Tensions, invectives, manifs : où va le débat public ?

Quel est donc ce pays où tout le monde s'affronte ? C'est la France.

Noms d'oiseaux, insultes au
président, agressions, le genre est séculaire, mais le débat public a pris ces
derniers temps un tour inédit, voire haineux, " une forme de dégénérescence "
comme l'a dit l'ancien garde des sceaux Robert Badinter, dans  un entretien au Parisien dimanche . Ce
n'est pas la peine d'aller bien loin pour illustrer cette dérive, qui donne la
sensation que les uns et les autres - passez-moi l'expression - ont envie de se
" foutre sur la gueule ", des mots puisés dans notre vieux français, et qui veulent bien dire ce qu'ils veulent dire. 

Quel est votre palmarès ?

C'est le pétage de plomb de
Patrick Balkany, le député-maire de Levallois, qui arrache la caméra d'un journaliste
de BFMTV. C'est la colère d'Henri Guaino qui se lève en plein débat avec
Jean-Luc Romero sur France 5, revisitant plus de quarante ans après le
" Messieurs les censeurs je vous salue " lancé par Maurice Clavel,
quittant le plateau de l'émission à Armes égales. C'est surtout le cortège du
Jour de colère, où une haine anti-Hollande exacerbée s'est largement exprimée, avec
des militants d'extrême droite hurlant " dehors les Juifs " et menaçant
des journalistes traités de " collabos ". Nous nageons en plein
délire. Robert Badinter aurait souhaité " des réactions plus vives "
de la part des responsables politiques de tous bords. La société reste sans
voix, sans réaction face à ce défilé de la haine, dont les précédents remontent
à l'Occupation. 

Le débat droite-gauche est empoisonné ?  

Venimeux ! Il suffisait
de regarder hier sur France 3 et LCP la séance des questions au gouvernement :
qu'est ce qu'ils se mettent ! Ce n'est pas nouveau, la bagarre dure depuis

  1. Mais avec l'accélération des choses et en l'absence de résultats, le
    désaveu du politique est aujourd'hui total. Les Français se sentent déconnectés
    de cet affrontement binaire coupé du monde réel, parce que nous
    ne sortons pas de la crise. Le pragmatisme allemand qui donne une Angela Merkel
    gouvernant avec sa gauche devrait nous inspirer. 

Pourquoi ça ne marche pas chez nous ?  

Nous sommes dans un pays de
manifs, de sondages, de débats frontaux, mais
il n'y a pas de place pour la réflexion collective. Le constat est celui de
Jean-Claude Ameisen, le président du Comité consultatif national d'éthique,
consulté sur la fin de vie et qui planche sur la PMA. Le comité soumet les
thèmes qui nous agitent à des conférences citoyennes, dont les membres sont
issus de tous les horizons politiques et sociaux. Les lois sont difficilement
applicables parce qu'elles émanent d'un seul camp. Nous vivons une société fragmentée, courtermiste, avec un pouvoir aculé qui répond au coup par
coup à des revendications catégorielles. 

Que faudrait-il faire pour recréer du lien ?  

Il faut retrouver un
leadership, parler de manière forte à l'ensemble des Français, parce qu'il
n'est plus possible de contenter un camp contre un autre, gauche et droite
étant elles-mêmes traversées par de puissantes lignes de fracture. Sans incarnation du chef, toutes les extravagances sont
permises et le cassage de gueule va continuer. Le chantier auquel est confronté François Hollande est immense. La proximité des municipales et des
européennes provoque ce vent de folie qui exige détermination et clarté pour
apaiser les tensions.Nous en sommes loin. 

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