illustration (SORBETTO / DIGITAL VISION VECTORS / GETTY IMAGES)

Un contexte anxiogène  

Cette augmentation de la désinformation peut être expliquée par le climat anxiogène de la pandémie. La peur, l’incertitude, sont des émotions favorables à la simplification de la réalité. Dans Thinking, fast and slow (Farrar, Straus and Giroux, 2011), le psychologue Daniel Kahneman distingue deux systèmes de pensée dans le cerveau humain. Le premier système utilise des raccourcis mentaux pour simplifier la réalité, tandis que le second système a recours à l’analyse face à une réalité plus complexe. Lorsque nous ressentons des émotions fortes, comme en période de pandémie, nous avons tendance à utiliser le premier système, plus intuitif.  

Des plateformes responsables ?  

Que ce soit Facebook, Twitter, Instagram ou YouTube, pour ne citer qu’elles, les géants du numérique ont un objectif commun : maintenir l’utilisateur le plus longtemps possible sur la plateforme.

Tout ce qui compte, c’est l’attention qu’on va capter chez vous. Plus vous vous maintenez sur le réseau social, plus vous donnez d’informations sur vous, plus ces informations sont utilisées, et plus les plateformes vendent des publicités et gagnent de l’argent.

Thomas Huchon, journaliste

Lorsque ces algorithmes agrègent des informations sur les utilisateurs connectés, ils spécialisent les contenus proposés, jusqu’à ne plus offrir aucune contradiction.

Quelle issue ?  

Pour Thomas Huchon, la réponse à cette crise de l’information doit passer par la loi. Les plus concernés par ce besoin de réglementation de l’information sur Internet sont les plus jeunes qui, pour 78% des moins de 25 ans, déclarent utiliser, entre autres, les réseaux sociaux pour suivre les actualités.

L’éducation sera la seule béquille sur laquelle nous pourrons nous appuyer. Il y a une vraie lueur d’espoir en allant dans les écoles. Et en même temps, on ne pourra pas faire l’économie de former les adultes. Il y a, à mon avis, un gros travail à faire dans les entreprises. 

Thomas Huchon

Retrouvez ci-dessous l'interview complète de Thomas Huchon.

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