Le billet sciences du week-end. Comment offrir une seconde vie à nos déchets organiques ?

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Représentant 30% de nos ordures ménagères, les déchets organiques disposent d’un fort potentiel de revalorisation en compost ou par méthanisation. Cependant, peu de ces déchets bénéficient de cette seconde vie, faute de collecte séparée. 

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Depuis quelques années, le tri des déchets est entré dans notre quotidien et devient de plus en plus systématique. En revanche, ces pratiques restent encore peu répandues pour nos déchets organiques, à savoir nos restes alimentaires, les déchets agricoles ou de jardin et certains emballages.  

Un gaspillage alimentaire colossal, et des solutions 

Au niveau mondial, ce sont 41 tonnes de denrées alimentaires qui sont jetées chaque seconde, soit un tiers de la production globale de denrées alimentaires dédiée à la consommation. Par la suite, 80% de ces déchets sont enfouis, incinérés, ou stockés dans des décharges. Ces méthodes de traitement engendrent des risques sanitaires et émettent du dioxyde de carbone et du méthane. Ces gaz à effet de serre contribuent alors au réchauffement climatique.  

Toutefois, des solutions existent. De plus en plus de particuliers et d’industriels produisent du compost. Entre 2000 et 2016, la production de compost en France a plus que doublé selon l’ADEME. L’autre voie de valorisation de ces déchets est la méthanisation. À partir de la fermentation des déchets organiques, il est possible de produire du biogaz.   

Une poubelle de compost, très utile pour le jardinage. (Illustration)
Une poubelle de compost, très utile pour le jardinage. (Illustration) (GETTY IMAGES / DIGITAL VISION)

Nous pouvons prendre comme analogie la digestion humaine. On transforme la matière organique, qui est incluse dans les déchets organiques ou dans les boues de station d’épuration, en digestat et en biogaz. 

Jean-Marc Boursier, directeur général adjoint du groupe Suez

Aujourd’hui, 1 000 usines de méthanisation permettent de fournir plus de 400 000 habitations en énergie. On utilise parfois des ressources étonnantes, comme le jus de choucroute en Alsace, qui fournit 1 500 foyers en électricité. À Lille, ce sont les bus de l’agglomération qui roulent "grâce à vos déchets".  

La station de traitement des eaux du Grand-Nancy, à Maxéville, le 4 septembre 2019. Des travaux de construction des deux nouveaux digesteurs de boues d\'épuration sont en cours en 2021 pour installer deux unités de méthanisation pour produire du biogaz. 
La station de traitement des eaux du Grand-Nancy, à Maxéville, le 4 septembre 2019. Des travaux de construction des deux nouveaux digesteurs de boues d'épuration sont en cours en 2021 pour installer deux unités de méthanisation pour produire du biogaz.  (CEDRIC JACQUOT / MAXPPP)

Et dans nos toilettes ?  

Nos eaux usées sont aussi une source importante de déchets organiques. Chacun d’entre nous produit 70 kg d’excréments par an. Avec près de 8 milliards d’êtres humains sur Terre, nous arrivons à une production de 400 millions de tonnes d’excréments humains valorisables par an.  

Il s’agit aussi d’un enjeu de santé publique. Dans le monde, au moins 1,8 milliard de personnes dans le monde dépendent d’une source d’eau potable contaminée par des résidus fécaux. Là encore, des solutions existent, comme dans l’agglomération de Strasbourg en France, avec le projet Biovalsan.   

Biovalsan est la première unité en France où on a produit du biogaz par méthanisation à partir de boues de station d’épuration. On les a purifiées et mises à disposition d’un réseau public de transport. Les habitants peuvent se déplacer d’un point A à un point B dans l’Eurométropole de Strasbourg grâce à leurs déchets et à leurs boues de stations d’épuration.

Jean-Marc Boursier

L’enjeu est aussi important dans les sites naturels sensibles, où se combinent pression touristique, sécheresse, aridité et exiguïté. Des réglementations draconiennes sont en vigueur : les randonneurs ont la formelle interdiction de laisser une quelconque trace de leur passage, y compris de leurs déjections. Pour répondre à ce casse-tête, l’auteure Kathleen Meyer a par exemple publié récemment l’ouvrage Comment chier dans les bois, pour une approche environnementale d'un art perdu...aux éditions Edimontagne.  

Quel impact carbone ?  

Cette production d’électricité par méthanisation permet de créer un nouveau cercle vertueux, malgré un impact carbone toujours présent.

"Les déchets des uns deviennent des produits pour les autres. Ce biogaz vient se substituer à un gaz d’origine fossile. Est-ce que pour autant c’est un procédé qui est totalement neutre en carbone ? La réponse est non, puisque nous avons encore 35% de molécules de CO2 dans ce biogaz", précise Jean-Marc Boursier.

Cette tendance devrait parallèlement s’accélérer dès 2023 avec l’obligation d’un tri et d’une collecte séparée des déchets organiques en Europe. Le tri de nos déchets organiques est donc un enjeu d’avenir conséquent, qui reprend fièrement la célèbre formule du chimiste Antoine Lavoisier, "Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme".  

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