François Hollande, l'écolo-productiviste

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François Hollande, en visite aujourd'hui au Mali, est surtout attendu demain matin pour son discours au CESE devant la conférence environnementale. Le président est-il écolo ?

Non, c'est un productiviste bon teint. Comme son
prédécesseur à l'Elysée, Nicolas Sarkozy qui a dénoncé hier en Haute-Savoie la
destruction de la filière nucléaire, et comme la majeure partie des
personnalités politiques de tous bords. François Hollande n'échappe pas à ce
mode de pensée du début du XXème siècle, tronc commun des deux mondes
capitaliste et soviétique : le productivisme toujours triomphant
organise la vie politique et économique autour de la seule production ,
érigée en objectif premier d'une humanité devenue consumériste. Avec pour
conséquence l'épuisement des ressources naturelles et les menaces sur
l'environnement. Arnaud Montebourg, infatigable chantre de la
réindustrialisation et d'un made in France très années 70, incarne à lui seul
ce volontarisme productiviste, qui fait dire à un patron d'ONG, à propos du
chef de l'Etat : François Hollande est un croisement entre Georges
Pompidou, le président gaulliste des Trente Glorieuses, et le communiste Maurice
Thorez qui avait érigé, après-guerre, le produire en priorité nationale.

Le candidat Hollande
a pourtant pris des engagements dans le domaine de l'écologie ?

Oui, le portrait
précédent est un peu sévère : le chef de l'Etat a promis la
diversification des sources d'énergie, la réduction à 50 % en 2025 de la
part du nucléaire dans la production d'électricité, la fermeture de Fessenheim.
Ainsi qu'un ambitieux plan d'isolation thermique des logements. Le Grenelle de
l'environnement de Nicolas Sarkozy avait balayé tous les sujets, trop même, à
l'exception du nucléaire, avant de s'enliser dans le compost. La conférence
environnementale veut concentrer le tir sur la transition énergétique. Reste à
passer aux actes. C'est mal parti : le projet de loi sur le sujet a déjà
été reporté.

Nicolas Hulot, pendant ce temps, dénonce un
manque de cohérence.

Certains dans la
majorité reprochent à l'envoyé spécial pour la protection de la planète, nommé
par François Hollande, de tirer contre son camp. Mais Nicolas Hulot n'a jamais
varié de discours selon lequel la menace climatique ne doit pas être un sujet
parmi d'autres mais LE sujet central. D'autres personnalités comme Corine
Lepage ou Serge Orru estiment que l'environnement devrait être la priorité des
politiques publiques, génératrice d'emplois et de richesses nouvelles. Nous en
sommes très loin. Et l'Allemagne a déjà pris un train d'avance sur nous.****

Le débat franco-français bloque sur la
fiscalité verte ?

L'engagement de
François Hollande sur une contribution climat-énergie, sorte de réplique de feu
la taxe carbone de Nicolas Sarkozy, a donné lieu au pataquès sur la hausse de
la fiscalité du diésel, réclamée par des Verts procéduriers, et refusée par un
exécutif soucieux de ne pas accabler un peu plus les contribuables. Attention à
ce qu'entre le discours d'ouverture du chef de l'Etat demain et celui de clôture
du Premier ministre samedi ne se produise pas un nouveau couac, après le
cafouillage sur la pause fiscale. En l'absence de pédagogie ou de vision, la
nécessaire révolution écologique est encore et toujours assimilée à tort à un
produit de luxe qui peut bien attendre. Le défi majeur de François Hollande
sera de démontrer que le courtermisme n'a pas déjà triomphé, comme à chaque
fois qu'il est question, depuis la candidature de René Dumont il y a près de
quarante ans, de développement durable.

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