Le billet sciences du week-end. 10 ans après Fukushima, la sûreté nucléaire repensée

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Il y a dix ans, le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 et un gigantesque tsunami touchent la centrale de Fukushima au Japon. S’en est suivie une profonde remise en question du secteur pour repenser la sûreté nucléaire mondiale.

Le 11 mars 2011, une vague de plus de 23 mètres de haut arrive sur le site nucléaire de Fukushima Daiichi au Japon. Les installations de secours et les circuits de refroidissement se retrouvent inondés. Trois des six réacteurs de la centrale entrent en fusion et libèrent des produits radioactifs dans l’atmosphère. 

Devant l’ampleur de l’accident, la filière nucléaire se questionne et met en place un plan post-Fukushima pour s’adapter aux nouveaux enjeux de la sûreté des installations.

Penser l’inimaginable  

L’enjeu principal est d’envisager tous les risques possibles et leurs solutions. Séismes, tornades, inondations, attentats. Il faut penser à tout et prévoir tous les scénarios.  

On a un système en cascade. À chaque fois que l’on considère un événement, les exploitants, tels que EDF, définissent une parade. On imagine ensuite quelle autre parade proposer si celle-ci venait également à être perdue.

Karine Herviou, directrice générale adjointe de l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

C’est ce qu’on appelle en aviation le modèle de James Reason. Dans ce domaine, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) joue un rôle de premier plan. Elle élabore la réglementation et contrôle régulièrement la conformité des installations nucléaires.    "On a renforcé les dispositions de gestion de crise qui peuvent maintenant faire face à un accident sur tous les réacteurs d’une même centrale. Il y a des exercices de grande ampleur tous les quatre ans sur chaque site nucléaire où l’on va simuler les actions de protection de la population", explique Julien Collet, directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire. 

Les mêmes règles pour tous  

La sûreté des installations nucléaires est évaluée selon des normes universelles pour tous les sites français, qu’ils soient vieillissants ou de toute nouvelle génération. Le point de repère pris par les autorités : l’EPR de Flamanville. Ce réacteur à eau pressurisée devrait améliorer la sûreté et la rentabilité de la production énergétique dans les prochaines années.  

Visite du chantier de l\'EPR de Flamanville le 30 mai 2017.
Visite du chantier de l'EPR de Flamanville le 30 mai 2017. (PHOTOPQR / OUEST FRANCE / MAXPPP)

Pourtant, les travaux de cet EPR patinent encore. Mercredi 17 mars, l’ASN a demandé des travaux supplémentaires à EDF. Un coup dur pour ce chantier qui a déjà 10 ans de retard. Avec un coût estimé à plus de 3,3 milliards d’euros à l’origine, l’EPR de Flamanville en coûtera probablement le triple, voire encore davantage selon la cour des comptes.  

La fusion, le Graal du nucléaire  

La technologie qui révolutionnerait véritablement le secteur du nucléaire serait la fusion. La mise en œuvre industrielle de ce procédé permettrait d’obtenir une énergie à volonté, sans émissions de CO2, sans risques majeurs et sans déchets.   Passer du rêve à la réalité demande toutefois beaucoup de recherche. La fusion consiste en l’union de deux noyaux d’hydrogène, processus qui a lieu sur le soleil ou dans les étoiles.  

Pour essayer de reproduire ce phénomène, le projet ITER a été lancé en 2006. En amenant les noyaux à 200 millions de degrés en son cœur, ce soleil artificiel permettrait de faire de la fusion une solution énergétique à plus grande échelle. Mais il reste encore beaucoup de difficultés techniques à résoudre.  

Saint-Paul-lez-Durance dans les Bouches-du-Rhône, le 31 octobre 2013 : vue des travaux de préparation des fondations en béton armé du complexe Tokamak pour le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor). 
Saint-Paul-lez-Durance dans les Bouches-du-Rhône, le 31 octobre 2013 : vue des travaux de préparation des fondations en béton armé du complexe Tokamak pour le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor).  (PHOTOPQR / NICE MATIN / MAXPPP)

Un risque persistant  

Depuis Fukushima, le fossé s’est creusé entre pro et anti-nucléaires. Les premiers mettent la priorité sur la lutte contre le réchauffement climatique, en affirmant que les énergies renouvelables ne suffiront pas, notamment faute de stockage. Les seconds prétendent le contraire et mettent en avant les risques encourus. 

On est face à une possibilité du risque très faible, avec des conséquences qui peuvent être extrêmement graves, comme la contamination d’une région, rendue alors inaccessible pendant des années, voire des décennies.

Thierry Salomon, fondateur de l’association Négawatt

Le site de l'association Négawatt.

Entre amélioration de la sûreté et risque d’accident, le nucléaire poursuit donc ses recherches pour élaborer de nouvelles techniques de production énergétique.

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