Hollande et Barroso les yeux dans les yeux à Bruxelles

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Le Conseil européen s'ouvre à Bruxelles aujourd'hui. Il y sera question de chômage des jeunes et de croissance et de mécanismes bancaires. François Hollande y sera bien sûr, mais dans un contexte tendu. Depuis une semaine la polémique enfle entre Paris et Bruxelles. Un petit jeu pas forcément désintéressé.

Apprendre l'anglais avec l'actualité : notre mot du jour c'est "bashing", comme "Barroso-bashing", activité qui consiste depuis une semaine pour une bonne partie du gouvernement, des socialistes français et même au delà, à dénigrer le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Lequel avait qualifié de "réactionnaire " la défense de l'exception culturelle.

Des propos pas forcément repris sur la forme mais plutôt bien vus du côté de l'Elysée et de Matignon, comme le répercutait ce mercredi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem : "Sur le fonds du propos, c'est à dire le rappel fait à la Commission européenne que les gouvernements et les peuples ont tout leur rôle à jouer sur la scène européenne, c'est un propos que nous partageons. Il faut veiller de part et d'autre à ne pas alimenter les dissensions plus que de raison, mais il est utile aussi que le gouvernement et le Président de la république affirment leur conception de l'Europe ".

Et François Hollande, à sa manière, hausse le ton lui aussi. Il ne perd pas une occasion d'infliger une chiquenaude à la Commission "qui n'a pas à nous dicter ce que nous avons à faire ", disait-il fin mai.

Grandes manoeuvres

"On est beaucoup moins calculateurs et stratèges que ce qu'on imagine parfois ", a aussi lâché Najat Vallaud-Belkacem mercredi. Et ces propos relèvent en partie d'une véritable irritation. Ce qui n'empêche pas quelques arrières-pensées. Et personne n'a évidement oublié le Conseil européen qui s'ouvre ce jeudi, dont un des enjeux est une relance - modeste - du volet croissance de la politique européenne voulu par François Hollande. Et plusieurs autres dossiers sont sur la table. La sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann : "Ce sommet va être un sommet où Mme Merkel vont poursuivre leur tour de vis sur l'austérité et sur ce qu'ils appellent les réformes structurelles. On voit bien qu'il y a une pression majeure de la Commission pour imposer à la France une réforme des retraites supplémentaire. Et donc, j'espère que François Hollande va tenir tête ".

C'est donc d'une certaine façon un jeu de pression, une sorte d'avant-match, qui se met en place, poursuivi ce matin par la Commission avec une interview de José Manuel Barroso dans les Echos. Il concède le propos maladroit sur la forme, tout en se disant préoccupé par la perte de compétitivité de la France. L'opposition, également très critique sur la Commission, juge toutefois ce petit jeu dangereux, comme le député UMP Eric Woerth : "C'est pas la peine d'aller injurier le président de la Commission, ça ne sert à rien. D'autant plus que la Commission change l'année prochaine. Donc il faut construire et c'est une image de l'Europe qui est désastreuse. Ce n'est pas une manière de faire, surtout de la part d'un gouvernement ".

Avec la montée de l'euroscepticisme, les déclarations martiales vis à vis des institutions européennes apparaissent payantes :hypocrisie dénonce le député UDI Maurice Leroy : "A droite comme à gauche, il est de bon ton, dans sa circonscription, de se prononcer contre Bruxelles, et puis au Parlement, on vote les lois. Ce n'est pas la Commission qui décide toute seule. Il faut quand même faire un peu d'instruction civique et se rappeler que la Commission co-décide avec les gouvernements ".

Et les gouvernements préfèrent faire oublier que la prédominance de la pratique intergouvernementale dans les décisions européennes les arrange bien.

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