Mais pour qui votent les Manifs pour tous ?

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Jour de colère, Manif pour tous, tous ceux qui ont défilé, pour des motivations diverses, à sept semaines des élections municipales, échappent à la grille de lecture des partis politiques. 

Quand vous posez la question
aux responsables des différents partis politiques jusqu'au Front national, tous
s'accordent à dire, et il ne faut pas avoir fait Sciences Po pour le comprendre,
que ceux qui ont manifesté ces deux derniers dimanches votent essentiellement à
droite, voire à l'extrême droite. L'ensemble reste assez hétéroclite, néoconservateurs
et mouvements catholiques hier, anti-Hollande de tous bords et extrémistes aux
slogans anti-juifs et anti Francs-maçons, jamais entendus depuis les années 30, la semaine précédente : tous sont unis dans la détestation de la gauche au
pouvoir. Les chiffres élevés de participation de ces manifs sont
parlants : la mobilisation de plusieurs dizaines de milliers de
mécontents, alors qu'il ne se passe RIEN, nous donne une idée du niveau
d'inquiétude et d'exaspération de toute une frange de la société.

Les partis politiques s'interrogent sur ce phénomène.

Chacun a sa petite idée sur
la question. Pour Henri Guaino, qui s'est joint au cortège parisien hier, les
manifestants " votent UMP, FN ou rien du tout ". Le député sarkozyste
des Yvelines, qui reproche à son propre parti l'UMP d'être inaudible, accuse les
responsables de gauche de jouer aux apprentis sorciers, pour faire diversion
sur les vrais sujets alors que la crise frappe durement, et ce " en donnant aux extrêmes ce qu'ils veulent ".
Guaino traite au passage François Hollande de " petit monsieur ", ce
qui ne fait qu'ajouter à la violence verbale du moment. Pour l'ancien
conseiller de Nicolas Sarkozy, le chef de l'Etat revisite Mitterrand et nous
refait le coup de la radicalité des années 80.

Le FN devrait capitaliser sur ces mouvements.

Marine le Pen, à propos de
ceux qui ont défilé dans le calme hier, parle de citoyens libres de leur vote,
qui échappent à la grille de lecture des partis traditionnels. Pour la
présidente du Front National, " c'est un théâtre d'ombres. François
Hollande, depuis un an et demi, jette en pâture des sujets clivants qui
remobilisent la gauche, pour occulter les vrais problèmes des Français ".
Quant à l'ABCD de l'égalité expérimenté à l'école, et qui fait l'objet de tous
les fantasmes, " c'est à nous d'élever nos enfants, et pas à l'éducation
nationale ", conclut la patronne du FN, qui est restée en retrait hier,
elle qui n'a même plus besoin de faire campagne.

François Hollande doit-il s'inquiéter de ces manifs
radicalisées ?

L'Elysée a joué la
discrétion : le président se méfie des accusations de " familiphobie "
dont le gouvernement fait l'objet. " Une certitude : ceux qui ont
défilé ne votent pas à gauche ", résume Christophe Borgel. Le monsieur
élections du PS rappelle que " ni la procréation médicalement assistée, ni
la gestation pour autrui ne sont au programme du gouvernement. Quant au mariage
gay et à l'égalité homme-femme dans le travail, c'étaient des promesses de
campagne du candidat Hollande ". Le reste ne se serait que manipulation,
chacun se renvoyant la balle. A court terme, c'est la droite traditionnelle qui
ressort divisée, face à des mouvements qu'elle n'est pas en mesure de canaliser,
au profit d'une Marine le Pen qui veut provoquer un électrochoc aux
Européennes. François Hollande ne se peut se réjouir de cette contestation qui
s'organise dans la rue, ce street party qui échappe à tout contrôle. En
l'absence prolongée de résultats en termes de croissance ou d'emploi, personne
ne sait comment tout cela finira.

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