La gauche et les artistes : divorce en vue

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Le gouvernement essaie de calmer la colère des intermittents. Mais la gauche et le monde de la culture sont au bord du divorce…

C’est une histoire d’amour qui tourne mal. Entre la gauche et les artistes, l’idylle est en train de tourner court. Un homme symbolise cette histoire : Jack Lang, le ministre de la Culture de François Mitterrand. Il est, encore aujourd'hui, un des hommes politiques les plus populaires en France. En 1981, quand la gauche arrive au pouvoir, Jack Lang incarne l’ambition culturelle : un grand ministère ; un grand budget  - 1% du budget de l’Etat, c’est la promesse de 1981. Et aussi de grandes fêtes, comme la fête de la musique.

 

La gauche aime les artistes, elle les encourage, elle les subventionne. Par conviction et parfois par opportunisme. Par conviction, parce qu’elle voit la culture comme une force de progrès. Elle pense que la culture peut rendre l’homme meilleur. Ecoutez Jack Lang, en 1981, devant l’Assemblée nationale : "La France , dit-il, a franchi la frontière qui sépare l’ombre de la lumière ". Trente-trois ans après, Manuel Valls utilise presque les mêmes mots : "La France, patrie des Beaux-Arts et des Belles-lettres, n’est jamais plus belle, jamais si grande, que quand sa culture rayonne, resplendit, attire et rassemble ".

 

Cet enthousiasme n’est pas désintéressé. Depuis longtemps, le monde de la culture soutient la gauche.  Dans les urnes, en votant souvent pour le Parti socialiste ; et dans les meetings. Il y a deux ans, quand François Hollande était en campagne, beaucoup d’artistes l’ont soutenu, et pas seulement Julie Gayet. Cette page est en train de se tourner. Jack Lang, cette semaine, n’était pas au ministère de la Culture. Il était dans la rue, pour demander au gouvernement de soutenir les intermittents.

Pourquoi cette rupture ?

La crise est venue s'immiscer entre la gauche et les artistes. La culture a un prix. Le budget du ministère de la Culture a été réduit, comme les autres. L’Etat cherche à faire des économies. L’Assurance chômage aussi. Ce qu’on pouvait faire il y a trente ans, on ne peut plus le faire aujourd’hui, ou pas de la même façon. Surtout qu’en dix ans, le nombre d’intermittents a doublé. Ils sont deux fois plus nombreux à cotiser dans ce régime. Voilà pourquoi le Premier ministre dit que le système est "à bout de souffle".  Il veut le transformer.

 

Manuel Valls essaie donc de contenter tout le monde. D’un côté, il veut rassurer les artistes et les techniciens. Il leur épargne le différé d’indemnisation qui les inquiète beaucoup. Il maintient les crédits de la création culturelle pour les trois prochaines années. D'un autre côté, il essaie de rassurer ceux qui ont signé l’accord du 22 mars : le patronat, mais aussi trois syndicats, la CFDT, Force ouvrière et la CFTC. Le gouvernement va donc agréer la nouvelle convention sur l’Assurance chômage.

La gauche marche sur des oeufs

Manuel Valls marche sur des œufs. Il veut absolument sauver les festivals de l’été, mais pas à n’importe quel prix. Il ne veut surtout pas se fâcher avec la CFDT. Pourquoi ? Parce qu’il a besoin d’elle dans un autre dossier, beaucoup plus lourd encore : c’est le pacte de responsabilité, le pari économique de François Hollande.

La CFDT a signé l’accord du 22 mars. Elle n’est pas contente que le gouvernement  y touche. Il suffit d’écouter sa réaction après le discours de Manuel Valls, hier soir : "Le gouvernement rompt l’équité entre les salariés. Nous avons construit un accord équilibré, avec des efforts pour tous les salariés. Or, là, il y a une catégorie à qui on dit : ‘les efforts, ce n’est pas pour vous’ ". Manuel Valls avance donc en terrain miné. Il doit trouver la bonne solution : soutenir les artistes, mais pas contre le reste des salariés.

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