"En France, le débat sur le désarmement nucléaire est exclu" (Patrice Bouveret)

Alors que le Japon commémore cette semaine les 68 ans des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, le débat sur le désarmement nucléaire s'invite de nouveau dans l'actualité. Patrice Bouveret, directeur de l'Observatoire de l'armement, un centre d'expertise et d'information indépendant, s'inquiète du silence de la France sur ce sujet.

Selon Patrice Bouveret, 20.000 bombes nucléaires seraient aujourd'hui opérationnelles dans le monde. Le directeur de l'Observatoire des armements explique que les Etats-Unis et la Russie se répartissent 95 % de l'armement nucléaire mondial, tandis que les autres puissances du Conseil de Sécurité de l'ONU - la Chine, la France et le Royaume-Uni, en possèdent de 200 à 300 chacun. Le reste est entre les mains d'Etats qui ont obtenu la puissance nucléaire sans autorisation des Nations unies (Inde, Pakistan, Israël), et qui ont une centaine de bombes à leur disposition.

Un drame humanitaire ingérable en cas d'explosion nucléaire.

Des armes puissantes, dont on ignore réellement la portée selon Patrice Bouveret :

"La bombe de Hiroshima sert d'unité de mesure. Mais les bombes qui sont fabriquées aujourd'hui sont d'une puissance et d'une précision bien plus forte. "

Si une explosion atomique venait à se produire, les instances internationales ne seraient pas capables de gérer le drame humanitaire que cela provoquerait.

S'il est peu probable que les pays qui possèdent aujourd'hui la puissance atomique en fassent usage, Patrice Bouveret ne croit pas non plus que ces Etats envisagent de renoncer à leur arsenal : "Cela leur permet d'avoir un rôle prépondérant sur la scène internationale et d'assurer leur puissance. L'armement nucléaire reste un outil pour assurer sa domination au niveau régional, voire international pour les Etats-Unis et la Russie ".

Pour arriver à une élimination des armes nulcéaires, il faudrait un cadre international et un système de véfirication auquel tous les Etats se plieraient. Un consensus qui a peu de chance de voir le jour.

Le désarmement nucléaire, débat interdit en France



Les militants qui vont jeûner pendant quatre jours à Paris, en Allemagne et au Royaume-Uni
réclament un désarmement nucléaire total de la part des gouvernements du monde entier. Patrice Bouveret rappelle que ce débat a longtemps été tabou sur la scène itnerntionale, jusqu'à l'élection de Barack Obama à la Maison blanche :

"Obama a permis de débloquer la situation pour que puisse se développer un débat sur le désarmement. Au niveau interne, il a réussi à réduire le nombre d'armes nucléaires des Etats-Unis, et à inciter la Russie à en faire de même. Mais son influence se limite à ces négociations, il n'a pas vraiment pu engager un débat sur le désarmement".

Le directeur de l'observatoire des armements regrette que ce débat soit "bloqué " en France. La question du nucléaire n'a pas été abordée par le Livre blanc de la Défense, qui fixait en avril dernier le cadre budgétaire de l'armée française jusqu'en 2019. Des crédits ont même été débloqué pour développer la nouvelle génération de sous-marins et de missiles nucléaires. "La France a établi la perspective de modernisation de l'arme nucléaire pour les 50 ans à venir ", constate amèrement le spécialiste des armements.

Pourtant, le désarmement est possible, puisque Patrice Bouveret rappelle que "au plus fort de la course aux armement nucléaires, 70.000 bombes étaient opérationnelles. Aujourd'hui, il y a moins de 20.000. On en a demantelé 50.000, donc on sait comment faire ". En France, leur nombre a été divisé par deux : de 600 bombes au plus fort de la course aux armements, le pays n'en possède plus que 3000.

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