Polémique à gauche sur les roms : François Hollande ne bougera pas

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Toujours la polémique sur les Roms.  La fermeté prônée par Manuel Valls divise la majorité. Mais la fracture à gauche va bien au-delà. Et le président de la république n'interviendra pas.

Le week-end n'aura pas été
synonyme d'apaisement : le climat dans les rangs du gouvernement est
désormais explosif. Manuel Valls juge "insupportables" les
critiques à son égard, depuis qu'il a émis des doutes sur la capacité des roms
à s'intégrer. Après la charge musclée de Cécile Duflot accusant son collègue de
mettre en danger le pacte républicain, Benoit Hamon s'y est mis à son tour, en
parlant de "transgression" à gauche. Au rythme où vont les choses,
cela va bientôt finir comme du temps de Gaston Defferre, illustre occupant,
jadis, de la place Beauvau : au pistolet ou à l'épée, devant témoins.

La controverse porte sur un malentendu

Pour Cécile Duflot et ses
amis, il y a tromperie sur la marchandise. La gauche qui a porté François
Hollande à l'Elysée a fait campagne à l'unisson contre Nicolas Sarkozy et
les  marqueurs négatifs de son quinquennat,
au premier rang desquels figurait le discours sécuritaire de Grenoble du 30
juillet 2010. L'ex-président avait alors été accusé par ses détracteurs de
stigmatiser les roms et de tenir des propos antirépublicains, dans la lignée de
ceux du Front National. Une partie de la gauche reproche aujourd'hui à Manuel
Valls d'avoir repris le flambeau sur le même thème, et dans la même veine. De
faire du Sarkozy avant les municipales, alors que la gauche justement s'est
mobilisée contre ça.

Que dit Manuel Valls pour se défendre ?

Il reproche à Cécile Duflot
et à tous ceux qui s'en prennent à lui, de verser dans la philosophie des bons
sentiments et d'ignorer la menace électorale du FN dont ils feraient le jeu.
Manuel Valls, qui a la charge du maintien de l'ordre public, revendique le
principe de réalité, avec des populations dans la misère que les élus locaux
sont dans l'incapacité de gérer. Le ministre de l'Intérieur estime que s'il ne
fait rien, la situation deviendra ingérable, et pour les quinze à vingt mille
Roms répartis dans près de quatre cents bidonvilles, et pour la gauche qui sera
de nouveau accusée d'angélisme sur les questions de sécurité. Ce qui a coûté
cher à Lionel Jospin en 2002. Manuel Valls en a gardé un souvenir cuisant, lui
qui fut son conseiller en communication à Matignon.

La ligne de fracture est profonde au sein de la
gauche ?

Elle existait déjà lors de la
primaire socialiste. Avec d'un côté une ligne social-démocrate, incarnée par François
Hollande, Manuel Valls, Jean-Michel Baylet. Et les grands barons régionaux, tels
que Gérard Collomb, l'un des seize élus socialistes qui ont signé un appel en
soutien au ministre de l'intérieur. Et de l'autre, une ligne plus à gauche,
portée par Martine Aubry, Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon, qui se retrouvent aujourd'hui
en frontal. Le haro sur Sarko a longtemps masqué ces divergences de fond
qui portent également sur la réforme pénale ou la rigueur économique. Michel
Rocard avait dit en 1990 que la France ne pouvait accueillir toute la
misère du monde, mais devait savoir en prendre sa part. En période de récession
et de chômage, le débat a été tranché par les trois quarts des Français qui donnent
raison à Manuel Valls de vouloir renvoyer les Roms en Roumanie et en Bulgarie.
Encore faut-il, dans les mots, ne pas transformer ces populations fragiles en
bouc-émissaires, qui seraient responsables du mal français.

La controverse ne sera
jamais réellement tranchée ?

François Hollande ne bougera
pas, lui qui a besoin de toutes les composantes de la gauche pour l'année
électorale qui s'ouvre. Un proche de Manuel Valls conclut, fataliste : "On va mettre un mouchoir dessus, et dans une semaine, on parlera d'autre
chose "
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