"Gilets jaunes" : "Le mouvement va gagner en consistance", estime Ugo Bernalicis

Invité sur franceinfo samedi, le député LFI du Nord, Ugo Bernalicis, espère que les "gilets jaunes" seront nombreux à se mobiliser avec le moins de violence possible.

"Je pense que le mouvement [des "gilets jaunes"] va gagner en consistance, y compris sur la capacité d'auto-organisation", a déclaré samedi 24 novembre le député du Nord (LFI) Ugo Bernalicis, invité politique de franceinfo, alors que les "gilets jaunes" se mobilisent à Paris. Même s'il reconnaît que le mouvement "part dans tous les sens", il espère "qu'ils seront nombreux à se mobiliser et que ça se passera avec le moins de violences possibles parce que l'on sait très bien qu'il y en aura", a-t-il ajouté.

franceinfo : Est-ce un problème le manque d'organisation dans ce mouvement ?

C'est un problème et en même temps c'est ça qui permet aux gens de se mobiliser. Il y a quand même dans le pays, notamment dans les secteurs ruraux, une défiance envers les cadres organisés que ce soit les syndicats, les partis, etc. On l'avait nous-mêmes analysé, c'est pour ça qu'on a employé la forme "mouvement" pour faire de la politique et non plus la forme de partis traditionnels. Les gens apprennent au fur à mesure, c'est-à-dire qu'au début, c'est un peu brouillon et puis finalement, ils finissent par se retrouver un peu plus souvent pour dire cette fois-ci on va aller à Paris, cette fois, on va se retrouver sur telle place, cette fois-ci, on va aller devant la préfecture plutôt que de bloquer un rond-point. Je pense que le mouvement va gagner en consistance y compris sur la capacité d'auto- organisation.

Qui sont-ils ces "gilets jaunes" ?

On ne sait pas qui ils sont. C'est la masse des gens qui se mobilisent et c'est ça aussi qui est intéressant. Cela correspond à une injustice qui est ressentie concrètement dans le pays, entre les cadeaux qui sont faits aux plus riches notamment sur l'ISF, l'impôt de solidarité sur la fortune qui a été supprimé et puis là, la hausse du carburant qui touche les plus démunis. Après, quand vous discutez avec les gens, ça part dans tous les sens. Il y en a qui vont vous parler d'écologie, de la casse de la SNCF, d'autres qui vont vous parler de la hausse de leur mutuelle, de leurs assurances etc.

Étiez-vous pour augmenter encore la taxe carbone ?

En réalité, notre programme était très clair déjà pendant l'élection présidentielle. Il est encore plus clair maintenant avec les épisodes actuels. C'est d'abord, on taxe les plus polluants, les plus gros, ceux qui peuvent payer, donc les grandes entreprises, avant de s'attaquer aux particuliers. Il faut mettre en œuvre les propositions concrètes qui permettent de se passer de la voiture. Un seul bateau pour le transport maritime c'est l'équivalent d'un million de voitures. Alors, on peut faire semblant de ne pas voir, de se mettre des œillères et de dire que vaut mieux taxer le million de voitures. Moi je n'y crois pas. Est-ce que cela veut dire qu'on renonce à la hausse en janvier de la taxe carbone sur les particuliers ? Oui, très clairement. L’essentiel de la hausse du carburant ne sera pas employé à la transition énergétique, seulement une partie minoritaire. L'essentiel va servir à renflouer les caisses de l'État parce qu'on fait des cadeaux aux plus riches. Ce qu'est en train de réussir à faire le gouvernement c'est de rendre impopulaire cette bataille pour l'écologie politique, qui devrait être portée par la masse des gens. C'est ça qui est dingue dans cette histoire. Et puis, est-ce que c'est comme ça qu'on va régler le problème juste en augmentant le carburant ? Il faut investir massivement dans les transports en commun pour tendre, le plus possible, vers la gratuité.

Est-ce que vous croyez que c'est dans les priorités du gouvernement ?

Non pas du tout, c’est le contraire qui est fait. Donc à un moment donné c'est insupportable pour les gens. Il y a tout un tas de cas concrets qui montrent qu'il n'y a pas de volonté politique et qu'on est dans une écologie malheureusement punitive. Le gouvernement prévoit des concertations sur tout le territoire. Est-ce un premier bon pas ? Discuter, échanger, c'est toujours intéressant. Mais, on est en train de fermer le tissu industriel, on le délocalise, on le laisse partir à l'étranger. C'est le cas dans le Nord pour Ascoval. On va faire venir de l'acier de l'autre bout du monde et après on se dit : 'ah ben non quand même'. A un moment donné, j'ai l'impression qu'on se moque du monde et donc il faut avoir une politique ambitieuse dans tout un tas de domaines : relocalisation de l'emploi, relocalisation de l'économie, relocalisation des déplacements aussi et des services publics et si on fait tout ça, on peut espérer atteindre les objectifs que le gouvernement précédent s'est fixé dans le cadre de la COP 21.

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