Affaire Karachi : la Présidence en mode défense

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"Calomnie et manipulation politicienne". Voilà comment a réagi hier après-midi l'Elysée après la mise en examen de deux proches du chef de l'État dans le volet financier de l'affaire Karachi. La Présidence dément tout lien entre Nicolas Sarkozy et le financement de la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995, et affirme que le nom du chef de l'Etat n'est pas cité dans le dossier. Une affirmation qui suppose la connaissance exhaustive et rapide d'un dossier pourtant protégé par le secret de l'instruction. Le PS monte au créneau et réclame la levée du secret défense sur certains documents.

Après les "pas de commentaire" et "laissons la justice faire son travail", l'exécutif et la majorité musclent leur défense face à la mise en examen de deux proches du président de la République dans le volet financier de l'affaire Karachi. Dans un communiqué publié hier, L'Élysée assure que Nicolas Sarkozy n'a jamais "exercé la moindre responsabilité" dans le financement de la campagne d'Edouard Balladur, dont il était le porte-parole en 1995, et parle de "une manipulation politicienne". Refrain repris notamment par Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP chargé de la sécurité, qui dénonce "un climat de présomption de culpabilité alors que jamais il n'a été mis en cause, juridiquement et judiciairement, le nom du chef de l'Etat". Même tonalité à Matignon qui parle d'attaques "insidieuses et calomnieuses ". Le patron de l'UMP Jean-François Copé qui dénonce un PS prêt à tout pour "salir" le Président.

Les socialistes ne relâchent pas la pression

Harlem Désir, Premier secrétaire du PS par intérim, pointe du doigt la " déliquescence morale du clan au pouvoir ". Mais les députés socialistes en ont surtout profité pour re-demander la levée du secret-défense sur certains documents liés à l'affaire Karachi. C'est ce que réclame depuis longtemps Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur ce dossier, qui estime par ailleurs que le communiqué de la présidence de la République porte atteinte, de façon "assez grave", à un juge d'instruction "rigoureux" qui "n'a pas à être qualifié de la sorte".

Peut-être une maladresse dans la rédaction du communiqué qui prête le flanc à la critique

Car pour étayer sa défense, l'Elysée assure que le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier, qu'il n'a été cité par aucun témoin ou acteur. D'après les syndicats de magistrats, c'est donc que la Présidence a eu accès au dossier et qu'il y a donc eu potentiellement violation du secret de l'instruction. Argument repris hier par Ségolène Royal. " Qu'il y ait déjà un communiqué de l'Elysée commentant le contenu des auditions qui viennent d'avoir lieu, c'est déjà très inquiétant ", souligne la candidate à la primaire socialiste, qui demande à ce que "ces intrusions cessent".

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    Nicolas Sarkozy prend ses distances avec Edouard Balladur

    Le communiqué précise par ailleurs que lorsqu'il était ministre du Budget de 1993 à 1995, Nicolas Sarkozy "avait marqué son hostilité" au contrat d'armement dont les rétro-commissions sont suspectées d'avoir alimenté la campagne d'Edouard Balladur. Il y a deux ans, le président de la République, interrogé sur cette affaire, l'avait simplement balayé du revers de la main en parlant de " fable ". Il commence désormais à se défendre sur le fond, via ce qui ressemble à un début de lâchage de son ancien mentor.

    Quant à l'absence totale du nom de Nicolas Sarkozy dans le dossier, elle est contestée ce matin dans Libération. Le quotidien évoque notamment un rapport policier faisant état d'un " aval du Ministre Nicolas Sarkozy " à la création d'Heine, société via laquelle aurait transité des commissions.

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