Nicolas Sarkozy a-t-il décomplexé la parole FN ?

L'Association des Amis de Nicolas Sarkozy se retrouve une nouvelle fois ce mardi à Paris. Une question : Nicolas Sarkozy a-t-il sa part de responsabilité dans la montée du Front national ?

La question mérite d'être posée au surlendemain de
la victoire tranquille du FN à la cantonale partielle de Brignoles. Nicolas
Sarkozy, lors des deux dernières campagnes présidentielles, a largement chassé
en terres frontistes, au point que ses détracteurs l'ont accusé d'avoir
banalisé les thèses du Front national. La menace électorale FN sera bien
évidemment au menu du déjeuner des proches de l'ancien président - près d'une quarantaine-
qui vont se retrouver à l'Entre-Amis à Paris ce mardi midi. Une réunion qui se veut être un pied-de-nez
à la convention sur l'inventaire de Nicolas Sarkozy qu'organise Jean-François
Copé jeudi.

Leur président Brice Hortefeux, qui minimise
l'impact de l'élection de Brignoles, en la justifiant par la forte implantation
locale du FN, estime toutefois qu'il faut entendre ce que disent les électeurs
frontistes. Et propose deux axes pour contrer la montée en force du Front national : ne pas lui abandonner un seul thème, y aller gaiment sur
l'insécurité ou l'immigration. Et attaquer Marine le Pen sur son programme, la
retraite à 60 ans ou encore la sortie de l'euro. Quant à Nicolas Sarkozy, il
serait le seul à avoir fait reculer le Front national, affirme Brice Hortefeux,
qui ajoute : "il y a le feu à la maison, le FN fera trébucher l'UMP partout
où il le pourra".

Nicolas
Sarkozy rempart ou bien accélérateur au sujet du FN ?

Les deux ! L'ancien président a certes libéré
la parole, mais n'a fait qu'accompagner un mouvement déjà en marche. En ce
sens, les deux élections présidentielles sont assez différentes. Pour celle de
2007, celui qui était encore ministre de l'Intérieur a réduit le FN à 10% en
promettant de réussir sur ses thèmes de prédilection, sécurité, immigration,
réindustrialisation de la France. Tout en remettant à chaque fois la République
au cœur de son discours et en faisant de Jean-Marie le Pen son adversaire
personnel.

2012 a été une toute autre affaire : Nicolas Sarkozy a connu
l'usure du pouvoir, les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Les Français
déçus lui ont reproché à tort ou à raison la baisse de leur pouvoir d'achat.
Lui qui a créé un ministère de l'Identité nationale a estimé qu'il y avait trop
d'étrangers sur notre territoire. Son discours de Grenoble sur les Roms restera
un marqueur du quinquennat. Ses franchissements idéologiques ont créé des
convergences avec le FN, une certaine forme de porosité. Une partie de la
droite a fini par se demander quelles différences réelles il y avait entre UMP
et FN, et pourquoi les alliances n'étaient pas possible avec une Marine le Pen
somme toute plus présentable que son père.

Nicolas
Sarkozy est-il toujours sur les mêmes bases ?

Il est en tous les cas en phase avec son électorat. L'ex-président est 8ème du palmarès des leaders politiques du baromètre
Ipsos que publie Le Point , dominé par Manuel Valls. Mais il reste aujourd'hui
largement en tête du classement UMP, devant Alain Juppé, et... Manuel Valls,
plébiscité à droite pour son discours de fermeté sur les Roms.

François Fillon,
qui a assoupli sa position vis-à-vis du FN, pointe loin derrière à la sixième
place. Plus rien ne s'oppose aujourd'hui à un retour en force de Nicolas
Sarkozy pour 2017. Et ce sera sur les mêmes bases qu'hier, avec un échiquier
politique qui s'est déplacé vers la droite, et une pression accrue du Front national. Il n'y a donc pas de raison que cela change...