Municipales : le FN table sur des alliances discrètes avec l'UMP

A un an des élections municipales, le Front national espère toujours passer des alliances avec des candidats UMP. Les deux députés frontistes Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard l'ont encore répété cette semaine. Et sur le terrain, les digues dressées par la direction de l'UMP paraissent poreuses, pour peu que les alliances ne s'affichent pas officiellement comme telles.

Jean-François Copé le répète en toutes occasions, François Fillon ne dit pas autre chose : il n'y aura pas d'alliance. Les trois lettres de l'UMP ne s'afficheront pas aux côtés des deux lettres du FN aux prochaines municipales. Mais si les gardierns ont fermé et vérouillé la porte, l'isolation des murs laisse à désirer. La députée FN du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen, en fait le constat et appelle à des alliances de circonstances sur le terrain, à défaut d'entente entre les états-majors : "On a des propositions de prendre des gens du FN sur des listes apolitiques et on s'adapte en fonction des villes, des villages, parce que notre but, c'est de gagner des villes mais aussi et surtout de rentrer dans le système politique local en ayant des conseillers municipaux les plus nombreux possibles. Aujourd'hui nous sommes des interlocuteurs privilégiés, je vous assure que certains maires sont très inquiets de l'éventualité d'avoir des listes FN face à eux, donc je pense qu'ils vont être amenés à discuter ".

Pour le député UMP de l'Oise, Eric Woerth, un tel raisonnement ne tient pas debout. Ou du moins, il ne faut pas qu'il tienne debout : "Je ne crois pas qu'on puisse séparer le milieu local du milieu national. C'est une question qui ne se pose pas. Déjà, y répondre, c'est mettre le doigt dans l'engrenage. Nous ce qu'on pense c'est qu'il faut essayer de convaincre les électeurs du FN de voter pour nous ".

D'où la stratégie genre droite dure adoptée par l'UMP : celle de la campagne de Nicolas Sarkozy, celle des pains aux chocolats de Jean-François Copé. Une stratégie aux succès jusqu'ici mitigés qui ne convainc pas forcément la base... Selon un sondage CSA pour le site Atlantico, 51% des sympathisants UMP sont favorables à des alliances locales pour les prochaines municipales pour battre la gauche. Ce qu'exprime le député UMP des Yvelines, Jacques Myard : "Il est vain de vouloir dicter les choses dans les appareils parisiens. Les Français sont non seulement libres de leurs choix, mais plus vous allez leur dire non, plus ils vont dire : on fait ce qu'on a décidé dans le secret des urnes ".

Le cas Mancel

Le cas de Jean-François Mancel redevenu député UMP de l'Oise ce week-end à l'issue d'une élection qui l'a opposé au FN au second tour, montre bien que sur le terrain, il existe bien une zone grise, contrairement à ce que souhaitent les responsables de l'UMP. Officiellement, il jure la main sur le coeur que le FN, ce n'est pas son rayon : "Le FN a aimé le raconter pour essayer de me nuire, mais c'est totalement faux puisque je me suis toujours battu aux élections contre le FN. Je n'ai jamais bénéficié du moindre soutien du FN et je m'en flatte en quelque sorte ".

Curieux trou de mémoire car en 1998, Jean-François Mancel a été exclu du RPR pour avoir encouragé des désistement réciproques avec le FN aux cantonales et aux régionales. A l'époque il disait "ne pas voir de raison de refuser le concours des élus FN ". Et le député socialiste ardéchois Olivier Dussopt constate que Jean-François Mancel n'est pas un cas isolé : "Quand on entend certains discours des élus UMP, quand on les voit applaudir les questions posées par le FN ici, la question ce n'est pas de savoir si on redoute qu'il y ait des alliances ni de les craindre, c'est qu'elles auront lieu et qu'au delà des alliances électorales, il y a une porosité des idées qui est déjà là. Donc on verra ce que ça donne ".

Marine Le Pen ne fait pas d'autre constat. Pour tourner l'obstacle d'une étiquette FN trop sulfureuse politiquement pour les élus UMP, elle a relancé son Rassemblement Bleu Marine, sorte de FN qui ne dit pas son nom. Et au besoin, des candidats frontistes pourraient rejoindre des listes officiellement apolitiques, car le véritable objectif du parti en 2014, ce n'est pas tant de prendre beaucoup de villes, mais d'avoir beaucoup d'élus pour consolider un parti qui manque de cadres bien formés.

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